La mode, on en parle entre nous, à la télé, dans les magazines. On en fait même des films et des séries. Cet univers fascine encore et toujours. Mais qu’en est-il vraiment?

J’ai eu le plaisir de rencontrer Diana, jeune demoiselle de 24 ans, habitant en région parisienne pour me donner son point de vue sur la mode, directement de l’intérieur.

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Question: Peux-tu te présenter plus en détails, me dire quel est ton parcours?

Diana: Je suis née en Arménie et je suis venue en France à 6 ans, ne parlant que russe et arménien. Avec la scolarité, j’ai un peu oublié mais j’ai réappris au fur et à mesure. J’ai fait un bac général ES puis une école de commerce. C’était ma dernière année, j’ai eu ma soutenance il y a peu, en septembre.

Q. Comment en es-tu arrivée à la mode?

Diana: Je suis tombée dedans toute petite. Ma mère travaillait dans une entreprise de confection pour homme en tant qu’assistante. Un jour, la boîte a fait faillite mais elle est restée dans le milieu. Elle a profité de l’occasion pour montrer sa propre boîte tout en gardant le carnet d’adresses d’avant.

Moi dès l’âge de 12 ans je l’accompagnais pour que je sois avec elle, je l’aidais en accompagnant des clients et en faisant juste la traduction. Jusqu’à ma première année de commerce, j’aidais juste dans les showrooms pendant les Fashion Week puis progressivement, ma mère a donné plus de responsabilités: gérer des marques, former les nouveaux, faire des embauches, etc.

Q. Quel est donc le rôle de votre boîte?

Diana: Alors on est agent distributeur, on est des intermédiaires. On se charge de la distribution de différentes marques de la Hongrie jusqu’au Kazakhstan. On a aucun stock. D’une saison à l’autres les marques avec lesquelles on travaille peuvent changer mais certaines collaborent avec nous depuis le début.

On travaille avec  John Lobb, une branche d’Hermès, Zac Posen, Nina Ricci, Jason Wu et bien d’autres. On avait travaillé avec la maison Rabih Kayrouz, très créative mais bon. Quand on arrête un contrat, ce n’est pas par goût ou par affinités mais c’est que ça ne marche pas, c’est purement business. Une de mes grandes fiertés c’est lors du contrat avec la maison Carolina Herrera, 151 boutons cousus mains pour la robe de mariée de Bella dans Twilight.

Là sinon je viens de prendre mon poste de directrice générale. Merci maman mais je lui ai dit « ça ne va pas un peu trop vite? » (rires). Après, je suis très contente et je vais continuer à bosser comme une acharnée! Avec le décalage horaires, on ne s’arrête jamais!

La fameuse robe de Bella dans Twilight

« On se charge de la distribution de différentes marques de la Hongrie jusqu’au Kazakhstan. (…) Quand on arrête un contrat, ce n’est pas par goût ou par affinités mais c’est que ça ne marche pas, c’est purement business.(…)c’est notre travail de nous adapter aux traditions et aux coutumes de chaque pays. »

Q. As-tu travaillé pour d’autres maisons?

Diana: Alors j’ai fait de nombreux stages, obligatoires à l’école. J’en ai fait un à New York justement chez Carolina Herrera.  J’avais un peu le statut de « fille de » comme ma mère était une collaboratrice malgré que j’ai toujours mérité mes postes, travaillant très dur. J’ai pu néanmoins voir les dessous de la maison, voir comment ça tourne, ça fonctionne, etc.  J’en ai également fait un à la maison Rabih Kayrouz, de six mois. Je pense que c’est celui où j’ai le plus appris. Un moment, j’étais la seule stagiaire et j’ai pu réaliser de nombreuses tâches touchant à différents postes, faisant même parfois de la couture !

rabih-kyrouz-ss17Marie-Agnès Gillot lors du défilé Rabih Kayrouz ss2017

Q. Le fait d’aller à l’étranger, c’est un choix ou c’était imposé?

Diana: Alors c’est un choix mais c’est vrai que l’école nous incitait beaucoup à voyager. Pour moi, la pratique c’est vital et doit être plus important que la théorie car il faut toujours s’adapter. En cours, on apprend des règles, on a des études de cas qui souvent se ressemblent mais une fois sur le terrain, on réalise qu’il y a autant de façons de faire que de personnes, de cultures….

