Rencontre avec Teo Gheorghiu, jeune pianiste prodige
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Amateurs de musique classique ou simples curieux d’expériences musicales inédites, c’est dans le cadre du festival de musique « Lille Piano(s) Festival » qui s’est déroulé le weekend du 09 au 11 juin à Lille, que de nombreux artistes se sont produits pour nous faire découvrir un kaléidoscope musical autour…du piano. Concertos, récitals, spectacles jeune public, piano bar, improvisations, musique classique, jazz et tango, il y en avait pour tous les goûts. Des plus prestigieux solistes aux plus jeunes lauréats de concours internationaux, ils ont fait vibrer la ville en un week-end. C’est ainsi que j’ai pu assister au concert de l’un d’entre eux, Teo Gheorghiu, qui a offert au public un impressionnant récital de Ravel, en passant par Rachmaninov et Schumann. Rencontre avec un jeune pianiste suisse de 24 ans, pour qui la musique, « c’est la vie ».

Qu’est ce qui t’a poussé à faire du piano ton métier ?

J’ai commencé le piano très jeune…à l’âge de 4 ans. J’étais talentueux, et dès le début mes parents m’ont poussé sur cette voie. Mais c’est seulement à l’âge de 19-20 ans que j’ai décidé que je voulais faire de ma passion mon métier, c’était comme une sorte de révélation ! Adolescent, je ne savais pas que la musique allait prendre une telle ampleur dans ma vie, et surtout ce n’était pas ma priorité. C’est réellement mon professeur qui m’a appris à me révéler grâce au piano, il m’a donné le moyen de m’exprimer pleinement à travers la musique, au fil des années. Il m’a transmis cette envie. Il représente une grande inspiration pour moi.

Quel est ton répertoire de musique classique préféré ?

J’aime le mouvement musical Romantique du 19ème siècle. Je peux citer Schubert, Rachmaninov, Schumann, ou encore Brahms. Il y a une intensité, une émotion qui se dégage de leurs œuvres, les sonorités inventées par les romantiques y sont particulièrement colorées et évocatrices, plus en tout cas que chez des classiques comme Mozart. J’aime Les Valses nobles et sentimentales de Ravel par exemple, que j’adore jouer. Les pianistes russes, aussi, m’inspirent beaucoup.

 Depuis tes débuts à Zurich en 2004, tu as donné des concerts à travers le monde, notamment à Londres, New-York, Paris, Tokyo ou encore Prague. Le succès aussi jeune…On le vit bien ?

Je ne suis pas si jeune que ça dans le milieu ! (rire) C’est-à-dire que maintenant ça va, je me suis habitué à un rythme de vie chargé, souvent entre deux aéroports. Le moment le plus dur, c’était au début, juste après le succès du film Vitus, dans lequel j’ai joué mon propre rôle de pianiste « surdoué », à l’âge de 14 ans. C’est avec ce film que je me suis réellement fait connaître en Suisse, mais aussi à l’étranger. C’était dur, car j’ai dû en quelque sorte commencé à me « vendre », une certaine pression est apparue. Cette pression a ainsi pu impacter mon rapport à la musique, et mon amour pour la musique, parfois négativement. Mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux ! J’habite à Londres, j’aime faire la fête comme les jeunes de mon âge, sortir, je le fais même trop des fois ! (rire).  J’ai une copine, pas mal d’amis, je joue au foot…Bref, la vie continue !

Tu fais de la musique classique, mais aimes-tu ou pratiques-tu d’autres styles de musiques ?

Bien sûr, j’ai du mal avec la musique commerciale actuelle mais j’adore le jazz par exemple, que je pratique de temps en temps, mais seulement pour moi ! Sinon j’aime des styles complètement différents comme les musiques latinos telles que la samba, la salsa etc. Cela ne m’empêche pas d’adorer de grands classiques du rock comme les Pink Floyd par exemple. Dans un tout autre registre, j’aime écouter le hip-hop américain des années 1990 ou encore plus récemment Kendrick Lamar.

Quand tu joues, que veux-tu transmettre à ton public ?

Quand je joue, le plus important pour moi est de partager cette émotion que je ressens devant mon piano. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais j’ai envie que les gens sortent de la salle en ayant ressenti quelque chose, que ce soit de la joie, de la tristesse, n’importe quoi mais que ça leur ait fait un truc. Quand je joue des récitals, comme ce fut le cas ce soir, bien que je sois fidèle à l’œuvre du compositeur, aux partitions, je ne veux pas me cantonner à « réciter » ma leçon. L’énergie qui se dégage du piano m’est propre, et c’est cette énergie que je veux transmettre au public.

Que conseillerais-tu à tous ces jeunes qui veulent vivre de leur passion, comme toi ?

Foncez ! Suivez votre passion, quelle qu’elle soit, mais surtout ne vous enfermez pas dans une routine de confort. C’est trop triste. Nous n’avons pas d’excuses. Bien sûr, vivre sa passion demande de faire des sacrifices, mais si vous en avez vraiment envie, il ne faut pas passer à côté.