NewVo fait le portrait : Madjid Messaoudene

  • Pouvez-vous vous présenter ?

C’est un exercice compliqué, j’ai 39 ans, né à Suresnes j’ai décidé de m’installer à Saint-Denis où j’ai d’abord étudié, il y a 10 ans.

Je suis élu de la majorité municipale en charge de la lutte contre les discriminations, de l’égalité femme / homme de l’égalité des droits et des services publics.

  • D’où vient votre engagement citoyen et politique ?

Mon engagement remonte au lycée, avec notamment les manifestations contre Juppé et sa « réforme » des retraites.

J’ai aussi, avec des amis monté un collectif Ras-Le-Front contre la montée du FN. Aujourd’hui, le racisme est partout, à l’extrême droite, mais aussi dans une certaine gauche.

Ce qui rend le combat plus compliqué mais aussi davantage nécessaire pour démasquer les faussaires qui par exemple sous couvert de laïcité ont décidé de faire la guerre à l’islam.

Je me suis toujours érigé contre toutes les formes de discriminations. Quand je défendais le mariage pour tous je me suis fait insulter.

Aujourd’hui je me fais insulter parce-que j’ose défendre non pas le voile, mais le droit des femmes de le porter ou non. Il y a dans ce pays un consensus réactionnaire assez large.

  • Élu de Saint Denis, quelles sont les initiatives faites en matière d’égalité, de lutte contre les discriminations et le racisme ?

Au niveau de la ville il y a les initiatives marquantes autour du 8 mars, et la quinzaine antiraciste. Mais des actions sont menées toute l’année avec les associations et les autres partenaires de la ville.

La mission Droits des Femmes de la ville, chose rare dans une collectivité travaille sur la question des violences faites aux femmes à travers un gros boulot de sensibilisation mais aussi d’accompagnement et d’orientation de certaines femmes en errance ou victimes de violences.

A mon niveau j’ai initié une série de rencontres en partenariat avec des habitant-e-s de la ville dans certains quartiers, sur l’islamophobie et sur la question des femmes et des quartiers populaires.

La population de la ville est évidemment victime de discriminations : ethnie, couleur de peau ; nom, adresse… Mais elle souffre aussi de discriminations d’État ; chômage, manque de transports et de logements, école et services publics sacrifiés.
Rien ne s’arrangera tant que les habitants des quartiers populaires ne seront pas respectés.

A Saint-Denis, des habitants s’organisent contre des dealeurs. Quelque chose ne tourne pas rond.

  • Abandon du récépissé de contrôle, du droit de vote des étrangers, sous la présidence François Hollande, à votre avis pourquoi la Gauche a renoncé à l’égalité ?

Je pense pas que cette gauche-là y ait renoncé, je pense qu’elle ne l’a jamais vraiment souhaitée cette égalité.

Mais comment leur en vouloir ? L’écrasante majorité des élites ; Président, gouvernement, parlementaires, maires etc…. ne sont pas issus de ces quartiers là ou n’y vivent pas. Leurs enfants n’y sont pas scolarisés et l’abstention y est telle que ces habitant-e-s ne sont pas rentables électoralement.

Ces populations méprisées se réveillent, ça prendra du temps, mais elles s’organisent, car elles n’ont plus le choix.