Sch le rap esthète

Après une longue période d’absence, Sch a teasé son retour avec son 1er single Mort de Rire en juin 2018 où il annonce la couleur « j’suis venu prendre un maximum, j’vais toujours m’en souvenir » et le second extrait de l’album est l’extraordinaire Otto (que j’écoute en boucle!).

Otto accompagné du clip en août dernier pose le cadre du troisième album JVLIVS sombre, mélancolique et intime teinté d’une ambiance italiano-marseillaise « on n’a plus d’âme et tu sais déjà qu’on est maudits. J’ai perdu des potos, j’ai même plus les photos. Mon daron s’appelait Otto, il aimait pas les putos. Mon pote on gravit, on s’arrose. Ici, tout pour la famille, Cosa Nostra ».

Ce que je n’ai pas dit qui est très important c’est la cohérence et l’unité du projet de l’introduction Le Déluge en mode cinématographique genre Al Pacino en passant par les interludes 420 mètres et Beretta 92FS et puis nous remarquons dans JVLIVS des morceaux qui sont de la continuité musicale et lyricale avec les précédents projets comme A7Anarchie et Deo Favente comme VNTM « j’peux pas les saquer, y’a tout un tas d’rappeurs, qu’j’ai enfantés » et Pharmacie avec un univers mafieux « j’y écris depuis p’tit, les voyous dont tu parles, ils ont peur du noir. Le rap, c’est un jeu d’échecs et les fous sont toujours au plus près du roi ».

En outre, nous avons également les sons comme l’excellent gun-shoot Tokarev « un revenant qui prend possession d’un corps pour crier la vérité. Le hall et l’escalier, le parking et les caves, les préaux, les fauteuils. Les flingues à la buvette, l’héroïne, les épaves. Le ciel est rouge et gris, on reprend, on découpe, on emballe, on écoule. Un flash devant l’alim’, un taxiphone sur écoute, au moins une mère à l’abri », l’aérien Skydweller « on n’a pas grandi dans la norme. J’t’en prie, souris, les bons moments reviendront. Soucis, son-pri, au fond, j’étais jeune, moi, j’voulais voler » et le morceau très rap Facile « musique des ténèbres, chien à trois têtes sans la laisse, Uzi 45. ACP, ma faim a tué ma paresse, température loin en-d’ssous d’zéro ».

S’en suit l’unique (très) bon featuring avec Ninho Prêt à Partir, l’introspectif Ivresse & Hennessy « oui, ivresse, avant d’partir d’une cirrhose. Ivresse, Hennessy. Comme une abeille dans du sirop, j’veux m’en aller d’ici. J’rendrai ta vie moins morose. J’ai trouvé remède à mes névroses, ivresse, Hennessy », l’émouvant J’t’en prie « yeux vers le ciel je n’suis qu’un Homme. J’y perds mon père mais j’ferai les dates, j’suis c’gosse enchaîné », les sons nostalgiques Le Code « libres avec les copains, le travail ou les mains sales. J’repense aux années 2000 » et Incompris « les mêmes que quand j’étais gosse, j’reste avec eux, j’reste avec eux, toujours avec eux. J’ai pas l’itinéraire, ni vers l’soleil, ni vers l’paradis ». Nous avons aussi le son de pop urbaine Ciel rouge avec un couplet unique « on tombe jamais en sanglots, j’peux tuer pour toi, j’ai prié pour mes potes, ils ont prié pour moi. Ne m’laissez pas voir le printemps si c’est pour mourir en été, nan ».

Enfin, l ‘album se finit en beauté avec le très personnel Bénéfice « adolescence, tu connais les risques, que du sale. Seul devant Iblis, tant que Maman me dit : « Mon fils, t’es un homme ». JVLIVS est l’archétype de l’album concept parfait, zéro déchet et agréable à l’écoute. C’est le projet le plus abouti de Sch chapeau l’artiste !