« Esthésie a pour but de réunir différents artistes autour de projets éclectiques dans une dynamique de soutien et d’entraide. Ces projets peuvent être : la production audiovisuelle, l’écriture littéraire, la production musicale, la peinture, la sculpture, le graphisme et l’organisation d’évènements en tous genres comme : concerts, représentations, conférences, rencontres, débats, expositions, festivals, soutien, et toute autre événement promotionnel, dans une perspective humaniste. L’association a déjà à son actif une quinzaine de films, quatre albums, deux pièces et de nombreux concerts, conférences et projections. »

 

David, pourquoi as-tu crée l’association Esthésie ?

L’objectif au départ c’était de réunir différentes personnes: les étudiants, les professionnels, les artistes ou non, pour le développement de projets culturels. L’idée c’était d’être autonome et de créer des projets, donc de cumuler des énergies, des savoirs faire.

 

Votre association réunit combien de personnes ?

C’est difficile à dire, parce qu’il y a des membres adhérents, mais on ne fait pas vraiment payer d’adhésion (pour le moment), et le nombre de personnes impliquées dépend du type de projet en cours, et non de l’association elle-même comme simple cadre juridique. On peut avoir une trentaine de personnes sur un projet, et une petite dizaine sur un autre, et ce ne sont pas toujours les mêmes personnes. Evidemment, il y a un petit nombre d’adhérents qui s’investissent plus que d’autres. Tout le monde peut venir, adhérer et participer au projet. En réalité, le nombre de gens qui travaillent sur les projets est fluctuant, ce n’est pas cohérent avec le nombre d’adhérents. On a simplement des personnes qui se réunissent en fonction de chaque projet.

 

Est-ce que tu peux me parler un peu des projets sur lesquels vous avez travaillé?

Il faut savoir qu’Esthésie était au départ un groupe de musique (créée en 1997, qui a sorti plusieurs albums jusqu’en 2002). A partir de 2003, on a eu envie de s’ouvrir sur d’autres projets, et de mettre en place une dynamique collective. Nous souhaitions développer des films, des expos, des conférences, des pièces de théâtre, et toujours la musique évidemment. Donc en 2003, j’ai lancé l’association Esthésie. Lorsque je suis arrivé en région parisienne en 2004, j’ai recruté de nouvelles personnes pour l’association, et on s’est développé en tant que collectif de réalisateurs (Patricia, Ruben, Marie, Mathilde, William, Haalleycks, Maxim, etc.). L’idée était que chacun travail sur les film des autres. Entre 2004 et 2008, nous avons fait quelques concerts (une dizaine), quelques conférences sur la production audiovisuelle associative, et environ 25 films, avec des gens venant de différents horizons. C’était passionnant, parce qu’on faisait beaucoup de tournages mais avec zéro moyen. Notre objectif c’était surtout d’expérimenter, d’apprendre de chacun, porté par les différentes idées des uns et des autres. En 2008, l’association a connu un tournant particulier, avec des départs et des arrivées. Certains finissaient leurs études et rentraient dans la vie active, ou partaient vers d’autres horizons. D’autres arrivaient avec de nouvelles envies et idées. Avec les nouveaux venus, nous avons souhaité relancer un projet musical. On s’est donc recentré sur la musique sans toutefois abandonner les autres pôles d’activités. De 2008 à 2012, nous avons développé le projet d’album concept Esthésie-1984. Sur la même période, nous avons mis en place la pièce Phytotron (jouée au Théâtre du Marais et au Sudden Théâtre), et les films Angle Mort, Ghetto Parano, Partis de Rien…, ainsi que des conférences sur la musique Electronique avec Haalleycks. À partir de 2012, on a repris le développement de projets audiovisuels comme la webserie Frapuccino (en collaboration avec le Collectif Attention fragile), Le Rêve de Stalker, Coma,…. On peut dire que l’association a eu trois grandes périodes. Nous amorçons cette année une quatrième période, avec le développement de projets ambitieux comme Stalker (cm), Mirage (cm), ou Dark Matter (musique) et l’arrivée d’une nouvelle équipe.

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Pourquoi ce mélange de la musique, du théâtre et du cinéma ?

Parce que c’est intéressant de faire les trois :). Le cinéma c’est global, il y a la musique, la mise en scène, donc déjà en faisant du cinéma, tu vas toucher la musique. Et la musique, c’est notre premier amour, ça fait longtemps que c’est en place, même avant l’association.

