Comment s’organise Le Bondy Blog ?

Nous sommes un média assez particulier dans le sens où nous n’avons pas de journalistes qui travaillent à temps plein chez nous, hormis moi et la rédactrice en chef adjointe Leila Khouiel. Toutes les deux, nous allons sur le terrain. On a ce travail d’encadrement et de rédaction en chef, mais aussi ce travail de production de contenu. Nous avons une trentaine de contributeurs réguliers qui ont des activités par ailleurs, et leur participation au Bondy Blog n’est pas leur activité principale. Ils sont étudiants, en journalisme ou non d’ailleurs, pigistes journalistes, ou d’autres professions. Nous avons de nombreuses personnes qui ont des activités diverses. C’est une organisation un peu particulière, mais on arrive à s’en sortir.

Vous êtes arrivés à la tête du Bondy Blog début septembre. Quelle est votre histoire avec le Bondy Blog ?

Je suis rentrée au Bondy Blog par l’intermédiaire de l’école du blog. Une fois par mois Le Bondy Blog reçoit un professionnel des médias, souvent un journaliste, pour raconter son parcours et pour engager une conversation. J’étais en stage à Public Sénat et j’ai rencontré Nordine Nabili, qui était à la tête du blog à ce moment. Il était invité pour une émission portant sur les élections américaines, et c’est comme cela qu’on a fait connaissance.

Dans votre parcours, vous avez également expliqué avoir hésité entre le journalisme et la diplomatie.

J’ai fait Sciences-Po à Grenoble. Je me suis spécialisée sur la question du Moyen-Orient, du monde Arabe et Turc. J’ai eu l’occasion de partir à Damas pour un stage au service de presse de l’ambassade de France. C’était une manière pour moi de mettre un pied dans le monde de la diplomatie. Ça m’a donné l’occasion d’être en contact avec ce milieu, et c’était une expérience intéressante. C’était une région qui me faisait rêver, j’étais très jeune, j’avais 21 ans. Le travail en lui-même ne m’a pas intéressé plus que ça.

Au final, j’étais assez déçue de la distance qu’il peut y avoir entre ceux qui font de la diplomatie et la population. Ce qui m’intéressait, c’était le contact humain, l’empathie et c’est ce qui m’a donné envie de me lancer dans le journalisme.

Vous avez également travaillé sur I-Télé à partir de mars 2012. Maintenant que vous n’y êtes plus, est-ce que vous voyez le travail des chaînes infos d’une autre manière ?

Ça a été formateur. Tous ceux qui commencent leur carrière en passant par des chaînes infos ont une chance incroyable. C’est de pouvoir faire beaucoup de choses en très peu de temps et d’être lancé sur le terrain. Si j’avais commencé par d’autres médias nationaux, on aurait pris plus de temps à m’accorder une confiance pour aller sur le terrain. Là ça a été très rapide. On peut faire des duplex, être en plateau, tout ce à quoi on est formé en école de journalisme.

Il y a un travers parfois : c’est le fait de ne pas avoir de temps. On passe d’un sujet à un autre très vite. Ceci dit ce travers vaut aujourd’hui pas seulement pour les chaînes d’info car le rythme de l’information s’est considérablement accéléré. Tout va très vite, on a facilement deux sujets par jour.

Au fur et à mesure que j’étais installée et spécialisée, je me disais que j’apprenais des choses, que je sortais des infos, je me disais que ça méritait plus de temps. C’était une frustration personnelle et une déformation professionnelle. Tout cela m’amène à avoir un œil plus critique, car je peux me le permettre, ayant vu la manière avec laquelle l’information est produite en interne. Il y a des choses à revoir. Quand on fait une erreur, on pense souvent pouvoir se rattraper car une information chasse l’autre. Il y a une déontologie à avoir, les gens nous écoutent et ils ne sont pas dupes. Ils doivent avoir confiance en nous et la meilleure façon de les y aider, c’est de faire correctement notre travail. Le traitement des chaînes infos incite parfois à faire des erreurs.

