J’ai rencontré Loélia, une jeune femme sémillante qui, du haut de ses 20 ans, est très engagée en faveur de l’environnement. Elle nous parle d’un voyage qu’elle a effectué seule après l’obtention de son bac pour se faire une première expérience dans ce qui aujourd’hui rythme sa vie.

 

Je suis Loélia, j’ai eu 20 ans en février. Je suis sortie d’un bac ES, j’ai commencé une quadri-licence en lettres, histoire, philo et langues. Ça s’appelle « humanités », et c’était pas une bonne idée (rires). A la base j’étais trop motivée pour faire justement ça, qui offrait en fait une passerelle directe jusqu’à Sciences-po et après je voulais devenir ministre de l’éducation et éduquer les gens et genre changer tout ! Et en fait je me suis rendue compte que c’était pas comme ça que tu changeais tout, et que ça servait à rien d’essayer de nourrir l’arbre par les feuilles, et qu’il fallait commencer par la racine.
Genre le gouvernement, c‘était pas le meilleur endroit et du coup j’ai décidé de faire de l’associatif et de partir dans un premier voyage pour essayer d’expérimenter un peu ce que j’avais envie de mettre en place. J’ai fait un voyage sans argent, je suis partie en Amérique du Nord sur la côte Est pendant 4 mois, donc Québec et le début des Etats-Unis. Je suis allée jusqu’à Washington. Et j’ai dépensé 400€ en 4 mois. Et du coup je fonctionnais uniquement par échange, je retrouvais des associations qui faisaient de la récup’ alimentaire et je leur donnais des coups de main en échange de la nourriture et en même temps j’apprenais comment eux ils fonctionnaient, ce qu’ils avaient monté… en fait je suis un peu partie dans l’objectif de rassembler et de découvrir toutes les initiatives écolos et les techniques d’agriculture, enfin la culture de l’agriculture qu’il y avait en Amérique. Du coup au début je suis arrivée au niveau de la campagne, fin j’suis allée dans les montagnes canadiennes découvrir une famille qui vivait en autosuffisance alors qu’il y avait genre ça de neige. J’ai fait ça pendant 3 semaines, après je suis allée dans les villes aussi pour voir les jardins partagés, les différentes organisations, les fermes sur les toits aussi qu’ils commencent à mettre en place… après j’suis descendue aux Etats-Unis, là j’ai fait une première ferme, qui était en fait une auberge, qui accueille des mariages, des retraites spirituelles, et qui avait un énorme espace pour cultiver. Et eux ils avaient plus le temps de cultiver, sauf qu’ils nourrissaient les gens avec ce qu’ils cultivaient, donc ils m’ont donné carte blanche. Ils m’ont fait confiance et du coup j’ai pu élaborer les menus pour tous les véganes, les sans gluten, les végétariens… J’ai appris l’apiculture aussi sur place. Là je suis restée un mois, j’ai planté, je suis partie après dans une autre ferme, j’suis allée à Washington où j’ai découvert une espèce de réseau de jardins partagés complètement énorme, c’était incroyable.

 

Comment t’arrivais à rencontrer les gens ?

 

Tu te ballades. Tu te ballades et tu parles aux gens. En fait c’est ça ce type de voyage-là, surtout les voyages où tu dors chez les gens, où t’essayes de pas acheter à manger… Faut tout le temps parler. T’as pas le choix en fait, tu parles aux gens, tu dis c’que tu fais, dans quelle initiative t’es et tout ça. Et c’est comme ça aussi que j’ai pu rencontrer des gens qui sont dans des mouvements de décroissance, donc sans argent complètement mais en étant sédentaire. Parce que voyager sans argent c’est facile, en étant sédentaire c’est dur. Du coup je les ai rencontrés, j’ai essayé de comprendre comment ils faisaient. Et après j’suis allée dans une ferme commerciale qui était complètement en expérimentation de permaculture, on pouvait expérimenter plein de trucs l’endroit était complètement énorme, on avait 3 éoliennes pour fonctionner, fin c’était complètement schlag. C’était vraiment un truc de hippie total, on vivait à 3 par caravane, y’avait des poules partout…

©Léolia Essadi

Là-dedans j’suis restée genre 20 jours, puis après je suis retournée à l’auberge, voir un peu comment ça avait évolué ce que j’avais planté, puis voilà c’était chouette. Et puis j’ai pu faire ma récolte de miel aussi. En fait c’était intéressant parce que j’suis devenue végétarienne à 14 ans, j’ai fait chier mes parents et ils étaient en mode « Loélia, pourquoi tu nous fais ça ? », et j’ai commencé à cuisiner pour moi-même. 14 ans c’était bon, j’avais assez d’autonomie alimentaire et j’étais pas très loin de mon collège. Après je suis devenue végétalienne quand j’ai eu 17 ans à peu près. Mais le truc c’est que tu sais normalement tu manges pas de miel, pas d’œufs… mais j’aime pas trop juger comme ça, donc je préférais apprendre l’apiculture, comment ça fonctionnait, même si j’en mangeais pas mais du coup pour avoir conscience de ce que ça représentait, pareil pour les œufs genre travailler avec des poules et comprendre dans quelles conditions elles sont élevées. Parce que y’a végétarien, locavore, freegane… fin y’a plein de régimes différents. Par exemple j’ai travaillé avec une compagnie de cirque équestre à Aurillac, parce que je voulais comprendre ce rapport. Y’a toujours ce petit truc « on n’aime pas les animaux de cirque », mais le cirque équestre les gens ils sont un peu entre les deux, parce que y’a des gens qui font de l’équitation, y’avait plein de gens qui vivaient ça différemment et du coup comprendre un peu tout ça avant d’me dire « mmh, j’suis contre ». J’préfère être en infiltrée, apprendre et après me positionner. Surtout que y’a pas de vrai ou faux juste des situations et on peut s’adapter en fonction de ça.

Après je suis revenue, j’ai commencé un service civique à Polonia, une espèce de galerie d’art où ils voulaient créer un espace de jardin, je leur ai proposé un projet en permaculture, sauf que j’aimais pas trop c’t’endroit du coup j’suis partie. Donc j’ai fait moins de 6 mois pour pouvoir refaire un service civique si j’en ai besoin. Et maintenant je fais plein de petits trucs par-ci par-là dans le monde associatif, et là je repars bientôt pour 1 ou 2 ans. Je retourne aux Etats-Unis, mais cette fois-ci je fais toute la côte Est, et après l’Amérique Latine. Je pars toute seule et je retrouve une amie au Guatemala. ’est un projet autour de la culture de l’agriculture. Y’a toute une partie humanitaire aussi, là je me mets en lien avec le planning familial pour faire de l’éducation à la sécurité, distribution de préservatifs et de coupes menstruelles, travailler autour de la culture du viol aussi… Après aussi travailler pour faire circuler des graines, parce qu’il y a différentes variétés, et aussi faire circuler des techniques. Si ça se trouve au Costa Rica ils ont des techniques spéciales, et hop-là sur le chemin on va les transmettre jusqu’au Chili tu vois, et après les retransmettre aux Français.

 

Vous pouvez suivre ce projet sur le site que les deux amies ont crée: http://www.grainesvoyageuses.com/