Sofiane, la renaissance du rap « made in Seine-Saint-Denis »

Le rappeur blanc-mesnilois fait ses premières armes en indépendant. Rapidement, il est sollicité par plusieurs écuries dont le label Karismatik. Talentueux, rocailleux, énervé, cet artiste au style direct et sans concession est un pur rappeur de rue : « Est-ce que je rédigerais le rouge le noir de Sofiane Stendhal. Et puis la réflexion s’achève, les indices, les autres s’marquent. Qu’on vit pas plus la vie de rêve qu’on vit la vie de cauchemar » (extrait du projet « La vie de cauchemar » en 2009). Sombre poète dans une période trouble, Sofiane est partagé entre la vie de rue (et ses vices) et la lumière du show-business. Ce paradoxe est le fil conducteur de « La vie de cauchemar ».

Comment ce rappeur (très) sollicité pourrait-il passer inaperçu dans le « rap jeu » ? Au moment de 00-sofiane-blacklist-web-fr-2011son essor pourtant, la scène hip-hop du « 9-3 » est éclipsée par les artistes d’Essonne et du Val de Marne.  En 2011, le Séquano-Dionysien sort « Blacklist I », après quelques histoires dont la scène rap a le secret. Le rappeur remet les points sur les « i » avec le morceau « Réveillez-vous ».  Je me souviens de l’introduction de folie « réveillez-vous, j’les ai tous clashés d’ma tombe. J’arrive comme une bomba. Ils ont tous cru qu’j’étais mort. » . Puis vient le touchant et bouleversant « Aide-moi », l’excellent remix « Ghettoyouth » de Salif des Hauts-de-Seine et le street « Aller-retour ». « Blacklist I » est un album de hip-hop de rue. Sofiane se dévoile peu. Il montre la vie de rue sans angélisme et sans ornement. Il fait bien du rap « made in Seine Saint Denis ».

blacklist-2-12013 marque le retour de Sofiane avec sa « Blacklist II ». Là on découvre un rappeur plus ouvert. Tout d’abord, il y a plus de featuring : Léa Castel (Cio Bonne Vie et Juste une larme), Gregz et Trade Union (Yema), Mac Tyer (Tout ce que j’ai fait), Dosseh (Boxe avec les mots remix), Rohff (La rue parle), et le Blankok all-star (Toujours en Zga). Le son qui m’a le plus touché est « Lettre d’un jeune rappeur ». Il parle du mal-être d’un jeune artiste dans un environnement où les rappeurs français s’inscrivent dans tel ou tel style de rap et soutiennent tel ou tel artiste (Booba, Rohff, La Fouine etc…). Il parle du business qu’est l’industrie du disque, du boycott des radios FM, des droits SACEM, des contradictions du public français, de ses regrets, de ses espoirs de réussite et de sa fidèle équipe : 100% indépendante.  L’ambiance est la suivante « plus d’temps à perdre, j’enterre les promesses par dizaines […] offrir un château à ma mère pour la gloire de mon père. Dans l’crime, dans l’rap : recherche-moi, j’te couche ! ».

sofiane-feat-kalash-criminel-93Enfin, Sofiane lance une série de freestyle sur Youtube « #jesuispasséchezSo ». 9 épisodes en 2016. Nous ne savons pas s’il prépare un nouvel album mais chaque épisode nous présente l’artiste sous un nouvel angle.  Je vais conclure par le sixième épisode « 93 Empire » où nous retrouvons le jeune espoir sevranais Kalash Criminel. Dans le clip, on peut voir des artistes « made in Seine Saint Denis » tels qu’Alpha 5.20, Vald, Kaaris, Nakk Mendosa, Mac Tyer, Dinos Punchlinovic, LLartiste, Shone, GLK, Dorseaux, Noa Lunsi, Baloo, Busta Flex, Ixzo, Kool Shen, Bakyl, Worms T, Tefa. Ce morceau est un hymne rap et un hommage à la Seine-Saint-Denis comme il dit si bien « on t’connait pas, t’es pas d’chez nous. Les autres et nous c’est pas l’même thème. J’baiserai la France jusqu’à c’qu’elle m’aime ».