Pour revenir à votre parcours, pouvez-vous nous parler de votre engagement avec le collectif «  Prenons la Une » ?

C’est un collectif de journalistes femmes, qui s’organise et se réunit pour peser sur le débat public et faire bouger les lignes dans les rédaction sur les sujets suivants : la représentation des femmes dans les médias, la question de l’accessibilité des femmes aux postes à responsabilités dans les rédactions, la question de l’égalité salariale et de position entre les hommes et les femmes journalistes. Nous avons aussi un sujet à savoir la prise de parole des « experts » dans les médias et la place accordée aux femmes dites expertes. Il y a encore du chemin à faire.

Je voulais aussi vous parler du Bondy Blog Café. L’émission était diffusée sur France ô et LCP. On voit les émissions politiques qui arrivent sur différentes chaînes. Est-ce que l’émission va revenir ?

Non, l’émission politique ne reviendra pas dans cette forme. Elle a fini son histoire. Actuellement, on travaille sur la production d’une autre émission.

Le Bondy Blog est souvent en première ligne sur des sujets comme Adama Traoré ou Zyed et Bouna en 2005 par exemple. Il y a aussi, sur le Bondy Blog, des sujets culture ou monde. Comment expliquez-vous qu’ils soient moins relayés sur les réseaux sociaux ?

Je ne suis pas d’accord avec ça. Depuis ma prise de fonction, je regarde précisément ce qui intéresse les lecteurs ou pas. Récemment, nous avons fait un papier signé Ahmed Slama, qui parle du phénomène Pokémon Go avec les jeunes des quartiers populaires qui vont Porte de la Villette pour capturer des Pokémon. C’est un article qui a eu un grand succès, et Ahmed a été invité sur Arrêt sur Images pour parler de ce papier. Après, il est vrai que nous allons vers les sujets qui nous intéressent. La question des violences policières, la question de la mort d’un jeune Noir dans une banlieue, ça fait forcément écho aux débuts du Bondy Blog. Et aux violences urbaines après la mort de Zyed et Bouna Traoré. C’est sur cela qu’est né le Bondy Blog.

A la création du Bondy Blog, le défi était de donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas forcément. De votre expérience de rédactrice ou de directrice, est-ce que le Bondy Blog a rempli cette mission selon vous ?

On a fait une bonne rentrée. On a eu une interview d’Emmanuel Macron, uniquement sur la question de l’économie et de l’entreprenariat dans les quartiers populaires. On a vraiment décidé de nous centrer sur nos sujets et de ne pas alimenter la politique politicienne. Nous avons été cités et repris par certains de nos confrères.

Nous avons eu tout autant de relais, voire plus, avec l’interview de Frédéric Lordon. Il s’exprime rarement, voire quasiment jamais dans les médias. Son interview portait sur Nuit Debout, Adama Traoré et ça a été un vrai succès. On peut toujours faire mieux. Si on existe encore, c’est que ce besoin là existe toujours.

Est-ce que vous diriez que le Bondy Blog est devenu un média mainstream ?

Oui et non. Oui dans le sens où on parle du Bondy Blog comme on pourrait parler de n’importe quel média. On a des citations un peu partout dans la presse. Il y a une certaine reconnaissance globale du travail qui est fourni. En même temps, il y a toujours ce regard condescendant, parfois méprisant, de la part d’une presse traditionnelle. Cette presse nous voit comme de gentils journalistes venus des banlieues. On a ce double regard sur nous qui est assez intéressant parce qu’il est paradoxal.

De notre côté, on continue de faire notre travail d’information comme n’importe quel canard. On prend les mêmes précautions à faire un travail honnête et fiable.

Par rapport à l’élection présidentielle qui arrive. Est-ce que le Bondy Blog compte s’engager ou un dispositif spécial est-il envisagé ?

C’est encore un peu trop tôt pour le dire. Nous sommes toujours en train de discuter de ce que nous allons faire. Evidemment, ce sera un axe majeur de notre ligne éditoriale.