En septembre 2016, une révolution a été lancée par 3 étudiants, au sein de Sciences Po. L’association Sciences Curls est fondée pour créer un espace de discussions sur la Beauté comme réalité plurielle et éminemment sociale et politique par le biais du cheveu texturé.

Le but ? 

La présidente de l’association nous l’explique en une phrase :

« mettre en relation les personnes qui portaient leurs cheveux naturels à SciencesPo à la fois entre elles et avec les personnes non concernées et peu informées dont l’ignorance est souvent le point de départ des micro-agressions que nous vivons au quotidien. »

Nous avons pu rencontrer deux membres de l’association. La présidente Réjane Pacquit. Étudiante martiniquaise de 22ans, cette année était sa dernière à Sciences Po en master marketing, et Julie Vainqueur, un autre membre diplômée de Sciences Po, guadeloupéenne et qui précise est née à Paris et vi(t) en Banlieue.

Cette association qui a déjà fait entendre parler d’elle, est un projet qui est à saluer. Elles n’attaquent pas les problèmes identitaires auxquels les étudiants ont à faire face en prenant le taureau par les cornes, mais plutôt le taureau par la crinière.

En se concentrant sur un aspect esthétique que mettent à jours les différents problèmes d’assimilation, de manque de confiance en soi de plusieurs étudiants mais aussi de plusieurs jeunes dans la vie active comme l’a montré Ngo, la youtubeuse à l’origine de la websérie « La crépue ». (Notamment dans l’épisode 1).

 Une remarque de Julie fait justement écho à cet épisode :

« Notre cheveu est toujours décrit comme dur, unruly, décoiffé, moche, gênant, peu ou pas professionnel, et j’en passe. Mais mon cheveu est normal pour moi et je dirai même qu’il est beau, au même titre que le cheveu lisse. »

Et sur ces belles paroles :

Pourquoi rejoindre cette association, qui, on le précise accueille aussi des étudiants en dehors de Sciences Po ? Julie nous répond :

Le cheveu est un sujet qui me parle car si , pour beaucoup,  il s’agit d’une simple matière sur nos têtes ou quelque chose de purement esthétique, et c’est le cas, mais il y a aussi tellement de choses qui peuvent être impliquées autour de ce cheveu. Être dans une association, avec des gens qui ont le même intérêt, pour parler de ces choses, que du bonheur pour moi ! Et ça nous permet de sensibiliser les gens tant du point de vue esthétique, qu’historique, économique ou politique.

Julie Vainqueur

Vous avez mis en avant la place du cheveu naturel dans votre association. Y-a-t-il une compétition entre le tissage, les mèches et les cheveux naturels?

Les deux femmes, s’accordent, il s’agit là de liberté et de choix.

Réjane : Notre objectif est seulement d’ouvrir une discussion, pas de mettre en rivalités différentes alternatives. Ce serait absurde et contre-productif. 

Julie : On est également beaucoup à juste aimer changer de tête et à jouer avec nos cheveux. Ce n’est pas un tout ou rien ! On profite du large choix de techniques qui existent pour nous coiffer.  Ah le mot : CHOISIR. Selon moi, il est important de comprendre que tout cela est une question de choix. Je suis libre,  je choisis pour moi en fonction de mes envies et j’essaie de faire en sorte que les diktats ou « impératifs » de la société, du boulot, … aient un moindre impact possible sur mon choix de coiffure. En conclusion, les cheveux naturels sont importants mais ce n’est pas juste la texture frisée, crépue et bouclée. Il y a plein de choses derrière. 

Ces dernières années on a vu l’essor de la  » culture noire » au sein de mouvements civiques mais aussi culturels. Les cheveux crépus sont-ils un moyen d’affirmer une unité de l’histoire noire ?

Réjane : C’est un prisme, une porte d’entrée pour aborder cette histoire. En effet, souvent Noir, Afro. Le cheveu texturé a été un support culturel fondamental et fondateur, autant de célébration, que d’oppression, d’aliénation ou de réappropriation. Le cheveu permet d’aborder l’Histoire Noire dans sa diversité et sa pluralité plutôt que dans une « unité » parfois forcée et factice. L’Histoire Noire n’est pas un bloc. L’Histoire Noire n’est pas monolithique et je pense que l’aborder par le prisme du cheveu permet de l’explorer dans tous ses recoins, ses paradoxes, ses virages et ses demis-tours.

Réjane Pacquit

Est-ce que vous avez toujours été au naturel? 

Réjane : Non. J’ai arrêté de me défriser les cheveux il y a 3 ans après l’avoir fait régulièrement pensant 10 ans.

Julie : J’étais naturelle jusqu’à ma rentrée en quatrième. J’ai essayé de revenir au naturel par transition durant ma troisième année à Sciences Po et j’ai fini par couper mes longueurs défrisée (bigshop) après mon Master 1, le 12 Octobre 2014.

Comment avez-vous appris à aimer vos cheveux? 

Julie : Les cheveux sont importants pour les femmes antillaises du moins c’est ainsi que j’ai été élevée. Et je les ai toujours aimé, mais jeune j’ai voulu être comme les autres qu’on voit partout, qui sont dites belles et que « tout le monde » aime…  J’ai appris à les accepter, a en prendre soin et à les valoriser quand j’ai décidé de m’assumer, de ne plus m’infliger ces defrisages et de retrouver mon cheveu naturel. J’aime de temps à autre faire des vanilles ou des tresses avec des mèches. 

Réjane : Je ne dirais pas que ça s’apprend, je dirais que cela se choisit. Je dis que c’est un choix parce que ça ne peut pas se faire s’il n’y a pas une volonté solide derrière.  Après il s’agit de revoir toutes ses références en faisant le choix du narcissisme. Je m’explique. Il est important de choisir des références qui nous ressemblent, il est important de se voir soi dans les personnes qu’on idéalise. C’est fondamental. C’est en me choisissant que j’ai appris à m’aimer et à aimer mes cheveux TELS QU’ILS ÉTAIENT. Et bien sûr le choix d’une routine adaptée et respectueuse (éviter les agents chimiques agressifs etc) permet de reprendre le contrôle de la matière et de se rassurer. 

Un conseil, pour les personnes qui voudraient passer au naturel ?
Réjane :Ne brûlez pas d’étape et ne vous laissez pas influencer. Posez-vous des questions… C’est l’occasion de vous faire passer en premier et d’en apprendre plus sur vous-même et ce n’est que comme ça que vous inscrirez cette décision dans la durée.

Julie : D’être vous mêmes. De s’armer de patience car apprendre de nouveau, à prendre soin de ses cheveux n’est pas toujours facile ( idem pour les cheveux lisses (gras ou fin par exemple), mais pas aussi compliqué que certaines vidéo YouTube le laissent entendre.

Love yourself and Enjoy.