La villa Cavrois, icône nordiste

     Je me souviens de la première fois où j’entendis parler de la Villa Cavrois, notre professeur d’histoire au collège nous avait alors expliqué comment cette villa avait été la parfaite représentation de la bourgeoisie industrielle lilloise. Cependant ce monument-manifeste des années 30 avait été laissé à l’abandon pendant de nombreuses décennies. Il faudra attendre 1990 pour que le bâtiment construit par Robert Mallet Stevens soi classé monument historique. Le gigantesque chantier de rénovation, qui mobilisa le concours de centaines d’artisans et près de 23 millions d’euros, prit fin en 2015, ouvrant ainsi le bâtiment au public.

Conçue entre 1929 et 1932, pour le géant du textile Paul Cavrois, ce bâtiment avait comme fil d’Ariane “air, lumière, travail, sports, hygiène, confort et économie”. En se rappelant de cette phrase pendant la visite du lieu, on semble mieux comprendre les intentions de l’architecte Robert Mallet – Stevens. Cette villa construite comme une sorte de château moderne, impressionne par sa taille et sa démesure. En effet située à quelques kilomètres de Roubaix, cette impressionnante demeure voulue par Paul Cavrois avait pour ambition de pouvoir y loger ses sept enfants. D’autres projets furent soumis à Paul Cavrois, notamment celui de Jacques Gréber qui lui proposa un style “néo-régionaliste”, très en vogue à l’époque. Cependant, Paul Cavrois voulant rompre avec les codes architecturaux de l’époque, préféra confier le projet à Mallet-Stevens. Lui laissant carte blanche dans la construction de la maison, leur promettant simplement un cadre de vie sain, confortable et moderne.

Ce qui frappe quand vous apercevez la demeure, se sont ses dimensions et la sobriété du décor. Qualifiant ainsi cette demeure de château moderne. Mallet-Stevens dans sa quête d’oeuvre total, dessinera alors tout les mobiliers intérieurs censés refléter les personnes y vivant. Cette conception de l’intérieur est frappante, Paul Cavrois étant un riche industriel, sa maison doit correspondre à son rang social, des matériaux luxueux, mais sans fioritures, des espaces à vivre immenses mais vides. C’est tout ce paradoxe qui nous transporte alors. Cette demeure, manifeste de la vie industrielle roubaisienne vivra, elle aussi les grands bouleversements du XX siècle.

En effet, pendant la Seconde Guerre Mondiale, la villa sera transformée en caserne par l’armée allemande. Après la guerre, deux des fils de Paul Cavrois s’y installèrent. Mais après la mort de Madame Cavrois en 1985, la maison fut vendue à un promoteur immobilier, laissant la demeure tomber en ruines. Ce triste point reflète pour ma part, le destin tragique des industries textiles du début du XX siècle tout comme les nombreuses usines fermées, la villa devint complètement abandonnée, l’esprit novateur presque envolée. Se sera la volonté de milliers de personnes, et d’associations de sauvegarde du patrimoine qui sauva la Villa Cavrois en la rénovant et en l’ouvrant au public comme témoignage d’une bourgeoisie textile d’un autre temps.

*les photos sont de Léa Sokowski