Thierno Diallo représente l’un des enjeux les plus importants de notre époque : la fuite de son pays natal. Migrer n’est (souvent) pas volontaire et s’avère être une épreuve extrêmement difficile. Il faut une sacrée dose de courage pour y parvenir. Tout abandonner en un instant, laisser sa vie derrière soi, sa famille, ses amis sans aucune garantie sur la suite. On s’échappe par la force des choses pour sauver sa vie. Ce jeune homme nous livre un témoignage (trop ?) rare et puissant, qui nous pousse à réfléchir.

« Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce que ce soit fait » 

Nelson Mandela

La vie en Guinée

Vous avez vécu les pires horreurs qu’un être humain peut difficilement connaître en une vie. Vous étiez notamment présent lors des exterminations dans le stade du 29 septembre à Conakry (bilan 157 morts et plus de 1200 blessés). Votre vie d’enfant s’est arrêtée et vous n’avez jamais revu votre mère depuis ce jour là. Vous avez aussi été enfermé dans une prison de la junte et avez affronté la peur de mourir à maintes reprises. Vous ne vous indignerez pas si je vous dis qu’ici, en France, vous dénotez dans le paysage. Un jeune homme avec un tel parcours de vie, ce n’est pas commun : le ressentez-vous encore aujourd’hui avec vos amis par exemple ? En Guinée par contre, combien sont ceux qui partagent la même histoire : trouvez-vous qu’on reste trop insouciant à ces situations alarmantes en France ou en général dans les pays occidentaux ?

Avant de commencer à vous répondre, je tiens à rappeler que la Guinée dont je vous parle est celle que j’ai quittée depuis très longtemps maintenant. Mais de loin, je continue de garder et d’admirer les belles choses de mon pays. Je déplore et souffre également des mauvaises choses qui s’y passent.

C’est important de prendre cela en compte.

Oui, c’est vrai qu’au sein de mon entourage, mon parcours détonne. Il est « hors du commun ». Cependant, quand on regarde ce qui se passe dans le monde, on s’aperçoit rapidement que de nombreuses personnes ont plus ou moins fait ou sont en train de faire le même parcours que le mien.

Quand vous étiez petit, vos aînés parlaient beaucoup de l’eldorado européen ; qu’en pensiez-vous ? Cela vous faisait-il rêver ? Et nourrissiez-vous l’ambition de quitter votre pays pour tenter votre chance ailleurs ?

Personne n’a d’intérêt à quitter sa famille pour tenter une chance incertaine ailleurs. La vraie chance est chez soi avec tout son entourage qui nous sert de repère. Enfin, je le pense en tout cas, mais ce n’est que mon avis.

Lorsque la fuite s’est imposée à vous, vous rêviez de l’Allemagne et la France ne devait être qu’un passage : pourquoi ? D’autant plus que vous parliez déjà le français, l’allemand n’est pas une langue facile.

Il ne s’agissait pas d’un rêve d’un pays à proprement parler. Je rêvais d’un endroit où me reposer sereinement et dignement après une errance qui me semblait s’installer pour durer. Et d’après nos informations, contrairement à l’Allemagne, on nous disait que la France est plus exigeante sur L’accord de Dublin. Par crainte d’être renvoyé en Grèce, la solution était donc l’Allemagne.

Comme vous le dîtes dans le livre, c’est cette prise de pouvoir anti-démocratique qui, ironiquement, vous a amené ici. Ma question va sans aucun doute vous paraître perfide (au vu de tout ce que vous avez traversé et perdu ce jour-là), mais peut-être la comprendrez-vous… Regrettez-vous d’être allé « manifester » dans ce stade, ce 29 septembre 2009 ?

Vous avez raison, votre question est perfide. Mais, vous avez bien fait de me la poser, car c’est une question que pourrait formuler d’autres personnes. Ce qui s’est passé ce jour-là, au stade du 28 septembre, est regrettable. C’est un massacre. Le peuple a quand même le droit d’exprimer son souhait de changement sans être assassiné. J’aurais aimé que cela ne se produise pas. On ne sort pas indemne d’un tel bain de sang.

