L’agoraphobie est un type de trouble anxieux qui se déclenche dans les lieux bondés de monde, comme les transports en communs, les lieux publics comme les banques, les magasins, ou encore les musées, les grandes places, bref beaucoup d’endroits. L’agoraphobie comprend différents stades, allant de la sensation de mal-être, jusqu’à rester enfermer chez soi. Elle se déclenche surtout entre 18 et 35 ans et vise plus les femmes que les hommes.

Au lieu de vous parler de la maladie d’un point de vue scientifique, j’ai décidé de demander à un ami qui est agoraphobe de me parler de sa vision des choses, de me raconter comment tout cela est arrivé. Je vais donc vous parler de l’histoire de Pierre, un étudiant de 21 ans en troisième année de licence d’archéologie.

M- « A quel âge ça a commencé?

P- « Sans que je comprenne, c’est à 18 ans avant le bac et ça a amplifié au début de ma première année de fac. Il m’a fallu 8 mois pour comprendre pourquoi je n’arrivais plus à aller en cours, et quand j’y étais, pourquoi je me sentais obligé de fuir. Et pareil quand je sortais avec des potes ou quand je prenais les transports en communs

M- D’accord, comment tes symptômes se sont développés, enfin comment ça a amplifié?

P- Au tout début, j’avais des impressions de dangers, mais comme si ma vie était en danger. Et si cela persistait, ce qui était souvent le cas, je me sentais nauséeux, j’avais des vertiges et des sueurs froides. Ces symptômes étaient pas toujours en même temps, mais dans tout les cas, quand je n’arrivais pas à me calmer, j’avais l’impression que j’allais mourir si je restais là où j’étais. Le problème c’est qu’à toujours sortir de cours, descendre du bus, ou m’isoler, je m’y suis habitué et les symptômes devenaient plus persistants et plus violents.

M-Ah oui.. (…) Comment tu as su que tu avais une agoraphobie?

P- En consultant, mais ça m’a fallu 5 mois, aussi parce que moi même je ne comprenais pas. Le diagnostic c’est trouble panique avec agoraphobie. En gros je me sens pas bien et ça devient une crise d’angoisse avec agoraphobie.

M- Oui je me doute, c’est pas le premier trucs qui te vient en tête.. Comment tu as réagis à ce diagnostic ? Comment as tu essayé de le combattre ?

P- J’étais content de savoir enfin ce que c’était, par contre pour le combattre c’était plus difficile. J’avais des anxiolytiques et j’étais sous antidépresseurs pendant 1 an. A côté j’ai vu un psy mais là c’était pas utile comme expérience… Parce qu’il ne servait pas à grand chose. Du coup j’ai fais de l’hypnothérapie. Et ça a super bien marché. J’ai arrêté les antidépresseurs quand j’ai remarqué que j’avais un effet secondaire ignoble (j’ai mis des mois avant de m’en rendre compte parce que c’était pas référencé pour celui-là), c’est la perte des émotions. C’est pour ça que j’arrive pas à reprendre des antidépresseurs avec mes retours de crises. A la place j’ai fais de la sophrologie (et ça m’a bien aidé) et je vois un bon psychiatre en ce moment. Pour autant c’est pas que les antidépresseurs qui m’aidaient. C’est de profiter d’être moins sensible pour me réhabituer aux lieux bondés. Et pour les partiels, grâce au relais handicap j’avais une salle à part et seul.

M- (…) Ok mais toi personnellement, tu as combattu de ton côté aussi ? Comment tu as fait si c’est le cas ?

P- J’ai combattu chaque jours en essayant d’aller en cours même si des fois je faisais demi-tour devant la porte de la salle, je revenais le lendemain. Dans les transports en communs, je faisais des efforts pour rationaliser tout ça et je faisais de mon mieux pour ne pas descendre au prochain arrêt en me disant « si je passe celui-là, je peux descendre au prochain ». C’est très bête dis comme ça, mais en gros pour combattre l’agoraphobie, faut pas qu’elle domine ta vie, même si tu essuies des défaites, il faut essayer d’avoir des petites victoires. Quand je suis pas venu pour ce semestre à la fac, je faisais en sorte de sortir et d’aller là où je me sentais pas forcément bien. C’est en fait regagner de la confiance au fur et à mesure, en ayant son propre rythme dessus.

