NewVo fait le portrait : Ousmane Baldé

1) Pouvez-vous vous présenter ?
Ousmane Baldé, Directeur du Cabinet B&M Communication et Chargé des relations avec les parlementaires (Fédération Nationale des Maisons des Potes) Paris. Guinéen, Diplômé en Science politique, travail politique et parlementaire parcours affaires publiques et communication institutionnelle de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense, et en Histoire des Relations Internationales à l’Université de Sonfonia Conakry.

Membre de plusieurs associations (le Conseil National des Associations de Jeunes Guinéens de France, le Sénat des Jeunes d’Afrique, Étudiants & Développement…), j’ai été élu au Conseil d’Administration d’Étudiants & Développement lors de l’Assemblée générale de mai 2015, j’ai fini par intégrer le bureau au poste de Secrétaire Général.
Je m’intéresse à la communication, aux affaires publiques et à la participation citoyenne au processus de développement.

Après une expérience réussie avec la Mission d’Observation électorale de l’Union européenne en Guinée et une riche expérience dans le milieu associatif guinéen et français, j’ai lancé le Sénat des jeunes de Guinée et le Cabinet B&M Communication.
De Paris à Philadelphie, De Montréal à Malaga en passant par Budapest et Bruxelles, j’ai rencontré des cabinets de communication et de relations publiques riches en expérience, des organisations de la société civile et des partis et acteurs politiques, des associations de jeunes, des associations de lutte pour promouvoir les droits de l’homme et du citoyen, qui m’ont donné une autre vision du monde.

2) Quels sont les raisons de votre engagement en Guinée ?

Je suis guinéen. Mon engagement pour ma patrie est un fait naturel qui ne se pose ni en condition ni en contre partie encore moins pour une autre motivation. C’est un devoir primaire.

Au-delà de ce fait, pour avoir côtoyé des modèles à travers le monde, j’ai le sentiment que mon pays est entrain de passer à côté du développement souhaité par son peuple. Les acteurs sociopolitiques, malgré l’aide des partenaires, ont du mal à adapter les valeurs internes aux exigences de la nouvelle norme universelle qu’on a épousé depuis les années 1990.

Nous sommes encore dans la théorie de l’intimidation et de la violence physique. Nous sommes toujours dans le sillage absolu de la politique classique qui affecte dangereusement les valeurs originelles de notre société. Comme partout en Afrique d’ailleurs, la gouvernance frivole s’est progressivement institutionnalisée au détriment d’une volonté réelle de mise en œuvre d’actions susceptibles de transformer les ressources naturelles abondantes de manière efficiente et efficace.

Face à une telle situation, la population, traumatisée par des régimes et des partis politiques dont la méthode et le discours sont centrés sur l’exclusion et la division, a perdu la notion de citoyenneté et de la nation. La jeunesse, particulièrement la plus touchée, est confrontée à d’innombrables défis : elle est en manque de repère car tous les espoirs ont failli. Les politiques s’en sont servis pour des fins politiques.

Elle est en quête de formation et de qualification : parce que tous les programmes qui lui sont proposés sont inadéquats. Elle a besoin de s’organiser : en excluant toute considération subjective et ethnocentriste. Elle a besoin de vision : Parce qu’aujourd’hui, elle a besoin de se faire une stratégie réelle sur une longue période en termes de projet et de mobilisation réelle et inclusive.

Pour ces raisons, et parce que je suis convaincu qu’aucune politique viable n’est mise en place pour son épanouissement que je propose un débat plus objectif et mieux argumenté pour sortir la jeunesse de la léthargie dans laquelle elle s’engouffre volontairement.

3) Que pensez-vous la jeunesse guinéenne et plus largement africaine ?

Quand je regarde un jeune guinéen, je vois un être usé par des décennies de manipulation politique, des années de stress pour le souci d’un avenir meilleur. Je vois en lui la volonté de réussir une vie équilibrée paisible et stable. Mieux, je vois un combattant…

Cependant, dans sa trajectoire, il est confronté à deux choses : un jugement de valeur qui le détourne de son combat et l’empêche de poser des actes de qualité profitables à tous et une manipulation de son entourage ou de son organisation politique qui lui ôte la capacité de se forger librement une opinion.

En Guinée, il y a une jeunesse (qui a plus de 40 ans) qui parle et agit au nom de la jeunesse, qui profite au nom de la jeunesse. Puis l’autre grande masse de jeunes qui affronte les réalités du terrain et subis les incohérences des programmes de développement mis en œuvre.

Elle peut s’organiser mais elle doit pouvoir dépasser son égocentrisme, sa subjectivité et son sentiment de suffisance. On ne peut pas construire dans la division ou dans une sorte de concurrence sans réelle importance.

En outre, la culture du volontariat doit caractérisée la jeunesse, son action et sa vision. Elle doit pouvoir s’investir davantage dans des projets associatifs plus concrets. Aujourd’hui la société civile guinéenne compte des centaines d’associations de jeunes mais seules quelques unes sont actives sur le terrain.
L’engagement doit se lire sur le terrain, sur les actions, sur un héritage…

Cette caractéristique est propre à la majorité des jeunesses africaines même si par endroit on comprend plus ou moins le concept ‘’volontariat’’. Penser l’engagement associatif sur le plan strictement financier est l’erreur fatale qui empêche les associations de jeunes africains de s’unir autour d’un idéal commun. De surcroits, la jeunesse scolarisée ne joue pas pleinement son rôle de guide pour les autres qui n’ont pas eu la chance de s’approprier les outils d’analyse nécessaire pour la compréhension des différents enjeux sociopolitique.

Il est donc impératif de s’organiser pour mieux agir.

4) Pouvez-vous nous donner un exemple d’action citoyenne ?
A bas-âge, je portais des livres sur ma tête pour les acheminer vers les collèges et lycées pour d’autres élèves de mon âge. Un peu plus tard, j’ai consacré toutes mes soirées aux associations bénévoles qui font la promotion de l’éducation au niveau des jeunes ; la lutte contre la déforestation ; la préservation de l’environnement. J’ai plus de 14 ans d’expérience dans les associations et jamais le bénévolat n’a suscité en moi un sentiment de frustration ou un obstacle à la construction de mon avenir.

En 2012, avec certains amis africains, nous avons lancé un Sénat de jeunes pour offrir à la jeunesse africaine un espace de dialogue plus organisé pour pallier aux méthodes rigides de revendication de masse. Ce mouvement devait permettre aux jeunes de la diaspora et ceux de l’intérieur de partager des outils et d’aborder les problématiques qui sont les leurs et de soumettre aux décideurs politiques des pistes de réflexion et des méthodes d’action. Dans cette lancée, nous sommes entrain de planifier les premières assises nationales de la jeunesse organiser par l’ensemble des associations de jeunes guinéens qui sont en Guinée et à travers le monde pour mieux faire le diagnostic des défis et proposer des solutions adéquates. C’est un grand projet mais on aime les défis.

Au-delà de cette action, je travaille activement avec les associations de jeunes africains notamment au Burkina Faso, au Sénégal et au Mali sur l’organisation d’espaces de concertation pour la jeunesse. Cette collaboration se fait sur la base du bénévolat dans le but de créer des outils permettant aux jeunes de concevoir des programmes et de leur mettre en œuvre.