Tété est sorti de son silence. L’artiste s’installe en guitare-voix à La Java (Paris 11e), pour des concerts en solo. Pour son retour musical, l’interprète de À la faveur de l’automne donne rendez-vous au public parisien tous les mardis soirs du mois de février, le tout en acoustique et quelques surprises en prime.

Pourquoi avoir choisi ce format acoustique, solo + guitare dans une petite salle ?

« En fait, la dernière tournée que j’ai faite, c’était une tournée où l’on était beaucoup sur la route. C’était une expérience qui était fabuleuse musicalement et humainement. Cela incite à jouer dans de plus grandes salles qu’il faut remplir, et la taille de la tournée fait que paradoxalement, on fait moins de musique.

Pendant que j’ai arrêté de tourner [en France, NDLR], j’ai réalisé deux tournées à l’étranger : une au Japon et une à Tahiti, avec cette même configuration qu’à La Java (Paris 11e). Du coup, c’était génial de revenir à l’essence de mon métier, celle d’investir des salles plus petites. Il y a un enjeu différent et par conséquent, tout le temps que l’on n’utilise pas à essayer de remplir une salle deux fois plus grande, on peut travailler la guitare, on peut davantage écrire et lire ».

Quelle est justement la différence avec une salle plus imposante ?

« La différence c’est que, quand on est tout seul, on peut essayer des choses. On peut présenter son morceau. Plus la salle est grande, plus il faut enchaîner. C’est un rapport au temps qui varie ».

Mardi 9 février dernier, lors de votre concert à La Java, vous l’assimiliez à une expérience « laboratoire ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

« C’est la différence entre faire un concert dans l’année en disant  »C’est ça que je veux présenter » et fixer un rendez-vous. On va pouvoir continuer de façonner les chansons, faire son métier, inviter les copains. Cela faisait longtemps que j’avais envie de faire ça à Paris. Et c’est vrai que j’aimais l’idée de faire quatre dates devant 200 personnes, plutôt que d’en faire une devant 800 ou 1 000, parce que ce n’est pas le même concert.

Après, en 15 ans, j’ai fait pas mal de salles de 1 000 personnes, voir plus, des festivals, etc. Et j’ai pris énormément de plaisir à le faire. Mais là, je voulais vraiment revenir aux histoires et à l’essence de la chose ».

Ce retour à l’essentiel, à la simplicité, est-ce un prélude à votre prochain album ?

« C’est complétement en prélude au prochain album, où l’idée, c’est de revenir aussi à un album plus acoustique, avec des histoires. Et cela demande une certaine intimité pour dérouler ce narratif là ».

Faudra-t-il s’attendre à des duos ?

« Pas a priori, parce que l’album qui arrive est une histoire faite d’une dizaine de titres. Chaque chanson est un chapitre. Du coup, il y a un vrai fil narratif avec des personnages et c’est vrai qu’introduire des duos rendrait l’histoire confuse ».

Quel a été votre dernier coup de cœur musical ?

« Il y en a tellement ! Il y a un monsieur qui s’appelle Milky Chance, dont sa musique est une espèce de folk nonchalante. J’ai découvert la scène folk allemande, dont un artiste qui est super, il s’appelle Homig.

La dernière chose que j’ai découverte, c’est Féfé qui me l’a fait écouter. Il s’agit d’Alexander, avec son morceau Truth. Je pense aussi à Citizen Cope, The Lumineers, etc. Il y a de très belles chosent qui sortent en ce moment ».

Avez-vous une salle de concerts parisienne préférée ?

« C’est toujours compliqué à dire, parce que cela dépend du groupe qui l’investit. Ce que j’aime bien dans la magie de la musique, c’est que finalement un groupe qui fait son métier vous fait oublier l’endroit où vous êtes. Il vous emmène où que vous soyez : dans le métro, dans un bar, dans une grande salle… Il y a des grosses salles dont on dit que ce sont des halls de gare qui n’ont pas d’âme : il suffit qu’il y ait le bon artiste dedans et on a l’impression d’être dans son salon.

A vrai dire, ce sont plutôt des souvenirs de concerts isolés que j’ai. Je me souviens d’un concert de Jon Spencer Blues Explosion au Trabendo, début 2000, qui était génial. Pareil, au Trabendo, j’ai vu Ryan Adams où c’était fou.

En concert, c’est vraiment un triptyque : une rencontre entre une salle, un artiste avec la musique qu’il va amener et le public. C’est tout ce mélange là qui fait qu’il y a des concerts plus forts que d’autres, des instants de grâce, mais aussi des erreurs […]. Je pense que le jour où l’on pourra numériser et mettre sur un serveur l’émotion qu’on trouve dans un concert, la magie de partager cet instant avec les gens qui sont sur les lieux, ça sera la fin de ce métier là ».

En parlant d’émotions, avec votre titre À la faveur de l’automne, je souhaitais vous poser une question complétement décalée. Vous êtes plutôt été ou hiver ?

« Pendant longtemps, j’étais davantage hiver, parce que j’écrivais des chansons plus mélancoliques et il est vrai que c’est toujours plus facile d’écrire en cette saison. Qui plus est, je viens du nord-est de la France où les hivers sont longs. Une fois que l’on est père de famille, on est plus dans la vie. J’avoue que la perspective de partir vivre avec ma famille trois mois par an à Tahiti, cela ne me poserait aucun problème ».