 

À quel public vous vous adressez ?

C’est difficile de déterminer le public, ça dépend du projet, des sujets abordés. L’idée c’est toujours de faire des projets qui ont un sens, des projets qui nous parlent. Est-ce que les personnages nous intéressent ? Est-ce qu’il y a quelque chose à dégager de cet univers et surtout à partager ?

 

Donc la réception du film, c’est surtout pour vous, pas pour les autres ? 

C’est pour les autres évidemment. L’objectif, c’est que le projet soit vu au maximum. Mais il faut avant tout que le projet nous plaise, qu’il nous parle. S’il fait écho en nous, il va forcément parler aux autres personnes, aux spectateurs. Enfin au moins une partie.

 

Vos créations ont-elles une esthétique particulière ?

Sur le plan collectif, nous avons des approches différentes. La ligne éditoriale qui s’en dégage en général est assez sombre, pas triste mais plutôt sombre. Il y a beaucoup d’humour noir, quelque chose d’assez caustique. On est souvent sur des personnages décalés, torturés, qui se retrouvent en conflit avec des personnes ou un système qui les oppressent. Nous aimons bien nous baser sur des problématiques, des failles systémiques de notre société, sur des choses que nous pouvons questionner. C’est intéressant de remettre en question, en perspective, ce qui nous entoure. Dans les films humoristiques on va mettre le doigt sur des problématiques simples et quotidiennes, ou sur le décalage entre le personnage et ceux qui l’entourent, un décalage qui va créer du conflit. Dans les films plus sérieux, on tente de développer des thématiques plus universelles : l’altérité, l’absence, le rapport entre les personnages dans une approche plus mystique. Avec la musique, nous sommes dans une esthétique plus brute. Sur l’album 1984, on est très engagé, on parle des exactions des compagnies pétrolières, de la situation du monde, du changement nécessaire que le constat induit, de révolte, de nouvelles grilles de lecture. Le Rap c’est avant tout des mots, c’est la puissance du verbe porté par la musique. Comme le Logos grecque, la verbalisation permet l’émergence de concepts, l’ordonnancement du monde, sa compréhension. Pour pouvoir amorcer des changements, il faut donc commencer par mettre des mots, des concepts, sur les problèmes, et surtout sur les solutions. La parole précède l’action. La parole est déjà l’action. C’est la base de tout changement de paradigme, la possibilité d’infléchir l’axiome.

 

Parlez-moi de vos projets actuels ?

Nous sommes en train de développer le court-métrage Stalker, qui est inspiré du livre des frères Strougatski et du film d’Andreï Tarkovski. Il y a un énorme clin d’œil a Tarkovski dans notre projet, mais pas de copié-collé. Le film est muet et ses approches scénaristiques et esthétiques sont originales. Avec ce film, on essaie de sortir des sentiers battus. Il y a aussi la websérie Frapuccino, développée avec le Collectif Attention Fragile et soutenu par OUI-Fm. Chaque jeudi, un nouvel épisode est mis en ligne sur la page Youtube du projet (voir Frapuccino webserie). Il y a d’autres projets en préparation, le film Mirage, l’album Dark Matter. On vient juste de boucler le court-métrage Post-It Révolution créée dans le cadre d’un 48h de Kino Paname.

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Qu’est-ce que vos projets peuvent apporter aux jeunes? À notre génération? Est-ce qu’il y a la voix de notre génération dans vos créations ? 

Ce qui est intéressant, c’est que le numérique et l’évolution de l’informatique ont permis la démocratisation des outils de production, donc on a davantage accès aux caméras, aux appareils photos qui permettent, quand les idées sont là, d’avoir un rendu esthétique intéressant. Idem pour la musique. On peut aller directement de l’artiste au spectateur. Donc ce qui se passe maintenant, c’est qu’il y a des gars qui avec peu de moyens, arrivent à faire des films magnifiques. On est dans quelque chose de très dynamique et d’ouvert. Nous pouvons être noyés dans la masse, mais ce n’est pas important, parce qu’il y a la nécessité de créer. Le désir de faire des films, de partager une histoire, de la raconter, est plus fort que le reste. On a des cam et on y va, même avec un son moyen ou des images un peu crades. L’important c’est de créer. Créer c’est résister, non ? C’est ce qui est intéressant avec notre génération, le champ des possibles. J’espère qu’on en est un des exemples. La possibilité de faire. Ensemble.