L’intersexuation, qu’est-ce que c’est ?


 

I/ Ce qu’est l’intersexuation.

 

Définition

L’intersexuation est une condition biologique qui désigne le fait pour une personne d’avoir des caractéristiques sexuées ne correspondant pas aux standards dominants du mâle et de la femelle.

Pour comprendre à quoi cela correspond, il faut avoir à l’esprit que le sexe n’est pas, dans la nature, une donnée binaire. Le sexe est classiquement considéré comme une valeur en continuum. Selon cette vision, il y a le pôle homme et le pôle femme. Toute personne se situe entre ces deux pôles, se rapprochant plus ou moins de l’un ou de l’autre sans jamais être 100% femme ou 100% homme.

 

A l’inverse de l’immense majorité des caractères naturels, la majorité de la population ne se situe pas « au milieu ».

Dans le cas de la taille par exemple, on conçoit bien qu’il y a des personnes très grandes, des personnes très petites et des personnes de taille moyenne. La majorité des gens sont de taille moyenne tandis que les personnes très grandes ou très petites sont exceptionnelles.

 

Dans le cadre du sexe, la répartition est inversée : la plupart des gens se situent aux pôles (homme ou femme) tandis que les personnes intersexuées sont minoritaires.

Toutefois, il convient de préciser que la limite fixée pour caractériser une personne de « femme » ou d’ « homme » n’est pas naturellement objective. Elle est déterminée socialement. Ainsi, c’est la société médicale qui considère qu’un organe sexuel inférieur à la naissance à 0,8 cm est un « clitoris », que son propriétaire est donc une petite fille, et qu’un organe sexuel supérieur à 2,5 cm est un « pénis », que son propriétaire est donc un garçon. Cette limite, arbitraire, n’est pas une donnée de la nature, mais un standard médical, qui résulte d’un choix culturel.

Représentation dans le système américain

« C’est une fille ! » / « inacceptable (chirurgie !) » / « c’est un garçon ! »

 

On peut également appréhender le sexe et le genre de façon moins linéaire, selon l’idée d’archipel, c’est-à-dire comme « un ensemble d’îles accompagnées elles-mêmes d’îlots qui du fait de leur proximité ou de leur éloignement ont, ou n’ont pas, des caractéristiques communes », ce qui peut permettre à chacun·e de se situer au-delà de la binarité masculin/féminin (Note 1).

 

Vocabulaire.

Quatre termes sont employés selon les contextes ou ont pu être employés selon les époques pour désigner les personnes qui ne rentrent pas dans les standards sociaux d’ « homme » et de « femme ».

Hermaphrodite : contraction des figures d’Hermès et d’Aphrodite, l’hermaphrodite serait la personne qui cumulerait des caractéristiques femelles et des caractéristiques mâles. Ce terme renvoie à une figure mythologique et non scientifique et n’est donc pas adaptée à désigner les personnes inter’ et occulte la variété de leurs situations personnelles.

Intersexuel : longtemps employé par le corps médical, ce terme est de plus en plus considéré comme inadapté tant par les médecins prônant la binarité des sexes, – car ce terme peut laisser penser aux parents qu’une voie intermédiaire serait possible -, que par les personnes concernées elles-mêmes car ce terme semble renvoyer à des questions liées à la sexualité, ce qui n’est pas directement la réalité à laquelle renvoie l’intersexuation (même s’il est vrai que remettre en cause la binarité des sexes a nécessairement des conséquences sur les concepts d’homosexualité ou d’hétérosexualité, construits dans un univers binaire).

Personne intersexuée : désigne toute personne présentant une variation du développement sexué. Le terme renvoie donc à une situation de fait. (Il est toutefois récusé par certaines personnes concernées elles-mêmes qui préfèrent se concevoir comme des personnes atteintes d’une maladie et revendiquant pour elle le qualificatif d’anomalie du développement sexuel).

Intersexe : renvoie plutôt à toute personne intersexuée ayant un sentiment d’appartenance à la communauté intersexe, laquelle rejette l’approche pathologique de leur identité. La personne intersexe, au-delà de sa situation biologique, revendique sa particularité. On peut, d’une certaine manière, rapprocher cette distinction à celle existant entre une personne sourde et un·e Sourd·e.

