Végétarisme, végétalisme, véganisme, antispécisme…mais de quoi parle-t-on au fait ?


 

Les termes, sur le devant de la scène depuis maintenant plusieurs années, sont source de débats passionnés, voire d’échanges musclés. Pourtant, ils sont souvent mal compris. Entre le végétarisme, le végétalisme, le véganisme et l’antispécisme que l’on entend aussi parfois, il y a vite lieu de se mélanger les pinceaux. Ces termes sont-ils synonymes ? Sont-ils des simples variantes du végétarisme ? Pas exactement. Tâchons d’y voir plus clair :

 

1) Le végétarisme et le végétalisme sont des régimes alimentaires. Le végétarisme est un régime qui exclut toute chair animale (viande ou poisson). Le végétalisme est un régime qui exclut toute chair animale ET tout aliment d’origine animale (laitages, œufs, miel…). Le végétalisme est donc une sorte de végétarisme, il est simplement plus strict. Végétarisme et végétalisme ne sont en eux-mêmes porteurs d’aucune idéologie. Ces termes ne font que constater le type d’alimentation (= qui exclut tout produit animal ou dérivé des animaux) adopté par une personne ou un groupe. On peut parfaitement être végéta*ien pour des raisons de goût (je ne mange pas de viande car je n’aime pas ça), pour des raisons de santé (je ne digère pas la viande ou les laitages), pour des raisons d’habitude (je n’ai pas pris le réflexe de consommer ce type de produit), pour des raisons financières (je ne mange plus de viande car cela coût trop cher). Bien souvent cependant, la raison qui justifie ce type de régime alimentaire est idéologique, c’est-à-dire que les personnes végéta*iennes le sont pour des raisons éthiques. Mais ce n’est pas la seule motivation possible et il est important de dissocier le type d’alimentation choisi aux raisons qui animent ce choix pour éviter toute confusion. Notons qu’en ce qu’il n’est pas toujours mu par un choix idéologique, le végétarisme ou le végétalisme peut facilement être provisoire (ce trimestre, je ne consomme pas de viande pour faire des économies et manger plus léger).

 

2) Le véganisme est un mode de consommation. Ce mode de vie exclut dans la mesure du possible toute consommation issue de l’exploitation animale. Cela couvre donc la consommation de nourriture (chair animale et produits dérivés des animaux, c’est-à-dire le végétalisme), la consommation d’habits et d’accessoires vestimentaires ou cosmétiques (laine, cuir, fourrure, maquillage, produit d’hygiène etc.), la consommation de divertissements (chasse, pêche, zoo, aquarium, delphinarium, cirque avec animaux), la consommation d’objets ou œuvres artistiques composés de produits animaux (ivoire, objet en cuir, papillons capturés et épinglés etc). Pour savoir si un objet, un aliment ou une activité est végane, rien de plus simple : il suffit de se demander si cela a nécessité de profiter et/ou d’exploiter un ou plusieurs animaux. Si la réponse est oui, alors ce n’est pas végane. Ainsi le zoo, dont le fond de commerce se base sur la séquestration d’animaux, est une forme d’exploitation animale. Ce n’est donc pas végane, quand bien même les animaux ne sont pas tués. A l’inverse, aller observer avec une paire de jumelles des oiseaux en pleine nature n’affecte et n’exploite aucun animal et constitue donc une activité végane. Le véganisme est donc plus large que le végétarisme et le végétalisme en ce qu’il ne se restreint pas à la seule question alimentaire mais s’étend à toute l’activité humaine.

 

 

Nous avons précisé en début de définition que le véganisme se définissait comme « un mode de vie qui exclut dans la mesure du possible toute consommation issue de l’exploitation animale ». Dans cette définition, l’expression « dans la mesure du possible » n’est ni un hasard ni une tournure de langage. Le véganisme repose en effet sur l’idée de CHOIX. Si le zoo ou la fourrure sont pas véganes c’est parce qu’il est possible de vivre sans aller au zoo et sans acheter de fourrure. Si le choix existe, la question se pose. A l’inverse, si le choix n’existe pas, alors la question cesse de se poser. Ainsi, si un humain n’a pour seule solution que de consommer de la viande pour survivre (un rescapé, quelqu’un de perdu dans la forêt etc.), il est parfaitement végane de le faire.

 

Comme le végétarisme et le végétalisme, le véganisme ne vise qu’un mode de consommation et ne se rattache dans l’absolu pas à une quelconque idéologie. Toutefois, contrairement aux régimes alimentaires précités, le véganisme ne semble pas tellement avoir d’autre fondement possible qu’une motivation éthique. Autant ne pas manger de produit carné ou issu d’un animal peut avoir des raisons diverses (goût, habitudes etc…), autant refuser l’exploitation animale sous toutes ses formes semble résulter systématiquement d’une démarche éthique.

 

 

 

3) L’antispécisme, enfin, est un courant de pensée. Il se définit en opposition au spécisme. Le spécisme est une idéologie qui considère que l’appartenance ou non à une espèce (l’espèce humaine le plus généralement) est un critère moralement pertinent pour considérer avec une importance différenciée les intérêts des individus. Ainsi, une personne spéciste considérera qu’il est normal de tuer la souris présente dans son appartement parce que son intérêt à ne pas être gênée par la souris prime sur les intérêts de la souris, parce que c’est une souris.

 

A l’inverse, l’antispécisme réfute toute hiérarchisation entre les espèces. A cet égard, les intérêts de tous les animaux (humains et non-humains) doivent être considérés à égalité. L’antispécisme n’implique néanmoins pas une égalité de droits entre tous les animaux. En effet, un poulpe ne serait que faire d’un droit de vote. Il implique seulement une égalité de considération des intérêts de chacun. Somme toute, les animaux humains et non-humains ont des intérêts communs (vivre, ne pas souffrir etc.), et des intérêts variant d’une espèce à l’autre (vivre dans l’eau pour un poisson, avoir Internet pour un humain). L’antispécisme prône de ne pas faire primer arbitrairement l’intérêt des humains sur l’intérêt des animaux non-humains au seul motif que les seconds ne sont pas humains. Il est ainsi spéciste de détruire un lac et tuer des poissons pour construire une ligne haute tension permettant à des humains d’avoir accès à internet car cela revient à faire primer les intérêts d’humains sur les intérêts d’animaux non-humains seulement parce que ces derniers ne sont pas humains.

 

 

Celui ou celle qui adhère à la pensée antispéciste tendra logiquement vers un mode de vie végane, car le véganisme est respectueux des animaux et donc antispéciste. Néanmoins, la réciproque n’est pas forcément vraie : on peut en effet être végane sans être antispéciste. Ainsi, on peut considérer que les intérêts des humains sont supérieurs à ceux des animaux mais que cela ne suffit pas à justifier l’exploitation animale. Ainsi, certain·es considèrent que les avantages que retirent les humains de l’exploitation animale (plaisir d’aller au zoo, de manger de la viande, de porter de la fourrure) sont bien trop dérisoires par rapport aux avantages que retireraient les animaux de l’abolition de cette exploitation (vivre, être en liberté) et sont donc véganes tout en admettant dans l’absolu une certaine forme de suprématie humaine.

 

Lucie D.

 


Crédits images : http://today.wecook.fr/3-conseils-alimentation-vegetarienne-equilibree/, http://www.les1001vies.com/difference-entre-vegetarien-vegan-vegetalien-tout-savoir, https://www.kisskissbankbank.com/la-main-a-la-patte