A Lille, tous les dimanches matins, le quartier populaire de Wazemmes accueille l’un des plus grands marchés d’Europe. Haut lieu du commerce lillois, il est aussi le théâtre d’une rare solidarité envers les plus démunis.

Il est à peine plus de 14 heures lorsque le marché de Wazemmes commence à se vider. L’odeur du poulet rôti et les cris des marchands ne suffisent plus à attirer les badauds. Progressivement, ils désertent les étals pour rejoindre les terrasses des cafés qui bordent les halles couvertes de la place Nouvelle aventure. En ce dimanche de printemps, le soleil brille haut dans le ciel, à peine voilé par quelques cumulus.

« C’est le retour des beaux jours ! », se réjouit Arnaud, assis en tailleur face à un bar tabac. Ce sans-abri de Roubaix se déplace à Wazemmes tous les dimanches matins. « Ici les gens donnent facilement, explique-t-il en dévorant une pâtisserie, offerte par une passante. Les marchands sont aussi généreux : parfois, ils me donnent tellement à manger que j’en redistribue une partie à d’autres SDF ». Arnaud n’aime pas le gaspillage, il n’est pas le seul.

Donner plutôt que jeter

Depuis 2010, l’association la Tente des glanneurs redistribue gratuitement la nourriture qui n’a pas été vendue. Dès le début de l’après-midi, une armée de bénévoles envahie les allées du marché pour solliciter les commerçants, avant qu’ils ne remballent leur marchandise. La plupart acceptent volontiers de se débarrasser de leurs invendus : « On préfère offrir plutôt que jeter. Même si, parfois, mes employés sont tellement étourdis qu’ils donnent même ce qui peut encore être vendu », plaisante un maraîcher, pendant que les membres de l’association remplissent leurs cageots de ses aubergines et de ses carottes.

Les bras chargés de ces légumes, les bénévoles se dirigent ensuite vers la cour de la mairie de quartier, rue Racine, où se trouve le stand de l’association. Déjà, une foule d’affamés les attend. Il y a là des sans-abris, mais aussi des étudiants ou des familles pauvres. Tous sont accueillis par le sourire affable des volontaires, qui répartissent les denrées de la façon la plus équitable possible. « Pour une fois, on va manger à notre faim, témoigne une jeune femme qui tient dans ses bras un enfant. Et pas n’importe comment en plus : des fruits et des légumes ! ».