« Très belle chienne », voici la Police d’Épinay-sur-Seine

Depuis plus d’une semaine maintenant la ville d’Épinay est sous tension.

Pourquoi la situation s’est-elle envenimée aussi vite ?

Ce qu’il faut savoir c’est que les conflits entre la police et les jeunes ne datent pas d’aujourd’hui. Épinay est passé sous le feu des projecteurs depuis cet incident et bon nombre de personnes ne placent systématiquement que les policiers en position de victime. Mais on ne parlera jamais des citoyens qui sont persécutés au quotidien c’est-à-dire contrôles incessants, intimidations, insultes, regards insistants, propos racistes, violences physiques.

C’est une réalité.

Alors oui il y a du trafic de drogue, des violences, du décrochage scolaire, des difficultés financières et bien d’autres problèmes. Nous en sommes bien conscients et beaucoup ne le cautionnent pas, chacun fait en sorte de s’en sortir. À Épinay la jeunesse est livrée à elle-même et c’est un problème qui dure depuis très longtemps. Que fait le maire dans tout cela ? Qui n’a pas décroché un mot depuis le début de cette histoire. Visiblement la seule solution est d’envoyer des policiers, des CRS ! Il y a comme un sentiment de ras-le-bol auprès de la population qui est tout le temps pointé du doigt !

Voici le témoignage d’une jeune étudiante sans problème qui vit à Épinay Sarah Reziga qui va nous livrer ce qu’elle a vécu dernièrement.

« Je m’appelle Reziga Sarah, j’ai 22 ans et je vis à Épinay-sur-Seine depuis toujours. Actuellement je suis étudiante en Master de Droit Privé.

Je vis à Épinay sur Seine depuis 22 ans j’ai grandi ici mais je n’ai pas le projet de rester vivre à Épinay. Malheureusement au fil des années la ville se dégrade. Oui il y a plus de structures, nous sommes bien desservis en transports mais ce sont les seuls avantages car je ne me sens plus du tout à ma place ici entre les vols et l’acharnement de la police.

J’ai été verbalement agressé par la police. J’ai beaucoup de mal à m’en remettre car ce genre de chose on a du mal à y croire quand ça ne nous touche pas personnellement.

Je promenais mon chien, habituellement je le sors en bas de chez moi mais il y avait de nombreux tirs donc je me suis éloignée.

À mon retour de promenade, j’étais avec trois amis qui eux aussi ont des chiens et qui voulaient me raccompagner car la situation était beaucoup trop dangereuse. Il y avait des tirs de tous les côtés donc nous avons décidé de changer le chemin que nous prenons habituellement pour passer du côté parking de la résidence.

Sur le chemin il y avait des policiers très hostiles, ils ont dit « il n’y a que des tapettes ici » nous poursuivons notre route. Quand nous sommes arrivés au niveau du parking, un policier menaçant nous a demandé de marcher sur la route.

Nous nous sommes exécutés mais celui-ci a pointé son arme vers nous sans aucune raison, juste à des fins d’intimidations. À ce moment-là me sentant en danger, j’ai répliqué qu’il n’avait pas le droit de faire ça et d’abuser de son arme. Pendant que je parlais avec ce policier ses collègues placés de l’autre côté du trottoir ont commencé à proférer des railleries racistes, en supposant ma religion, je cite « oh starfoullah » à laquelle j’ai répliqué « très bien nous allons nous retrouver au tribunal administratif je vais porter plainte contre vous pour injure raciste » à laquelle un policier a répondu « c’est du pénal » « je lui ai donc dit que non ça ne relevait pas du pénal puisque c’est un tribunal spécial qui se charge de juger les fonctionnaires de police », celui-ci n’a rien trouvé de mieux à répondre il m’a donc insulté de « belle chienne » et la répété plusieurs fois. Je me suis sentie humiliée, j’étais la seule femme entourée d’hommes en uniforme mais personne n’a rien dit pour me défendre. Je leur ai demandé leurs matricules mais ils ont refusé de me le donner.

J’ai donc saisi l’IGPN suite à cette agression en espérant être écoutée et vraiment obtenir justice car je n’ai jamais vraiment eu confiance en la Justice.

 J’ai voulu travailler dans ce domaine pour faire partie de ces personnes qui changeront les choses. Malheureusement, après tous ces événements je pense à me résigner car en 22 ans je ne me suis jamais fait agresser par un jeune d’Épinay mais c’est par la police que je me fais agresser. Maintenant en allant promener mon chien le soir j’ai la boule au ventre.

Je souhaiterai changer les personnes chargées de notre sécurité. J’aimerai que des agents responsables et réellement impliqués dans la protection de l’individu soient embauchés car ce n’est pas normal de vivre dans l’insécurité et l’intimidation quotidienne.« 

Récit rapporté par Mariama Sané