Né pendant la contestation contre la réforme de l’accès à l’université, le projet Lille 0 propose une alternative gratuite et autogérée à l’enseignement traditionnel.

Il faut jouer des coudes, ce jeudi 27 septembre, pour pénétrer dans le bar La Rumeur, à Lille. Près d’une centaine de personnes occupent les lieux, en majorité des étudiants et des universitaires. Tous répondent à l’appel du collectif à l’origine de Lille 0, un projet d’université gratuite et auto-gérée.

Au micro, ses membres s’efforcent de définir le projet à l’aide de mots clés. Le premier est aussi  le plus important : « ouverte ». Dans l’esprit de ses fondateurs, Lille 0 doit être accessible à tous. Ce qui signifie que tout le monde doit pouvoir assister aux cours mais aussi – c’est là toute l’originalité du projet – en proposer un : « L’an dernier, une personne a donné un cours sur la transidentité parce que le sujet lui tenait à coeur et parce qu’elle le maitrisait bien », témoigne un membre.

Une réponse à la sélection à l’université

Lille 0 est conçue comme une réponse à la sélection à l’université. L’idée est évoquée pour la première fois au sein du Collectif de résistance à la sélection (CRS), fondé à la fin de l’année 2017 : « On s’est dit que, comme on n’arrivait pas à changer l’université, on allait en créer une », résume l’un des membres, à l’origine de Lille 0.

Les premiers cours sont organisés dès décembre. Mais, très vite, le projet est mis en pause. Engagés dans les luttes printanières, les fondateurs du projet n’ont plus de temps à y consacrer. Après une reprise rapide en mai et juin, les activités de Lille 0 sont à nouveau interrompues par les vacances d’été.

Un projet en formation continue 

Lille 0 a bientôt un an, mais elle est encore en gestation. De nombreuses interrogations à propos de la nature du projet et de son fonctionnement restent à lever. « On a longuement débattu entre nous pour savoir ce qu’on voulait vraiment faire, quelle forme on voulait donner à Lille 0, confie une jeune femme. Ce qui ressort de ces discussions, ce sont des mots-clés ».

« Ouverte », « inclusive », « émancipatrice », « autogérée » et « populaire » sont les cinq adjectifs retenus par le collectif pour caractériser Lille 0. Ou, du moins, ce à quoi il aimerait qu’elle ressemble. « C’est un idéal, explique un membre du collectif. L’adjectif « populaire », par exemple, même s’il nous tient beaucoup à coeur, ne renvoie pas à une réalité : pour le moment, très peu de gens qui assistent à nos évènements sont issus de la classe populaire ».

« Enseigner les logiques de domination et d’oppression »

Si Lille 0 se réunit à La Rumeur, en cette fin de septembre, c’est pour soumettre ces orientations à un nouveau débat. De petits groupes se forment pour en discuter. Parmi les thèmes abordés, figure, entre autres, la nature politique (ou non) des enseignements dispensés. Sur ce point, il faut cependant faire remarquer que, même si tous les cours ne traitent pas directement de politique, leur but l’est ouvertement : « L’objectif de Lille 0, c’est aussi d’enseigner les logiques de domination et d’oppression pour mieux les combattre ».

Les premiers ateliers proposés par Lille 0 vont en ce sens (street-médic et autodéfense rhétorique). En attendant que le mouvement soit pleinement lancé.

Renseignements et calendrier ici.