Vendredi 19 février, à 19h30, la Comédie Bastille me fait voyager au Yémen. Johny, notre technicien de NewVO Radio a voulu m’accompagner. C’était sa première fois au théâtre. On s’assoit et je sors mon calepin. Dur dur d’écrire quand il fait nuit noire dans la salle, mais je ne tiens pas à en perdre une miette. Parce que oui, chers lecteurs, je savais que cette pièce allait me chambouler. Et je n’ai pas été déçue.

vz-f27ec3c8-8148-427c-a345-ee1a78f2a3f7

Lapidée, c’est son nom. Le titre n’est pas gai, je vous le confirme, et la pièce est loin de l’être. Elle est poignante, touchante, on en sort sans voix.

 

C’est l’histoire d’Aneke et Abdul, qui se sont connus lorsqu’ils étaient étudiants à Maastricht. Bientôt ils se marient, ils ont deux filles. Abdul amène sa famille pour vivre au Yémen, son pays d’origine. Aneke, indépendante, s’adapte à cette nouvelle vie mais veut rester une femme indépendante, qui fait ses propres choix. D’ailleurs, elle décide qu’elle n’aura plus d’enfants, et qu’elle se consacrera désormais qu’à sa carrière. Ce qui ne plait pas à Abdul : il a deux filles certes, mais la tradition dit qu’il faut également avoir un fils ! Le village fait pression, et sa mère également : Abdul craque et se prend une seconde femme. Aneke ne l’entend pas de cette façon et un jour, elle insulte son mari dans un café. Tout le village est au courant : Abdul a été humilié par sa femme ! Cet acte sera lourd de conséquences. A partir de ce moment-là, le « mari trahi » décide de se venger et invente un stratagème pour punir sa femme…

Je ne vous dis pas la fin, mais le titre de la pièce n’est-il pas explicite ?

90-505-largeSource : comedie-bastille.com

L’histoire se déroule dans la cave où Aneke a été enfermé après sa « bavure ». Il n’y a que trois acteurs présents sur scène durant toute la pièce : Aneke, jouée par Pauline Klaus, mère et femme indépendante, Abdul interprété par Karim Bouziouane, médecin dont les traditions sont pour lui cruciales et enfin sa sœur aînée jouée Nathalie Pfeiffer qui tente tant bien que mal d’aider Aneke au détriment de son frère.

 

Jean Chollet-Naguel, c’est le petit nom du metteur en scène, qui a fait un travail remarquable. C’est également lui qui a écrit le texte percutant de la pièce, qu’on peut acheter à la fin.

 

90-499-large

Source : comedie-bastille.com

 

Ce que j’en ai pensé

La pièce met en scène une histoire révoltante, actuelle. Car Jean Chollet-Naguel insiste bien dessus : encore aujourd’hui des femmes sont lapidées « pour un oui ou pour un non ». Ici, Aneke est punie pour un adultère qu’elle n’a pas commis. Ailleurs, c’est la même histoire : la femme étant inférieure à l’homme, lutte sans arrêt pour être respectée, pour vivre. Ce qui se voit notamment dans la pièce lorsqu’Abdul est prêt à accuser sa sœur d’avoir laissé Aneke s’échapper. Que risque-t-elle ? La mort. Mais ce n’est pas une grande perte, puisqu’elle est vieille et n’a pas d’enfants ! Dans la pièce, il y a une incompréhension vis-à-vis de ces pays qui sont capables de tuer leurs femmes, mais il y a également une critique faite aux Européens : Aneke vient d’Amsterdam et en arrivant ici, Abdul trouve qu’elle n’a pas assez essayé de s’accoutumer. Le fait est qu’une femme venant d’un pays d’Europe ne peut pas vivre comme si elle y était encore, au risque de le payer cher…

C’était une très belle pièce, la scène que j’ai trouvé la plus émouvante est celle où la sœur d’Abdul aide Aneke à être belle pour sa lapidation. Elle veut que les hommes la voient belle une dernière fois, peut-être comme une petite victoire : et non je n’arrive pas en haillons, pour vous supplier de m’épargner. Montrer une dernière fois, la femme forte et indépendante qu’elle était.

 

Quand la première pierre est lancée par Abdul, Aneke meurt, la sœur pleure dans la cave, les hommes crient et tout est fini. Et nous on rentre chez nous, la boule au ventre…

 

Pour en savoir plus sur la pièce
Y a même une bande annonce ! 

 

Citation du jour
William Shakespeare, Hamlet: « Le théâtre a pour objet d’être le miroir de la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l’infamie sa propre image, et au temps même sa forme et ses traits dans la personnification du passé. »