Le musée du Quai-Branly révèle au public un corpus d’œuvres longtemps refoulées. Acquises, réunies et commandées à l’occasion de l’Exposition Coloniale de 1931, les 221 œuvres exposées dans Peintures des Lointains sont entrées dans la collection du musée lors de la fermeture du Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie. Soigneusement occultés depuis les années 1960, ces toiles et ces dessins sont les témoins d’un passé colonial encombrant et tabou.

Sarah Ligner – commissaire d’exposition – propose ainsi de réhabiliter une collection plongée dans l’oubli et la dégradation. En témoigne l’importante campagne de restauration qui a accompagné la mise en œuvre de l’exposition. Avec Peintures des Lointains, le Quai-Branly souhaite libérer un patrimoine artistique du discrédit. Ainsi, plutôt que de d’interroger l’histoire coloniale, l’accent est porté sur la valorisation des qualités esthétiques d’un art dit colonial.

Peintures des Lointains est également l’occasion de mettre en perspective le regard porté par l’Occident sur l’ « Ailleurs » au travers de trois sections thématiques : Séduction des lointains, Altérité plurielle et Appropriations des lointains. Le parcours de l’exposition discute en somme un imaginaire exotique enraciné dans des stéréotypes, l’oscillation des œuvres entre objets ethnographiques et objets d’art et finit par interroger le rôle de l’art dans la mise en scène de la puissance coloniale.

Si cette exposition est l’occasion de se délecter d’une riche collection d’œuvres – de qualité inégale – le choix d’une muséographie thématique semble une porte ouverte à la maladresse. Zones géographiques et périodes chronologiques sont mélangées, si bien que le propos manque de clarté. De quel « ailleurs » s’agit-il ? Qu’est-ce que l’« ailleurs » ? Rien de cela n’est développé, de sorte qu’au sortir de l’exposition, l’« Ailleurs » et l’« Altérité » de l’époque coloniale semblent toujours « Lointains ».