Dans un décor surréaliste, planté au beau milieu d’un champ d’éoliens, le plus français des festivals belges a fait peau neuve. Nouvelle disposition des scènes, nouvel environnement mais… Identité similaire. Car, si son aspect a changé, Dour est resté le même. Comme tous les ans depuis 30 ans, le festival propose une programmation très riche, qui convie les sommités des musiques alternatives et fait la part belle aux découvertes.

Selon qu’il choisit d’aller à droite, à gauche, ou devant lui, le festivalier dourois se retrouve face à un baron de la techno, une star du rap américain ou un groupe de rock en devenir. Souvent, lorsque deux (voire trois) de ses artistes préférés jouent en même temps, il doit faire des choix. Qui aller voir : Folamour, Boys Noize, Paul Kalkbrenner ou Daphni ? A NewVo Radio, nous avons fait les nôtres et nous les avons rarement regrettés.

Jeudi*

En retard d’un jour, une heure, treize minutes et huit secondes, on rate les prestations de Juicy, Selah Sue, John Hopkins ou Angèle (entre de multiples autres). Le seum est presque aussi grand que celui de Thibault Courtois, un soir de demi-finale de Coupe du monde. Tant pis, on file se consoler devant Kadavar. Le groupe de rock stoner nous prend dans ses bras, non pas pour nous bercer mais pour nous asséner de multiples coups de poing à l’estomac. Ça commence fort.

Direction Fakear, pour un peu de douceur. Accompagné de ses musiciens, le jeune caennais délivre un set planant mais énergique. Il finira le concert torse nu, frappant comme un fou furieux sur son tambour. Après un passage rapide devant Booba, dont les caramels ravissent les fans (un peu moins les autres), on file voir Ame II Ame. Les deux DJs allemands pioche généreusement dans le répertoire d’Innervisions, le label dont ils sont les fondateurs. Pendant 2h45, Frank Wiedemann et Kristian Beyer jouent une deep house envoûtante qui ravie les festivaliers de la Petite maison dans la prairie.

Les Chemical Brothers, têtes d’affiche du soir, évoluent dans un autre registre. Accompagnée de visuels déments, la musique du duo plonge le spectateur dans une sorte de cauchemar éveillé, peuplé de silhouettes obscurs, ondulants au rythme soutenu des beats acid. L’enchaînement est assuré par AZF, la révélation techno de l’année. Sauf que la Caverne, où elle se produit, est prise d’assaut par des milliers de festivaliers en quête de vibrations fortes. Pas grave, l’italien DJ Tennis joue juste à côté. Son set intimiste, mêlant house, techno et electro, nous fait taper du pied jusqu’à ce que la fatigue l’emporte.

Vendredi

La journée du vendredi démarre très tôt, très fort. Il est 15h30 (soit environ 7h30 dans le monde normal) lorsque les Belges de BRNS – prononcer Brains – montent sur scène. Pour leur quatrième passage à Dour, les bruxellois n’étonnent plus personne : leur rock synthétique, dansant et énergique, conquit un public déjà nombreux. Presque une caresse avant l’uppercut balancé par Shame. Dès l’intro fracassante de « Dust On Trial », les cinq garçons saisissent leur public à la gorge pour ne plus le lâcher. Si la popularité d’un groupe se mesurait au crépitement des flashs, Shame l’emporterait haut la main tant son chanteur, Charlie Steen, attire la lumière des photographes. Amplement mérité.

Charlie Steen, le chanteur de Shame, toise la foule.

Forever Pavot se charge de panser les plaies, creusées par les guitares stridentes, dans les oreilles des festivaliers. Sa musique instrumentale et psychédélique n’est pourtant pas aussi douce qu’on aurait pu le croire. En concert, les mélodies hypnotiques se transforment en un flot diffus et fracassant. « On a travaillé le live pour lui donner une énergie plus rock », confirme Emile Sornin, tête pensante du groupe, après le concert. C’est au tour de Parcels de monter sur scène. Le visage des festivaliers s’illumine de bonheur et leurs jambes s’animent, tandis que le groupe récite sa partition disco à la perfection.

Parcels a ressuscité George Harrison.

Déjà quatre concerts d’anthologie et la nuit n’est même pas encore tombée lorsque Caballero & Jeanjass prennent les commandes de la grande scène. Le duo le plus déjanté de la scène rap belge n’a pas besoin de chanter, le public s’en charge à sa place. De paroles, il n’en est presque pas question avec Mogwai. La musique du groupe de Glasgow parle pour elle : ses envolées noise, ses nappes de guitares, ensorcellent les spectateurs.

Comme tous les soirs passée une certaine heure, toutes les scènes du festival sont squattés par les platinistes. Sur le labo, la scène découverte, se produit Young Marco, l’un des diggers les plus recherchés de la planète. Le prodige de Dekmantel, le label Amstellodamois, mêle pépites inshazamables et titres cultes. Le dancefloor s’enflamme lorsqu’il joue « Born Slippy » d’Underworld, connu pour apparaître dans la BO de Trainspotting.

La suite bientôt…

*Le festival débutait mercredi mais, incapables d’assumer un cinquième jour en enfer, nous avons préféré nous limiter à quatre.

(Toutes les photos sont de Martin Pinguet)