En Guinée, il existe différentes ethnies qui constituent la population, vous-même êtes peul. Comme en France, vous évoquez (dans votre livre) ces communautés qui ne se mélangent pas (simple ignorance ou faits plus graves pouvant aller jusqu’à une discrimination ?), cela nuit-il à l’unité du pays ? La religion est un pilier important de votre société, les peuls qui représentent 40% du peuple sont musulmans, mais y a-t-il d’autres religions qui cohabitent sans incident ?

Il n’y a pas que les musulmans en Guinée, il y a aussi des chrétiens. À ma connaissance, il n’y a pas d’incident entre ces deux religions. Elles coexistent sans problème. Par contre, les tensions ethniques sont effectivement plus fréquentes.

Par ailleurs, vous êtes très critique sur le système éducatif guinéen, vous évoquez la violence et le chantage sexuel, comme faisant partie du quotidien des écoliers. C’est vous qui l’exprimez ainsi et vous avez raison : l’éducation est la clé du monde. Vous dénoncez le fait que la classe politique ne prenne pas en main ce sujet épineux. Selon vous, comment pourrait-on y remédier ?

Tout le monde a droit au savoir et l’éducation ne doit certainement pas être un luxe. Il n’y a pas de fatalité, notre gouvernement doit arriver à assurer une éducation digne de ce nom à ses citoyens. Si les autres pays ont réussi à le faire, il faut s’en inspirer. C’est aussi simple que ça. En plus des états, il y a aussi les institutions internationales sur la santé et l’éducation qui pourraient se mobiliser.

Vous vous moquez également, à travers une chanson parodique, de la corruption des politiques qui gangrène votre pays : pourquoi une véritable démocratie semble un objectif si dur à atteindre ? Aujourd’hui, le pays est plus stable, mais la démocratie reste sélective et est concentrée sur un seul homme.

Il faut prendre en compte qu’une grande partie de la population est analphabète. Or, ceci fait que nous sommes facilement manipulés par nos politiciens. Chaque ethnie a son parti politique. On n’y vote pas pour l’intérêt d’une nation, mais plutôt pour celui d’une ethnie. De toute façon, les votes ne sont pas respectés puisque c’est toujours les mêmes résultats (les mêmes qui gagnent et les mêmes qui perdent). Alors oui, dans de telles conditions, la démocratie est un rêve difficile à caresser.  A qui profitent les défaillances du système éducatif guinéen ?

 « Malgré les injustices qu’ils subissent, ils [les migrants] croient encore en l’humanité »

A l’horizon : l’Europe

Au moment de partir pour l’Europe, vous ressentez une énorme culpabilité : celle d’abandonner votre mère. Lorsque vous prenez la décision de partir, (vous n’êtes qu’un gamin de 15 ans !) vous pensiez que ce serait définitif ? Vous pensiez arriver à la faire venir un jour ou au pire, finir par la rejoindre ?

Non, je ne pensais à rien de tout ça. Je n’avais pas de projet. Il faut quand même reconnaître que je n’étais pas dans une situation permettant de me projeter tranquillement. Parmi mes préoccupations principales : avoir des nouvelles de ma mère !

Sans comparaison hasardeuse de ma part, votre traversée rocambolesque ressemble à un film d’espionnage tel un James Bond. En effet, pour pénétrer dans le cargo de marchandises, vous vous agrippez fortement à l’ancre pour ne pas lâcher face à la force des vagues. Ensuite, c’est là que le plus dur commence puisque vous devez vous cacher en changeant deux à trois fois de cabines par jour. De plus, il faut rester muet pour ne pas éveiller les soupçons. Tout ça durant un mois, à 15 ans seulement. Qui a pris contact avec les passeurs et combien ont-ils été rémunérés ? Avez-vous pu échanger avec eux ?

Vous parlez de film dans votre question. Donc, je vais vous répondre en image. Vous savez maintenant, le drame des migrants se délocalise vers le désert alors les voyages par cargos peuvent nous sembler être un film de James Bond, comme vous le dîtes. Tout cela est créé par des hommes ou des pays beaucoup plus puissants que nous. Imaginez… Vous construisez une maison dans laquelle vous faites entrer des gens, puis vous provoquez une guerre ou un feu. Alors que vous, vous respirez l’air frais dehors, vous décidez d’ouvrir alternativement une porte ou une fenêtre. Eh bien, quand c’est la porte qui est ouverte, les personnes en détresse se dirigeront vers celle-ci. Ils feront de même si la fenêtre s’ouvre à son tour. Le raisonnement n’a plus sa place dans des urgences pareilles.