M- Rien que ça c’est déjà énorme. (…)

P- Je me suis renfermé au début de ce semestre parce que ça m’énervait que ça revienne comme ça. Mais au bout de trois semaines je me suis dis « Si tu vas pas en cours soit, quand tu y va tu n’arrives pas à écouter à cause de ça. Du coup il ne te reste plus qu’à sortir, dans des rues bondées, dans les transports en communs, chez des potes, dans des bars, dans des cinémas… » et ça marchait bien la plupart du temps. Mais le problème avec l’agoraphobie, c’est la peur des crises. Et des fois tu fais des crises justement parce que tu à peur d’en faire une. Et quand tu veux passer un bon moment tu te mets souvent la pression là-dessus.

M- Ah c’est un cercle vicieux… Et quand tu as des crises tu fais quoi ?

P- Ouais l’agoraphobie c’est un gros cercle vicieux et il ne faut jamais se dire qu’on en est sorti. Quand je fais des crises j’attends qu’elles passent. Les combattre c’est chaud et je prends plus les anxiolytiques non plus. Mais il y a deux semaines j’ai eu une grosse crise, j’ai du appeler des potes pour qu’ils m’aident à me calmer.

M- Qu’est ce qu’il se passe quand tu as une crise et comment tu la combat ?

P- Elle s’arrête quand tu te calmes. Par exemple quand je sors de cours. Mais des fois quand je suis seul ou la nuit, je fais aussi des crises. Celle-là se manifeste plus par une difficulté à respirer, des prises de vertiges, et une grosse peur/angoisse. Ça m’est arrivé de faire de la tétanie avec des bouts du corps paralysés, sans que j’ai de contrôle là-dessus, je suis même tombé à cause de ça (c’était en novembre, chez moi, mais avec des amis). Dans ce cas-là elle s’arrête un peu quand elle veut, le temps que tu te calmes ou que tu tombes de fatigue et que tu t’endors. Le contre-coup des crises est impressionnant aussi. J’en ai fait une au Louvre, j’étais avec mon frère, et je sens l’angoisse monter. On a mit trente minutes à sortir et quand on est sorti j’avais l’impression de ne pas avoir dormi depuis deux jours. Mais les symptômes sont pas exactement les mêmes pour tout le monde.

M- Et tu sais l’élément déclencheur de ton agoraphobie ?

P- Je pense savoir depuis un mois. En fait j’ai jamais eu de problèmes à l’école, j’ai toujours eu 15/16 de moyenne sans jamais bosser. Je me suis toujours ennuyé en cours et j’attendais que le temps passe pour être en études supérieures. Arrivé à l’approche du bac ça a commencé et ça a explosé quand je suis enfin entré en études supérieures. Après pendant la troisième année de licence (la deuxième était tranquille au niveau des crises, j’en faisais presque pas) je me pose la question de la réorientation et ça revient. Alors que je voulais faire archéologie depuis la primaire.

M- Vis à vis de l’État, associations et autres, est ce qu’ils t’aident d’une manière ou d’une autre ? Mis à part pour tes examens.

P- Non, aucune aide et peu de remboursements.

M- Les psychologues et autres ne sont pas remboursés?

P- Ou très peu ça dépend de ta mutuelle. Je paye 40 euros sur les 85 euros pour une séance avec le psychiatre, sophrologie c’est 50 euros et c’est pas remboursé, pareil pour l’hypnothérapie. Mais bon les antidépresseurs sont remboursés, même si c’est moins utile sur le long terme. »

L’agoraphobie est une maladie très grave et qui se déclenche de plus en plus chez les jeunes. L’élément déclencheur peut être minime, mais avoir des conséquences très graves dans le futur. En revanche, nous avons pu voir que l’État n’accepte pas encore le remboursement des médecines alternatives, qui peuvent, pour la plupart, être plus bénéfiques que les médicaments, qui ne font qu’enfouir la peur l’espace de quelques heures. Les médecines alternatives ont de quoi faire pâlir dans certains cas, la médecine « médicamenteuse ». Le mieux est de trouver l’origine du problème, par vous-même, ou avec l’aide d’un proche ou d’un psychiatre, et de vous faire suivre.

Je remercie mon ami Pierre d’avoir accepté de me parler de son agoraphobie, en espérant qu’il puisse vous aider à mieux comprendre cette maladie qui est un véritable ouroboros.