Plus connu pour ses rôles que pour ses photographies, qui l’eut cru que sous l’étiquette de l’acteur et cinéaste Vincent Perez ( La reine Margot, Cyrano de Bergerac, Fanfan la Tulipe…) se cachait – aussi – un véritable photographe dont j’ai eu la chance de voir les travaux à l’occasion du vernissage de son exposition intitulée « Identités! » à La Maison de la Photographie à Lille. Retour sur une expo qui capture sur le vif la question identitaire tantôt en France, tantôt en Russie.

« Identités! », c’est d’abord une réflexion de l’artiste sur la notion d’identité culturelle. Ce questionnement le touche particulièrement : « Je suis suisse, enfant d’émigrés, d’un père espagnol et d’une mère allemande. La France est le pays où j’ai le plus vécu. Ma femme est née à Dakar d’une mère bretonne et d’un père sénégalais. Nos enfants sont un mélange de ces cinq pays. Eux se sentent français et sénégalais. Moi je ne sais pas. Je suis ce mélange culturel. Je me sens européen. Je me sens citoyen du monde (…) »

Ce mélange culturel dont il porte l’étendard se retranscrit ainsi dans une première série de portraits, « Les parisiens », qui s’immisce dans la communauté congolaise du quartier du métro Château rouge, à Paris. « J’avais l’idée, lorsque j’approchais quelqu’un dans la rue, de lui demander s’il se sentait parisien ». Ainsi l’on voit à travers ces portraits d’hommes et de femmes au dandysme coloré, la réponse qui se dégagent de leurs regards tantôt enjôleurs, tantôt fiers, lorsque d’autres encore sont graves. Car s’ils ont réussi a étendre du Congo à la France leur culture, en l’occurence ici la sapologie – l’art de la sape -, ces « Parisiens dans un quartier de Paname », dès qu’ils en sortent, ce n’est pas la même histoire, ils n’ont plus cette identité propre, deviennent invisibles, redeviennent aux yeux des « blancs » de simples « africains ». Sentiment d’appartenance en demi-teinte donc, dans une société encore gagnée par la discrimination vulgaire.

https://www.google.fr/search?q=identit%C3%A9s+!+de+vincent+perez&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwjUuqm_7YTXAhUC7hoKHZdcALkQ_AUICygC&biw=1366&bih=662#imgrc=kkfYmKxaxFAj1M:

Les mariages, aussi, que l’on retrouve en arrière-plan dans certaines de ces photographies, sont l’occasion de portraits instantanés où chacun revendique qui il est, cultivant, soignant son apparence. Celle-ci fait office de témoignage, ou plutôt devient une revendication :  » Je suis moi et je suis fier de mon identité ».

 

 

 

 

 

« Les Russes » sont aussi mis à l’honneur dans cette galerie de portraits, pays cher à Vincent Perez. Cette série offre ainsi un autre regard sur un peuple fort, profond et émouvant, loin des clichés d’un « peuple marginalisé de l’occident », ou de la « brute russe marchant à la vodka ». Leur quotidien y est capté; on peut ainsi contempler un couple dans la rue bras dessus, bras dessous tenant chacun une cigarette dans une main, le regard franc de la femme, mais attendrissant de l’homme; que l’on les retrouve en mariés sur une autre photo. Changement de décor, une vieille dame assise, la tête haute mais le regard vague, décorée de toute une panoplie de médailles soviétiques sur la poitrine, semble regretter cet ancien temps de l’URSS, qui a apparemment « accaparé l’identité des Russes », selon le comédien et photographe Vincent Perez.

Un beau message d’humanité que ces portraits vrais, touchants, ode à l’affirmation de soi et la tolérance des autres. Quelque soit le pays d’où l’on vient.

——> Exposition à La maison de la photographie à Lille, jusqu’au 30 novembre : http://www.maisonphoto.com/index2.php