Aujourd’hui, lorsque vous voyez ces milliers de migrants qui traversent la mer Méditerranée sur des canaux pneumatiques, cela fait écho à votre histoire. Vous utilisez même le mot : « obsédé ». A ce moment là, vous vous dites quoi ? Vous pensez aux risques fous qu’ils prennent, mais que vous avez pris aussi ? A ce qui les attend une fois sur terre ?

Ce qu’on leur fait subir me révolte. Ça me désespère de constater que les hommes sont de plus en méchants envers les uns et les autres. Nous n’avons pas tiré les leçons de notre passé. Aucun homme n’a le droit de vendre ou d’acheter une personne.

J’ai la chance de rencontrer quelques-uns des rares migrants qui réussissent à arriver jusqu’à nous. Malgré les injustices qu’ils subissent, ils croient encore en l’humanité. Ce sont des personnes qui ont beaucoup à apporter aux pays qui les accueillent. C’est une des raisons pour laquelle il faut bien les accueillir et dans la dignité. On nous parle tout le temps d’intégration, alors que l’inclusion, on n’en parle presque jamais.

Aujourd’hui, il n’est pas rare de croiser quelqu’un qui peut se permettre de te dire que tu n’es pas intégré. L’intégration ce n’est pas quelque chose qui s’apprend comme les 26 lettres de l’alphabet. On commence par la lettre « A » et en arrivant à la dernière, le « Z », on se dit pas : « ça y est, je suis intégré ! ». Non, cela ne se passe pas comme ça. Cela se fait naturellement. C’est la force de l’homme de s’adapter à son milieu, ses repères, ses sensations, ses goûts et ses odeurs. C’est mon sentiment en tout cas. 

Une fois Athènes quittée, vous atterrissez à Roissy et c’est un passage du livre que j’apprécie beaucoup par sa simplicité. En effet, vous vous surprenez de ces techniciens de surface qui sont payés à nettoyer le sol qui brille déjà beaucoup. Vous êtes un ado qui vient d’une autre culture et découvre l’Europe sous un jour auquel, nous (européen de naissance), on ne fait même pas attention. Je crois pouvoir dire que ça vous a rassuré à ce moment là, non ? Vous avez mentionné le fait qu’il y avait du travail pour tout le monde. Vous comprendrez la réalité des choses très rapidement par la suite.

Oui, j’ai découvert la France par l’un de ses plus beaux endroits. C’est quand même l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle ! C’est très différent de tout ce j’ai connu auparavant. Les lumières, le carrelage, les hauts parleurs, les voyageurs, c’est forcément impressionnant pour moi qui dormait dans un parc insalubre d’Athènes, quelques heures auparavant.

Deux pages plus loin, le moment que j’ai trouvé le plus choquant : votre abandon à la gare de Strasbourg par votre ami de voyage, Aboubakar. Avec le recul, avez-vous compris son geste ? Comment pourriez-vous décrire cette sensation, cet état de se retrouver seul au milieu d’une terre inconnue ? La peur vous paralyse-t-elle ? Vous n’avez confiance en personne ?

Aboubakar et moi, nous avons traversé des moments difficiles. Je pense que l’on a été présent l’un pour l’autre. Le fait d’être à deux nous a vraiment aidé à supporter les épreuves. Je ne lui en veux pas du tout même si j’avais vécu sa décision comme une trahison. J’espère qu’on se reverra un jour et qu’on aura la chance de reparler des moments vécus ensemble.

« Cher lecteur, si quelqu’un essaye de te parler, dis toi qu’en lui offrant quelques minutes d’écoute, tu pourrais changer le courant de sa vie ». C’est un véritable conseil que vous donnez puisque vous en avez vous-même bénéficié. Le deuxième soir à Strasbourg, un homme a pris le temps de s’arrêter, de comprendre le problème et de vous orienter vers l’association Thémis. C’est là que votre prise en charge va commencer avec le placement au foyer Oberholz qui accueille les mineurs isolés étrangers, votre cas. On découvre alors votre quotidien, la découverte et l’apprentissage des coutumes françaises, en somme, les différences avec la Guinée. Est-ce qu’a presque 16 ans, on comprend tout ce qu’il se passe ? Vous vous laissez faire ou vous avez dans l’idée de ne pas rester ? Vos tuteurs sont vos confidents ou vous gardez une certaine pudeur ? Vous vous dîtes de suite que dorénavant c’est votre vie, le début d’une nouvelle ?