 

Statistiques.

Entre 0,2% et 4% de la population mondiale naîtrait intersexuée. Ce chiffre paraît élevé, mais il s’explique par différents éléments :

  • L’intersexuation ne se révèle pas toujours dans l’enfance, elle est parfois découverte seulement à l’adolescence ou à l’âge adulte.
  • L’intersexuation n’est pas toujours visible d’un point de vue extérieur.
  • Les personnes intersexuées sont souvent élevées dans un sexe d’élevage (« comme une petite fille » ou « comme un petit garçon »), et adoptent donc une apparence sociale que l’on associe généralement au genre masculin ou féminin. L’intersexuation étant taboue et source de discriminations, elle est souvent cachée par les personnes concernées.

 

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II/ Ce que n’est pas l’intersexuation.

 

Intersexuation et maladie. L’intersexuation n’est pas en soi une maladie. De même qu’être très grand ou roux n’est pas une maladie, présenter une variation du développement sexué ne fait pas de la personne concernée une personne malade. Sauf cas exceptionnels, les personnes intersexuées peuvent grandir sans rencontrer de problèmes physiologiques.

C’est au contraire les opérations chirurgicales qu’on leur inflige juste après la naissance pour les normaliser qui leur causent de nombreux, graves et irréversibles lésions et traumatismes. Du fait des violences subies, souvent assimilables juridiquement à des mutilations, les personnes intersexuées doivent vivre toute leur vie avec des tissus cicatriciels endoloris, sont souvent sujettes à des infections urinaires à répétition, sont parfois impuissantes sexuellement et de manière générale souffrent de lourds traumatismes psychologiques, résultant notamment du fait que le premier signal que leur ont envoyé leurs parents est qu’ils seraient « monstrueux » ne pouvant pas vivre tels quels dans la société, et n’auraient aucune autonomie puisque l’on décide à leur place.

 

Intersexuation et androgynie. L’androgynie renvoie à l’apparence et/ou au style ambigu(s) (du moins par rapport à un modèle binaire du sexe) qu’arbore une personne, souvent par choix (mais pas toujours). L’intersexuation n’est ni une apparence, ni un choix, ni un style. C’est un fait biologique, indépendant de l’apparence de la personne. Elle ne se voit pas forcément.

 

Intersexuation et transgénérisme. Les personnes trans’ sont né·e·s dans un corps qui a été assigné à un genre (homme ou femme) qui ne correspond pas à leur identité de genre (« je me sens femme dans un corps d’homme » ; « j’ai un genre féminin, mais un sexe masculin » par ex). La différence tient à ce que les personnes trans’ ne se sentent pas siennes dans leur corps de naissance, tandis que les personnes inter’ aimeraient que l’on laisse leur corps de naissance tel qu’il est, quitte à pouvoir le modifier quand elles en exprimeront le besoin. Les personnes trans’ et les personnes inter’ ont toutefois un point commun : toutes deux revendiquent la reconnaissance et le respect de leur autonomie.

Ceci étant dit il convient de souligner que si les situations d’intersexuation et de transgénérisme sont distinctes, elles se cumulent parfois. Il n’est ainsi pas rare qu’une personne intersexuée soit aussi trans’ soit pour des raisons administratives (mettre en accord le genre avec l’état civil qu’on lui a attribué), soit pour des raisons d’identité (« je suis biologiquement intersexué mais je me sens homme » par ex.)

 

 

Lucie D.

 

(Merci au GISS pour sa relecture)

 


 

Note 1 : V. GUILLOT, « Intersexes : ne pas avoir le droit de dire ce que l’on ne nous a pas dit que nous étions », Nouvelles Questions Féministes, 2008/1 (Vol. 27), p. 37-48. DOI : 10.3917/nqf.271.0037. URL : https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2008-1-page-37.htm

 

Crédits images : http://1.bp.blogspot.com/-n4V8NSXoeKs/VXmW3h1rJQI/AAAAAAAAOlg/KtLQNVBZSak/s1600/gender_continuum.jpg ; http://psuedorealityprevails.blogspot.fr/2017/01/the-intersex-continuum.html ; http://www.kaleidoscot.com/intersex-musing-on-binary-essentialism-2643