La Shoah est une réalité (et non un détail de l’Histoire)

Mon voyage avec J’OSE en Pologne

Lorsque l’association « J’OSE » me proposa un voyage mémoriel en Pologne. Moi, militant antiraciste de longue date qui suis passé par SOS Racisme et la fédération nationale des Maisons des Potes. Je ne pouvais que dire oui.  En 10 ans d’activités militantes, je ne suis pas allé « voir » ces lieux de génocide et d’inhumanité.

Les représentants de l’association m’ont invité dès le début de l’année 2020 à venir avec eux au printemps 2020 mais c’était sans compter l’arrivée inédite d’une pandémie mondiale : le Coronavirus dit la « Covid-19 ». Ce qui nous a obligé à reporter le séjour de la mémoire aux vacances de la Toussaint en espérant que tout ira mieux….

Le mois d’octobre venant, ce satané virus est là toujours aussi, le maintien de notre voyage est un miracle de la vie… et pour couronner le tout ce voyage prenait une autre dimension. Nous sommes honorés de la présence d’une survivante de la Shoah Ginette Kolinka 95 ans et en pleine forme !

Nos premiers jours à Cracovie ont été une découverte de la ville « juive » tout car nous le fait sentir les restaurants, l’architecture, les musées, la vie des quartiers, les cimetières, les lieux de cultes et ses vestiges grâce aux souvenirs de Ginette, à nos excellentes guides comme notre Audrey Alcabes.

Et vint le jour de la visite dans les camps de Birkenau et d’Auschwitz, mon émotion était vive car nous commencions notre périple par l’accès où la quasi-totalité des juifs de France passait par la « Juden Rampe ». Comme nous le disait, Ginette Kolinka c’est à partir de ce moment-là où les familles, les couples, les mères, les pères, les grands-parents, les tantes, les oncles étaient « triés » ils allaient soit en camp d’extermination ou soit en camp de concentration.

L’apport de Ginette est considérable car elle humanise les camps et ses horreurs. A travers elle, nous pouvons sentir cette ambiance génocidaire malgré la beauté du paysage devant nous. Nous pouvons nous représenter a minima ce qui s’est déroulé à cette époque. Nous pouvions dire que sorti de Birkenau et d’Auschwitz nous savons maintenant et nous transmettrons cette mémoire encore vive en Pologne et en France avec mes 18 compagnons d’infortune.

Enfin, nous avons terminé notre voyage de la mémoire à Varsovie et la triste histoire de son ghetto où il y a eu jusqu’à 380 000 personnes. Le travail forcé, la famine, la maladie et la mort étaient le lot quotidien de ses habitants. Un nombre important de juifs fut déporté en 1942 et une insurrection a eu lieu en 1943 jusqu’au démantèlement du ghetto. Ils ont combattu jusqu’au bout les nazis….

Ce voyage a été pour moi une prise de conscience sur le fait que les survivants de la Shoah se comptent sur les doigts d’une main. Les jeunes méconnaissent cette histoire notamment dans les quartiers populaires car ils sont éloignés de ce sujet de par leur histoire et leur culture.

Il est urgent que cette mémoire soit enseignée dès le plus jeune âge par les enseignants, par les derniers survivants, par les associations d’éducation populaire et par les citoyens qui ont également fait ce séjour mémoriel. Urgent car l’oubli nous guette… à nous de transmettre cette flamme de la Shoah.

*Photo d’Adrien Cherqui