En tout cas, j’avais envie de tout comprendre même si ce n’était pas souvent le cas. Personnellement, je suis quelqu’un de curieux, je voyais bien que j’étais dans un pays différent du mien. Je comparais souvent ma vie d’avant avec celle du foyer. Par contre, je reconnais sans mal que j’avais un regard changeant sur mes éducateurs. Il y avait des jours où je les voyais en bons confidents. Parfois, je sentais qu’ils me cachaient des choses, notamment sur mes démarches de régularisation.

Mais maintenant, je suis sûr que ce sont des gens bien. Je leur dois beaucoup. Je suis encore très admiratif de leur travail effectué pour moi. En plus, ce sont souvent dans des conditions difficiles avec comme seul objectif : celui de faciliter notre quotidien. Ils travaillent des nuits entières à s’occuper d’enfants dont ils ne connaissent même pas les parents. Pendant ce temps là, leurs propres parents sont seuls.

 « J’aimerais continuer à apporter l’espoir, à ceux qui n’en ont plus, en partageant mon passé, mon présent et mes rêves »

Pour retirer votre titre de séjour, vous devez obtenir une attestation de formation civique à l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration). C’est là que vous subissez un examen médical approfondi afin de vérifier que vous êtes en bonne santé. Vous dénoncez cette consultation comme l’époque de l’esclavage (où l’on regardait et scrutait les esclaves avant de les acheter), car vous trouvez cette pratique (de la consultation) dégradante et humiliante. Cette séance est effectuée par tous les immigrants qui souhaitent obtenir des papiers et il s’agit de s’assurer que vous ne véhiculez pas de virus ou de maladies graves. Vous ne partagez définitivement pas cette opinion ?

Des virus, il y en a partout dans le monde. Une personne qui souffre d’une quelconque maladie a aussi le droit d’aller chercher de l’aide, là où se trouvent les bons systèmes de santé. La sécurité, la santé et l’éducation doivent être à la portée de tous. C’est fondamental. Ce n’est pas acceptable de voir des personnes mourir (par exemple) de la tuberculose dans certains pays alors que dans d’autres, cette maladie a été presque éradiquée. Maintenant, pour répondre à votre question, j’ai en effet trouvé cette consultation humiliante. C’est vraiment mon ressenti que j’ai exprimé ce jour-là. C’est important de voir et de comprendre ce que ressentent les personnes concernées. Nous sommes, avant tout, des humains avec une dignité.

Pendant votre formation civique, vous soulevez quelque chose d’anormal : les différentes personnes dans la salle n’ont clairement pas mis le même temps pour obtenir les mêmes papiers, c’est injuste. Comprenez-vous ou avez-vous eu des éléments qui ont pu l’expliquer ?

Vous savez, quand on est face à ces institutions là, on est tellement désarmé que l’on accepte tout même si on ne comprend rien. Et si on cherche à comprendre la moindre des choses, ils nous dégainent tout simplement leur réponse classique : « C’est la loi, c’est comme ça. »

Le 31 mai 2013 est une date importante. C’est celle de votre 1ère carte de séjour valable 1 an et qui confère le statut de résident légal. Comment avez-vous réagit à cette nouvelle ? Et puis, une question me vient forcément en tête : cela fait cinq ans depuis cette première carte, vous pouvez normalement lancer les démarches (de naturalisation), est-ce en cours ?

Ce jour-là, j’ai pensé à Fred en premier. C’est lui, mon éducateur, qui m’accompagnait à la préfecture. On y repartait souvent déçu. Ce matin-là, il n’était pas avec moi et les nouvelles étaient bonnes. J’ai avant tout été très content pour moi, mais pour lui également. J’avais enfin mon premier titre de séjour en main. On ne peut pas vraiment décrire ce que l’on ressent. C’est un mélange de sentiments indescriptibles pour une date inoubliable. Le jour de l’obtention de notre premier récépissé est un souvenir indélébile, mais celui de la première carte de séjour l’est encore plus. Je me demande naturellement ce que l’on ressent quand on obtient la nationalité.