Je suis allée en Corée, proche de Séoul. C’était la première fois que j’allais aussi loin de la maison, c’était une des expériences les plus folles que j’ai eu! J’y suis allée avec des à priori acquis en cours mais une fois sur place, j’ai vu que ça n’avait rien à voir!

Q. Tu travailles dans la mode, un milieu qui fascine. On a tous cette image du « Diable s’habille en Prada », un milieu stressant, où l’apparence prime. Qu’en penses-tu?

Diana: Alors pour mon expérience, je sais qu’à la maison Carolina Herrerra c’était très strict car la créatrice elle-même l’était! Il ne fallait aucun logo sur soi, toujours être impeccable, les filles en talons et à la rigueur en ballerine, jamais d’épaules dénudées, etc. On représente la maison, on doit être à son image. Puis ça forme, ça donne une discipline.

Après, je sais que j’ai eu quelques regards appuyés car je ne fais pas du 36. Je fais du sport, je suis ronde, j’ai des formes et je suis une bonne vivante. C’est aussi mon côté arménien! Je suis très bien dans ma peau. Je sais que pour les autres, c’est dérangeant à cause de cette image, de cet idéal de la brindille. Je sentais une légère pression mais je n’ai pas cédé. Après, jamais je n’ai eu de réflexion, et heureusement!

kate-mossPhotographie représentant Kate Moss jeune. La mannequin anglaise, grande et très mince a eu le surnom de « brindille » de par son physique, type qu’elle a contribué à populariser.

Q. Et par rapport aux mannequins ? As-tu remarqué une évolution du canon de beauté?

Diana: Il y a une loi qui impose un IMC* minimum pour éviter de faire défiler des mannequins trop maigres mais très peu de maisons la respectent. Il n’y a qu’à voir les derniers défilés, notamment le scandale avec  Saint-Laurent qui a fait défiler des « squelettes ».

saint-laurent-2016Une des mannequins défilant pour Saint Laurent en mars 2016

Mais avec les Kardashian, Nicki Minaj, Instagram et toutes les nouvelles bloggeuses, il commence à y avoir une évolution de cette image. Avoir des formes est de plus en plus accepté, remis en valeur. Il y a une lente prise de conscience sur le fait qu’il n’y a pas qu’un type de morphologie, que la mode est pour toutes les femmes et non juste pour une catégorie.Quand tu regardes autour toi, personne n’est comme ça!

Puis avec celle qui fait les relookings, « tu es magnifaïque! », Cristina Cordula, on comprend que parfois, il suffit de bien connaître son corps et savoir quelles formes le mettent en valeur, avec les silhouettes en H, en A, pour se sentir bien et être à la mode.

Cristina Cordula,  la Nadine de Rotschild du XXIe siècle…

Q. Et ce canon diffère selon les régions?

Diana: Totalement et c’est notre travail de nous adapter aux traditions et aux coutumes de chaque pays. La région que l’on couvre est vaste et très variée: on a des juifs, des musulmans, des chrétiens… Il y a des pays où des marques vont très bien marcher et dans d’autres pas du tout. A nous de toujours trouver le bon compromis entre mode et tradition, trouver les bonnes formes, les bonnes couleurs, les bonnes longueurs…

Q. Après l’aspect social, l’aspect économique. Est-ce que la mode a souffert de la crise?

Diana: Oh oui! Surtout avec la région de l’est et tous les problèmes politiques avec la Russie et l’Ukraine et les sanctions. Tout ce climat a un impact sur la mode aussi! Ça nous a ralentit mais au final, pas tant que ça. La consommation a cependant été différente. On va préférer le pratique à la marque et au logo. Le public se tourne vers d’autres gammes, plus accessibles. Mais s’habiller, on en a toujours besoin donc la mode ira toujours plus ou moins!

« Il y a une lente prise de conscience sur le fait qu’il n’y a pas qu’un type de morphologie, que la mode est pour toutes les femmes et non juste pour une catégorie.Quand tu regardes autour toi, personne n’est comme ça! »

Encore merci à la délicieuse et charmante Diana pour cette immersion dans le monde de la mode.

A bientôt pour d’autres aventures modes!

« That’s all »

*IMC: Indice de Masse Corporelle. C’est un indicateur pour évaluer la corpulence, meilleur que le poids seul car il fait le rapport entre le poids et la taille. Les indices sont réparties ensuite en catégories, définies par l’OMS (organisation mondiale de la santé).

Pour le calculer: poids / taille².