Qu’il s’agisse de la montée en puissance des revendications populaires à travers le monde (manifestations politiques et syndicales violentes) ou des attentats qui ont ébranlé le monde, les années post 2010 ont été marquée par l’affirmation d’une idéologie extrême au sein des sociétés.

Cette évolution sociopolitique laisse entrevoir des mutations sociales qui, à priori, trouvent leur explication dans l’implication des peuples dans des actions politiques : mouvements de protestation, participation aux élections et l’exercice du pouvoir. Elle pose la problématique de l’implication des catégories sociales dans la vie politique, sa mobilisation, son poids, sa manière de s’approprier le discours et l’activité politique.

Progressivement, la mobilisation des masses moyennes s’est entremêlée à celle des classes ouvrières puis, finalement, les mouvements s’embourgeoisent et l’activité politique devient une activité revendiquée par tous. Mais quel est donc cette trajectoire qui va de la prise de position à l’affirmation soudaine d’une conviction soutenue et brutale?

L’explication de cette mutation soudaine suscite une certaine curiosité qui nous emmène à poser un réel diagnostic sur les motivations même de l’engagement.

Pour Lagroye, « La politisation est une requalification d’activités sociales les plus diverses, requalification qui résulte d’un accord pratique entre des agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou à remettre en cause la différenciation des espaces d’activités». Elle s’exprime donc sur l’angle de la récupération des mobilisations sociales ou syndicales au profit d’une organisation partisane. Les mouvements des salariés dans les années 1980 n’avaient aucune connotation politique jusqu’à ce que les partis intègrent dans leur programme de campagne électorale les revendications des masses. C’est donc un « processus de « conversion » d’activités associatives, professionnelles ou syndicales en activités politiques ».

C’est un processus qui renvoie à l’idée enfouie de l’intérêt défendu par différentes classes. Les différentes mutations sociales accélérées par la réorganisation du champ économique a remis en évidence la notion des classes. L’avènement du néolibéralisme et la montée de l’électoralisme autour duquel se sont organisés les mouvements sociaux ont été progressivement soumis au militarisme. La démocratie, sa démarche et sa critique ont tendance à modifier l’ordre social et les rapports de force qui tournent autour de la mobilisation et de la répression. L’intégration des conflits épars dans une représentation commune est l’une des principales composantes de la politisation qui conduit à la défense des intérêts des différentes couches et aux oppositions farouches qui en découlent. Toutefois, dans la politisation il ressort également une forme de manipulation des acteurs politiques à des fins électoralistes.

Par ailleurs, dans cette trajectoire, s’est forgée progressivement une conviction de plus en plus soutenue par une motivation extrême d’un objectif qui, parfois, est indissociable à la trajectoire sociale des individus et aux intérêts des classes. Pour Farhad Khosrokhavar, « la radicalisation est une perception de la violence et son interprétation selon des axes idéologiques. Cette violence est d’abord celle de la misère subie, que ce soit l’œuvre de l’Etat ou celle de l’économie ».

Au lendemain de la chute du second empire en France, au 19ème siècle, la radicalisation naît avec les partis politiques républicains qui souhaitent la laïcité et la démocratie. Elle se pose comme l’héritier des mouvements anarchistes des XIXe et XXe siècles, et de ceux d’extrême-gauche des années 70 en Europe.

En d’autres termes, le concept de radicalisation est un sujet polémique car il renvoi à l’idée du terrorisme et de l’extrême violence. Or, elle ne s’affirme pas exclusivement sous l’angle de la violence. Elle reste la résultante des choix politiques dont les conséquences se répercutent sur les individus et les masses. La marginalisation des quartiers populaires, l’inaccessibilité d’une éducation de qualité pour les jeunes, la pauvreté, le chômage, la diplomatie paternaliste… sont autant de programmes qui suscitent au sein des masses populaires un positionnement.