Troisième sommation : vers la convergence des luttes ?

En 2016, nous étions avec la famille d’Adama TRAORE, tué par les forces de police avec la technique de l’immobilisation à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise) (cf. L’ONG chrétienne contre la torture et la peine de mort http://www.acatfrance.fr/actualite/des-gestes-d-immobilisation-qui-etouffent).

2017 débute avec le contrôle au faciès et le viol du jeune Théo à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) par la brigade spécialisée de terrain (BST). Ces policiers perpétuent une longue tradition de bavures, de délits et crimes policiers envers les habitant-e-s des quartiers populaires.

« Pas de justice, pas de paix » scandons-nous de manifestation en manifestation. Les associations et acteurs de terrain organisent des concerts de soutien aux familles de victime. Nous faisons des plateformes de revendications. Nous sommes reçu-e-s par les pouvoirs politiques et publics. Nous faisons tout notre possible pour rendre la dignité et le respect aux citoyen-ne-s en marge de la République depuis les années 1980.

Le tissu associatif pour l’égalité et contre le racisme est toujours tiraillé par ses vieux démons de récupérations des années 1983. Le débat est utile mais il se limite aux spécialistes et aux réseaux sociaux. Pour quel impact en vrai ? Les conséquences sont relativement faibles voire inexistantes. Nos luttes sont gangrénées par nos éternelles divisions et histoires de personne.

Nous devons surmonter nos égocentrismes, nos aigreurs, nos jugements définitifs, nos nombrils pour aller vers une convergence des mouvements  féministes, noirs, magrébins, asiatiques, juifs, homosexuels, « Rroms », blancs de quartiers marginalisés en France. Les vingt-deux critères de discriminations et les racismes suffisent à avoir un dénominateur en commun pour défendre et conquérir des droits pour tous les citoyen-nes de France. Des particularismes aux universalismes.

Combien de procès remportés ? Combien de familles endeuillées ? Combien d’anonymes humilié-e-s, brisé-e-s, traumatisé-e-s ? Tout ça pour quoi ?  Pour au final alimenter les processus de marginalisation dont se servent la radicalisation, le crime, l’isolement, le fascisme et les addictions.

Des bribes de solution existent comme l’augmentation des budgets des micros associations de terrain, un redéploiement des services publics et précisément une revalorisation de la prévention spécialisée (éducateurs de rue), redonner un véritable accès aux soins, à l’éducation et la culture.

Concernant la place de la police, elle doit être réintégrée via le modèle de la police de proximité et l’instauration d’un dialogue constructif entre habitant-e-s et représentant-e-s des forces de l’ordre. Enfin la mise en place du récépissé de contrôle d’identité permettrait de limiter les abus envers les habitant-e-s. Des villes sont d’ailleurs volontaires pour l’expérimenter : Lille et Paris.

Les femmes et hommes politiques auront-ils le courage d’agir au lieu de proposer pour nous flatter et abandonner toute volonté de changement après les élections ? Les propositions sont sur la table. A qui l’honneur ?

Jusqu’ici tout va bien. L’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage (citation extrait du film La Haine de Matthieu Kassovitz).