Sommes-nous des lâches ?

A ce qui paraît les habitant-e-s seraient des racistes anti-juif, anti-musulmans, anti-noir, anti-asiatiques, anti-Rroms, sexistes, homophobes. A ce que disaient les médias (TV et presse) et les réseaux sociaux, les banlieusard-e-s seraient une menace pour le pacte républicain et plus largement de la société française. Nous serions incapables de maîtriser nos passions et nos colères face aux violences policières, aux racismes, aux discriminations, aux violences sociales et symboliques comme dirait le sociologue Pierre Bourdieu. Nous sommes responsables de la fuite de nos professeurs des écoles, des collèges, des lycées, de nos policiers, de nos gendarmes, de nos pompiers, des services publics, des classes moyennes. Nous ne savons pas nous tenir, nous assimiler, nous intégrer, nous cultiver, nous informer, nous éduquer, nous élever socialement. Nous sommes la masse dangereuse de l’autre côté du périphérique : la banlieue.

L’affaire du jeune journaliste Mehdi Meklat montre combien cette réalité complexe du mythe du “jeune de banlieue” en pleine ascension frappé par son passé est d’actualité. Il n’a que 24 ans et déjà une belle carrière. Nous entendons sévir au quotidien des journalistes, des experts, des éditorialistes, des sondeurs, des personnalités publique ouvertement racistes, sexistes, homophobe et incitant à la haine et à la discrimination. Aucun-e d’entre eux/elles n’a été condamné-es ni même inquiété-es comme le fut Marcelin Deschamps (le double “maléfique” de Mehdi Meklat sur les réseaux sociaux) et comme le meilleur espoir féminin Oulaya Amamra aux César 2017 pour le film Divines. La chasse aux vieux tweets et aux vieilles publications facebook est ouverte ! Pourquoi nous ciblons ces jeunes alors que nous ne faisons rien contre le torrent de haine déversé sur nos ondes, sur nos télévisions et dans notre presse papier. Certain-es d’entre nous semblent d’une mauvaise foi assez déconcertante. Rappelons-nous qui étions-nous adolescent-e-s ou jeunes adultes ? Pas quel-le jeune banlieusard-e mais quel jeune français étions-nous ?

De la même manière, ce mauvais procès que certain-e-s font au jeune Théo suite à la diffusion d’une enquête financière sur sa famille (dont pour le moment personne n’est poursuivi). Il s’agit à nouveau d’une tentative de déstabilisation de la vraie procédure judiciaire pour voler au secours des policiers ayant violé et violenté ce jeune animateur d’Aulnay-sous-Bois.

La mémoire de la colonisation a ressurgie par les différents candidats à la présidentielle et notamment Emmanuel Macron. La colonisation n’a jamais rien apporté de positif et aucune décolonisation ne s’est faite de manière pacifique. Des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des atrocités ont été commis dans les différentes colonies françaises (cf. Pierre Vidal-Naquet, Les Crimes de l’armée française, Algérie 1954-1962 et cet article d’Amrane Medjani « Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité. Mais maintenant, que fait-on ? » http://chroniques-algeriennes.blogs.liberation.fr/2017/02/21/oui-la-colonisation-est-un-crime-contre-lhumanite-mais-maintenant-que-fait-/).

Enfin, oui, nous sommes des lâches car nous ne soutenons pas les nôtres, les journalistes comme les personnalités issues des espaces en marge de la République, et plus largement celles et ceux du monde de la culture, du sport, de l’égalité et contre le racisme. Lorsque la jeune journaliste du Figaro Eugénie Bastié s’attaque à l’interruption volontaire de grossesse, à l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, à la parité, au droit des homosexuelles et au droit des immigrés, non seulement nous constatons que personne ne s’insurge contre ses propos. Mais au contraire, elle bénéficie d’une complaisance des nôtres et d’un large soutien des siens qui accourent pour la défendre. En contraste, l’exemple du Bondy Blog est frappant. Eclaboussé par l’affaire « Marcelin Deschamps » alors que ce média n’est en rien responsable. Une nouvelle fois, l’équipe doit se justifier pour taire les soupçons de communautarisme dont veut l’accuser. Leur faute étant d’avoir donner la parole aux invisibles devenu-es journalistes. Cela dérange car ils/elles ne viennent pas des médias traditionnels.

« L’enfer c’est les autres » comme dirait le philosophe Jean-Paul Sartre. Notre génération ne peut-elle pas porter les sien-nes ? Nous devons faire bloc derrière celles et ceux qui sont attaqué-es injustement et assigné-es à leur condition sociale et culturelle. Ces personnes publiques sont jetées à la vindicte élitiste et médiatique comme des déviant-es, des sous-français-es et des « pas assez républicain-es ». Ils/elles finissent humilié-es, sali-es, et isolé-es.

Qu’attendons-nous pour se poser les bonnes questions ? Qu’attendons-nous pour s’émanciper des « faiseurs /défaiseurs de carrière» que sont les médias ? Où est cette solidarité dans le discours et dans les actes ? La question est posée.