Personnage multiple, Seldom Colin a un nom curieux qui lui colle à la peau. Avec son premier album qui sortira le 5 février 2016, The Romantic Egotist, l’artiste nous emporte dans une nostalgie douce et légèrement désenchantée. Un véritable coup de cœur !

Quand on écoute ton album, The Romantic Egotist, plusieurs styles musicaux se côtoient. Ton titre, A step away, dont le clip est sorti fin janvier, me fait penser à l’univers de Caravan Palace. Quelles ont été tes influences pendant sa réalisation ?

« J’ai beaucoup d’influences. C’est difficile de citer des artistes précisément. Par exemple, c’est par hasard, pour moi, que tu dises que cela ressemble à Caravan Palace, parce que je ne les écoute pas vraiment, même si je les apprécie. Ce n’est pas une influence pour moi directement. […]

Je prends des petites choses dans beaucoup de genres de musique qui m’intéressent. Cela va être autant dans la musique électronique que le hip-hop, mais aussi énormément dans le jazz ou la musique classique. C’est la raison pour laquelle il y a une sorte de mélange qui se créé qui, après, peut effectivement ressembler à d’autres groupes. Mais dans ma démarche, je ne veux pas m’apparenter à un groupe. C’est vraiment quelque chose que je construis au fur et à mesure ».

Ce mélange musical se traduit par les cinq duos que tu as enregistrés. Un m’a marqué, celui avec Désirée Diouf, qui est plus classique que tes autres titres. Comment s’est passée ta rencontre avec elle ?

« C’est vrai qu’elle est une chanteuse plutôt de soul à la base, avec une très belle voix portante. En fait, mon idée, c’était de la mettre dans quelque chose qui soit beaucoup plus intimiste, dans un registre auquel elle n’est pas habituée. C’était ça qui était intéressant, de trouver une sorte de fragilité dans sa voix. C’est donc pour cela que j’ai pensé à ce morceau-là pour elle. J’étais assez content du résultat ».

Cette fragilité se traduit également par ton titre d’album, The Romantic Egotist. Pourquoi l’avoir intitulé ainsi ?

« Dans l’album, l’idée, c’était de voir comment notre vision des relations évolue avec le temps, en prenant des personnages à travers certaines époques comme l’adolescence ou la post-adolescence, jusqu’à l’âge adulte ou plus mûr. Ces personnages représentent une époque où l’on a eu quelques expériences, peut-être quelques déceptions, où justement on a une perte d’illusions ou on est un peu désabusé.

Ce type de personnages m’intéressait et m’a été inspiré par la littérature de la fin du 19e, début du 20e, que ce soit américaine ou française. J’avais envie de reprendre ces figures-là et de les remettre dans un environnement plus contemporain ».

Pendant l’élaboration de ton opus, tu as bénéficié d’une aide de 2500€ des Fonds de la Création Musicale. Qu’a-t-il permis de faire ?

« Le Fonds a permis de financer le clip de A Step Away. Il nous a bien aidé, du fait que ce n’a pas été facile de réunir des fonds pour ce projet là ».

Par rapport à ton clip justement, pourquoi avoir choisi Tokyo pour décor ?

« En fait, c’était en discutant avec le réalisateur catalan Ferran Gassiot. Je lui ai parlé du projet, il était intéressé pour réaliser un clip. Et c’est lui qui a imaginé un univers un peu surréaliste, basé à Tokyo. Son idée m’avait plu. On lui a laissé carte blanche pour aller le tourner. On avait créé un scénario ensemble puis il a monté une équipe de tournage à Tokyo, avec une actrice hispano-japonaise ».

Pour rebondir sur ce scénario sur lequel tu as travaillé. Quel message, quelles émotions as-tu voulu transmettre ?

« C’est assez ouvert, clairement, il y a une interprétation assez abstraite du morceau. Ferran Gassiot a eu une vision abstraite, loin de la traduction littérale du titre A Step Away (Un pas de côté). Il voyait cette jeune fille présente dans le clip qui débarquait quelque part, comme un « pas de côté », dans un univers qu’elle ne connaît pas, où elle prend ses repères avant d’appréhender un monde extérieur ».

Tu navigues régulièrement entre Barcelone et Paris. Quelle place occupe Barcelone dans ton univers musical ? L’approche de la musique est-elle différente entre l’Espagne et la France ?

« Ce n’est pas évident. Je n’ai pas encore analysé ça. Barcelone, c’est très important au niveau de mon vécu, des expériences que j’ai eu et des rencontres que j’ai fait là-bas. C’est une ville vraiment cosmopolite.

Musicalement, c’est plus difficile à dire, par rapport au style en tout cas. Difficile, parce que j’ai beaucoup trainé dans le milieu du jazz à Barcelone et en même temps, ce n’est pas si évident que ça le jazz là-bas […]. Je dirais que l’on est plus direct généralement en Espagne, on est moins dans l’abstraction que je fais parfois. L’influence de Barcelone est plus sur le fond que sur la forme ».

Comment t’es venue l’idée de ton nom de scène, Seldom Colin ?

« Il est venu avant d’enregistrer l’album. J’avais envie d’utiliser mon prénom, Colin, pour dire que j’assume ce projet personnellement. Et ce terme anglais « Seldom », qui veut dire « rarement », me plaisait. Je trouvais ce jeu de mots, « Rarement Colin », rigolo. Dans le même temps, il représente mon travail qui est un peu touche-à-tout, dans le sens où il ne faut pas s’attendre à ce que je fasse toujours la même chose ».

As-tu prévu des concerts prochainement ?

« J’ai commencé seulement à travailler sur la partie live, qui est assez difficile à mettre en place pour des raisons logistiques. J’aimerai arriver avec un live bien monté et c’est pour cela que je prends mon temps. Ce sera prévu peut-être pour la fin 2016, voir 2017.

On est en train de travailler sur l’aspect performance et comment faire en sorte que les chanteurs soient présents sans forcément être là physiquement. L’idée, c’est que ça soit joué avec des vrais instruments – et une partie électronique bien évidemment – , dans l’optique d’un vrai spectacle, plutôt qu’un DJ set. En tout cas, c’est l’idée que l’on a pour l’instant ».

The Romantic Egotist, dans les bacs le 5 février 2016. En vente sur iTunes depuis le 25 janvier 2016.