Steven Spielberg revient avec un film sur un scandal dénoncé par des lanceurs d’alerte, intitulé « Pentagon Papers » qui a secoué les Etats-Unis dans les années 50. Et aujourd’hui si je vous dis : Panama Papers, Paradise Papers ou Edward Snowden, Julien Assange, Chelsea Manning ou en France Irène Frachon, ça vous parle ?

Mais qu’est ce qu’un lanceur l’alerte ?

Un lanceur d’alerte est toute personne, groupe ou institution qui, ayant connaissance d’un danger, un risque ou un scandale, adresse un signal d’alarme et ainsi enclenche un processus de régulation, de controverse ou de mobilisation collective. Généralement, il s’agit d’une personne ou d’un groupe qui estime avoir découvert des éléments qu’il considère comme étant une menace pour l’Homme, la société, l’économie ou l’environnement. Ainsi, de manière désintéressée ce lanceur d’alerte décide de porter ces éléments à la connaissance de tous à travers des instances officielles, des associations ou des médias. Cela s’effectuant parfois contre l’avis de sa hiérarchie. On considère donc le lanceur d’alerte comme étant de bonne foi et animé de bonnes intentions. Ces personnes ou ces groupes sont censés être protégés.

Quelle protection pour les lanceurs d’alerte en France ?

En France, les lanceurs d’alerte sont protégés grâce à six lois adoptées entre 2007 et 2015. Par exemple, les salariés du secteur public ou privé peuvent dénoncer tout « fait de corruption » sans risquer de perdre leur poste, ceci est garantie par le Code du travail. Le Code de la santé publique prévoit aussi de protéger tous ceux qui préviennent d’un « risque grave pour la santé publique ou l’environnement ». Il y a néanmoins une condition préalable, celle de prévenir son employeur.

Le précédent gouvernement s’était engagé à davantage les protéger par le projet de loi « Sapin 2 » relative à la transparence de la vie économique.

Cette loi « Sapin II » sur « la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique », datant de décembre 2016, vient délimiter plus précisément la législation relative aux lanceurs d’alerte. En effet, la définition est désormais plus claire: « Un lanceur d’alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d’un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, (…), de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice grave pour l’intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance ».

Leur protection est également élargie, à travers la création d’une Agence française anticorruption (AFA) qui a pour mission « d’aider les autorités compétentes et les personnes qui y sont confrontées à prévenir et à détecter les faits de corruption, de trafic d’influence, de concussion, de prise illégale d’intérêt, de détournement de fonds publics et de favoritisme ».

Qu’en est-il de cette protection dans le monde ?

La protection des lanceurs d’alerte est diverse. Elle dépend des législations mises en place, ou non par les différents pays du globe. Prenons les Etats-Unis, ces derniers ont édicté plusieurs statuts protecteurs pour les « personnes tirant la sonnette d’alarme » ces dernières années. Le pays a toutefois prouvé à plusieurs reprises, dans les affaires Edward Snowden, Julian Assange et Chelsea Manning par exemple, que dès lors que l’interêt national était en jeu, ces dispositions devenaient caduques.

Des exemples de lanceurs d’alerte à l’international ?

En 2006, ouvre le site WikiLeaks, son objectif est de donner la parole aux lanceurs d’alertes. Il prône la liberté d’expression et la diffusion d’informations. Wikileaks diffuse de nombreuses alertes sous forme d’informations confidentielles qui lui sont confiées par d’anonymes lanceurs d’alerte. Il a été fondé par Julian Assange qui, devant la menace d’une extradition aux États-Unis, où il fait l’objet de poursuites judiciaires, s’est réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012.

Ensuite, Bradley Manning, (devenue Chelsea Manning), est accusé en juillet 2010 d’avoir transmis à WikiLeaks 92 000 documents militaires classés secret-défense. Cette diffusion d’informations lui vaut d’être condamné  le 21 août 2013 à trente-cinq ans de prison. En 2017, Obama décide de gracier Manning et de le faire libérer avant le terme de sa peine initiale. Manning sort de prison en mai 2017.

En 2013, Edward Snowden fait de nombreuses révélations sur les programmes de surveillance de masse de la NSA. Il a notamment révélé en juin de cette année là, que le gouvernement américain surveillait les données des internautes sur des sites tels que Google, Facebook, YouTube, Yahoo!, Skype, Apple et cela sous le couvert de la lutte antiterroriste. Il s’est exilé grâce à l’aide de Wikileaks, à Hong Kong en juin 2013, puis à Moscou. Puis Edward Snowden a obtenu le 31 juillet 2013 l’asile temporaire en Russie.

Plus récemment l’affaire des « Paradises Papers » surgit détaillant des informations sur des comptes offshores secouant alors le monde entier.

Les lanceurs d’alerte et le cinema

Au cinéma on avait déjà vu le film « Erin Brockovich » qui porte le nom de la femme ayant, dans les années 90, révélé la pollution des eaux potables de Californie. Le personnage est joué par Julia Roberts qui obtient un Oscar.

En France, le scandal du « Médiator » en 2010, relatif à un médicament qui touche de nombreuses personnes, dénoncé par une médecin brestoise, Irène Frachon, est relaté dans le film « La fille de Brest » sorti en 2016.

Puis c’est au tour des « Pentagone Papers » de refaire surface avec la sortie imminente du film de Steven Spielberg. Alors que de nos jours, les journalistes sont accusés de faire la promotion des « infos bidons » (appelées communément « fake news »), Spielberg, Meryl Streep (qui joue Katharine Graham) et Tom Hanks (Ben Bradlee) utilisent leur popularité Hollywoodienne pour faire la promotion de la presse et des médias à travers l’histoire de journalistes américains qui à l’époque révélaient un scandal d’état monumental. En effet ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis. Le scandal des « Pentagon Papers », est l’une des premières affaires médiatiques relevées par des journalistes américains. Elle concerne notamment des renseignements liés à la Guerre du Vietnam. Les documents rendus publics par le Washington Post éclaboussent alors la classe politique des Etats-Unis de l’époque. La sortie du film en France est prévue pour le 24 janvier 2018.