NewVo fait le portrait : Asif Arif

1- Pouvez vous présenter. D’où est venu votre engagement ?

Je suis Asif Arif, Avocat au Barreau de Paris et enseignant en Libertés Publiques. J’ai rédigé un livre sur l’islam, plus précisément sur la communauté musulmane ahmadiyya, sévèrement persécutée au Pakistan et dans d’autres pays du monde musulman. Je me suis également très vite intéressé aux questions de faits religieux et de laïcité en France et j’ai rédigé un ouvrage sur la laïcité qui va paraître aux éditions Bréal sous peu.

Mon engagement dans le fait religieux et dans l’ahmadiyya tient sûrement de ma formation professionnelle puisqu’on est formé au métier de l’argumentaire et de la défense. Je ne supportais pas que l’on puisse s’acharner sur une communauté, quelle qu’elle soit. Concernant l’ahmadiyya c’est un attachement personnel puisque je suis personnellement un musulman ahmadi comme je le dis dans les premières pages de mon ouvrage « L’Ahmadiyya : un Islam interdit ».

2- Qui sont les Ahmadiyya ? Quel est votre rôle en France sur cette communauté ?

L’Ahmadiyya incarne une renaissance de l’islam à travers la personne d’Ahmed de Qadian. Ahmad a revendiqué en 1889 fonder un mouvement islamique qui prend le titre de Ahmadiyya, en référence au deuxième prénom du Prophète de l’islam. Ahmad s’est revendiqué être le Messie attendu par différents livres sous différents titres et un Prophète de Dieu. Or, son prophètat était totalement subordonné à celui du Prophète de l’islam, et il affirme être venu simplement pour rappeler les vrais enseignements de l’islam, tels que laissés par son Fondateur, Muhammad (pssl). Cela vaut à cette communauté d’être âprement persécutée dans le monde malgré une doxa islamique parfaitement similaire aux autres musulmans : identité dans les cinq piliers de l’islam et les six piliers de la foi. Simplement, les ahmadis se basent sur une interprétation différente de certains versets du Coran.

Au sein de la communauté musulmane ahmadiyya de France, je suis le directeur aux affaires publiques. Mon rôle consiste essentiellement à ce titre à faire connaître cette communauté du grand public, sensibilisé l’opinion publique non seulement à son message pacifique mais également aux persécutions qu’elle subit. Mon rôle vise également à faire comprendre aux Français au combien cette communauté est active dans le débat français, qu’elle est engagée auprès de l’ensemble de notre population. Républicaine, intégrée, dynamique et surtout très ouverte, j’ai pour but de maintenir cette symbiose qui existe entre ceux qui connaissent l’ahmadiyya et la communauté elle-même. J’ai également en charge un portefeuille institutionnel puisque mon rôle de sensibilisation s’adresse également aux journalistes, hommes politiques et autres acteurs (ONG, par exemple) influents sur les questions qui peuvent intéresser la communauté musulmane ahmadiyya.

3- Pourquoi cette passion pour les questions interreligieuses et sur la laïcité ?

Ma sensibilité pour les questions interreligieuses et de laïcité ont commencé par l’étude du Coran et de la vie du Prophète de l’islam. Au fond, on voit que ces deux sources fondamentales du corpus du droit musulmans constituent des éléments moteurs pour l’interreligieux et pour maintenir la séparation entre la sphère religieuse et la sphère politique. J’ai ensuite plus particulièrement travaillé sur les questions de laïcité en raison d’une part de mon intérêt sur les questions religieuses et leurs interactions avec la sphère politique.

Il faut également dire que les Français de confession musulmane sont constamment attaqués en raison de l’islam par des intellectuels parfois malhonnêtes, faisant ainsi dire à la loi de 1905 des choses qu’elle ne dit pas ou lui donnant une dynamique qui ne correspond pas à son esprit. Mon but a été tout simple depuis le début : rétablir le juste sens et la juste valeur de la loi de 1905 qui est essentielle à tous les Français, quelque soit leur appartenance religieuse. Je crois en effet fondamentalement que les Français de confession musulmane sont enracinés et imprégnés par le principe de laïcité à condition qu’il ne se transforme pas en un principe qui vise à créer une injustice sociale. Il faut que la laïcité garde son inhérente neutralité qui lui permet d’assurer une stricte égalité de tous devant la loi, sans considération de l’appartenance religieuse. Enfin, il ne faut pas que la laïcité se change en principe qui ne nous permette plus de nous parler entre nous. Gardons cet élément comme l’arbitre légitime de nos discussions.

4- Dans ce climat délétère, pensez vous votre discours puisse apaiser la situation ?

Mon discours essaie de se conformer avec une phrase que le Fondateur de la communauté musulmane ahmadiyya, Ahmad de Qadian avait dit : il affirmait qu’en période de conflits, il convient de se réunir sur ce qui nous rassemble. Comme le disait si bien Olivier Rimmel sur Twitter, « Pour moi, l’islam n’est pas un problème, c’est une solution ». C’est exactement la vocation de mon discours. Nos religions respectives ne sont pas celles qui veulent poser les pierres angulaires des conflits en France mais sont plutôt celles qui veulent les résoudre. Il suffit de regarder l’investissement des religions dans le dialogue interreligieux, les dialogues pour la paix ou encore les différentes conférences pour expliquer ce qui nous unit plus que ce qui nous divise.

Regroupons-nous donc sur nos points communs. Voilà un message vivant et viable pour la fraternité française. Et arrêtons de nous chercher des poux dans la tête. Cherchons plutôt ensemble, en tant qu’acteurs de la société civile, des solutions pour les maux sociaux de la France. C’est là que nous réussirons à bâtir un futur fraternel commun. Si on part sur cette base, je crois que mon discours a effectivement une force d’apaisement. Or, il ne peut pas faire de l’écho et de l’effet à lui seul. Toute notre société doit s’adonner à la tâche et je ne doute pas de l’énergie fraternelle française à cet effet.