Depuis votre arrivée sur le territoire, vous témoignez de votre expérience pour nous faire ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure. Vous avez même témoigné au Conseil de l’Europe dans le cadre d’une commission ayant pour thème Les enfants migrants non-accompagnés : quels droits à 18 ans ? L’ironie de l’histoire, c’est que quelques années plus tôt, lors d’une sortie scolaire, l’entrée du bâtiment vous a été refusée (vous n’aviez pas de papiers d’identité). Aujourd’hui, vous êtes le porte parole de ces migrants que l’on entend pas, c’est une responsabilité, mais c’est une immense fierté, non ?

Je continue à témoigner de mon expérience en espérant que cela fasse réfléchir et réagir pour que l’humain soit au cœur de nos priorités. Je ne cherche pas vraiment à être le porte-parole de qui que soit. Néanmoins, j’aimerais continuer à apporter l’espoir, à ceux qui n’en ont plus, en partageant mon passé, mon présent et mes rêves.

Du coup, la politique (élu de la République)… ça vous tente ? Après tout, tout est possible !

Je crois vraiment à la vie et aux projets associatifs. Je suis impliqué dans plusieurs actions caritatives dans la région Grand-Est. Avec des anciens jeunes mineurs non accompagnés et une éducatrice nous avons créé une association « Le Pensé Critique ». Notre ligne directrice est de provoquer la pensée critique en mettant en place des projets culturels, artistiques, sociaux…

Toutes ces actions m’apportent énormément d’expériences et sont des outils indispensables pour le futur. Concernant la Guinée, je suis très optimiste. Le rêve de paix, de liberté et celui de la démocratie sera un jour une réalité. Et moi, mon plus grand rêve c’est de faire partie des acteurs de ces changements. Après tout, tout est possible.

Avec cette histoire qui vous a et vous construit encore maintenant, arrivez-vous à être en paix ? A mener une vie normale comme beaucoup de personnes sur cette planète ? Avez-vous repris contact avec votre sœur, votre père ?

Cela fait maintenant presque 2 ans que je suis régulièrement en contact avec ma sœur (sur les réseaux sociaux) et de temps en temps avec ma mère. Les nouvelles sont bonnes.

A l’évocation de cette interview, vous désiriez ajouter une touche d’humour, car l’histoire des migrants n’est pas que tristesse. Alors, je suis désolé, mais je n’ai pas réussi à vous satisfaire. Peut-être pourriez-vous nous faire partager les moments qui vous ont fait sourire, parfois rigolé durant votre parcours ?

 Allez ! Petite anecdote. Quand j’interviens dans les collèges pour partager mon histoire, il arrive que les élèves me demandent dans quel pays je choisirais de vivre entre la France et la Guinée. Je réponds par : « je préfère les deux ». Ils ne comprennent pas pourquoi je choisis les deux. Alors ils insistent. Ils veulent que j’en choisisse un ! Pour eux, on ne peut pas aimer l’un autant que l’autre. Je tente donc de leur expliquer mon point de vue. Cette situation-là, je la raconte souvent aux jeunes, y compris ceux de mon âge.

Voici ce que je dis : « J’ai remarqué qu’en France, à table, tu as le droit de te moucher pendant que les autres sont en train de manger. Cela ne dérange personne. Par contre, il ne faut pas roter à table parce que c’est grossier. En Guinée, c’est l’inverse, ça ne dérange personne, mais ne te mouche surtout pas pendant le repas ! Là-bas, les gens détestent ça. Rien que pour ceci, tu risques une baffe de tes parents parce que se moucher pendant le repas est un manque de politesse ! »

Apparemment et nous terminerons sur ça, vous écrivez les dernières lignes de votre prochain livre. Le sujet ? Allez, je tente : le quotidien d’un nouveau tricolore (vous appelez les français comme cela dans votre livre) ?

On y retrouve bien Tricolore. Dans mon premier livre, il était curieux et à l’écoute lorsque je me confiais à lui. Maintenant, il agit, raconte et sensibilise.

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Merci à Thierno Diallo pour ces réponses. Je vous conseille vivement de lire son livre : « Moi, migrant clandestin de 15 ans » aux éditions La Nuée Bleue.

Dans la même lignée que cette interview, je vous invite à écouter l’interview d’un migrant irakien par Sabrina. Ahmed partage son histoire et donne son ressenti sur son pays d’accueil : la France.