Sabrina Debusquat est une journaliste indépendante, animatrice à Radio France et auteur. Elle vient de publier un ouvrage qui est le résultat d’une recherche étayée et intéressante sur la pilule, un moyen de contraception rarement remis en question sans esprit dogmatique. C’est pourtant le cas dans  » Demain j’arrête la pilule.  » paru aux éditions Les liens qui libèrent. Zoom sur la recherche

Vous avez réalisé une enquête d’un an concernant la pilule, considérez-vous, à l’aune de vos recherches, la pilule comme un synonyme d’émancipation sexuelle sécurisée ou comme une « fausse amie » ?

La pilule a été et est toujours synonyme d’émancipation sexuelle car elle permet d’éviter la grossesse de manière simple et efficace. Mais ce que révèle mon enquête ce sont les nombreuses zones d’ombre. Or elles restent encore aujourd’hui peu connu des femmes (et même des professionnels). Pour pouvoir « juger » la pilule, encore faudrait-il que chacun dispose d’informations claires, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, notamment parce qu’elle est entourée d’une aura progressiste et féministe qui nous empêche d’être objectifs ou de lui adresser toute critique. Ce que mon enquête montre c’est qu’elle est loin d’être le summum d’une émancipation totale puisqu’elle expose les femmes à des risques qui vont jusqu’à la mort pour assumer la charge contraceptive. Aujourd’hui et précisément parce que les femmes sont de plus en plus libres et imposent leurs opinions, de nombreuses jeunes femmes remettent en question le principe même de prendre un médicament puissant perturbateur endocrinien pour assumer la charge contraceptive. Les jeunes femmes de la génération no pilule ne voient pas pourquoi elles devraient accepter cela alors qu’il existe d’autres solutions et elles demandent à notre société de se saisir de la question afin de développer et d’améliorer des solutions contraceptives sans médicalisation, ni hormones et donc sans risques d’effets secondaires, de souffrances ou de pollution. Les jeunes femmes modernes n’acceptent tout simplement plus ce qu’acceptaient leurs aînées, elles demandent mieux.

Quels sont les effets les plus alarmants que vous avez pu relever au cours de votre enquête ? Prendre la pilule aujourd’hui est-ce détruire à petit feu sa santé ?

Prendre la pilule c’est prendre durant une certaine période (souvent assez longue) des hormones synthétiques visant à perturber le fonctionnement normal d’un organisme sain pour bloquer son ovulation en lui faisant croire à un début de grossesse. Or ce blocage agit sur un axe hormonal puissant qui gère de nombreux autres paramètres corporels, d’où les nombreux effets secondaires. Parmi les effets les plus graves : les accidents thromboemboliques (phlébites, embolies, AVC, etc.) mais aussi un sur-risque de cancer du sein, du col de l’utérus ou encore du foie. Concernant le cancer du sein, une étude danoise réalisée en décembre dernier durant 11 ans sur 1,8 million de femmes montre qu’une femme sur chaque tranche de 7 690 femmes qui prennent une contraception hormonale aura un cancer du sein qu’elle n’aurait pas eu sans. La pilule permettrait aussi de réduire d’autres cancers (ovaire, endomètre) mais les études datent un peu et quoi qu’il en soit cela ne touche pas les mêmes patientes (pour celle qui déclenchera un cancer du sein, cela ne changera rien que la voisine ait évité un cancer de l’ovaire, elle a quand même son cancer). Ce sont des risques que les médecins qualifient systématiquement de « légers » mais j’estime que c’est aux femmes d’estimer s’ils le sont. Il est surtout choquant qu’au regard de ces données nos sociétés n’aient pas cherché à développer mieux.

Mon enquête montre qu’avec tout ce que nous savons aujourd’hui des perturbateurs endocriniens (les hormones de la pilule en sont parmi les plus puissants) nous ne pouvons décemment pas croire que l’on peut exposer des organismes sains à ces hormones sans qu’il n’y ait aucune conséquence. Mais ces conséquences sont parfois faibles, floues ou ne se déclenchent que des années après la première prise. Bref, elles sont mal connues et nous atteignons là nos limites techniques car cela concerne des maladies multi-factorielles. Pourtant, des travaux scientifiques montrent depuis les années 1960 que les hormones de la pilule génèrent chez la majorité des femmes des carences chroniques en vitamines et minéraux essentiels qui impactent de nombreuses fonctions corporelles pouvant entraîner une perte d’énergie, une diminution de la libido et favoriser la dépression. Tout cela n’est pas anodin et diminue le bien-être quotidien des femmes or ces effets sont trop souvent niés, glissés « sous le tapis » ou qualifiés d’inexplicables alors que mon enquête montre que ce dont les femmes se plaignent sous pilule trouve systématiquement une explication scientifique logique.

Critiquer la pilule est souvent l’apanage des pro-vie,  » J’arrête la pilule  » montre que l’on peut avoir un avis acéré sur la question sans pour autant remettre en question l’usage et l’objectif contraceptif de la pilule, n’est-ce pas ?

Effectivement, comme trop souvent concernant ces sujets, le nouveau point Godwin est celui de la Manif pour tous. Soixante ans après la naissance de la pilule il est encore difficile d’en débattre sereinement et les réflexes sont pavloviens. C’est comme si vous deviez être totalement pour ou totalement contre, ce qui est ridicule. Mon avis est le fruit d’une année de recherches très poussées et pluridisciplinaires réalisée en alliance avec d’éminents experts indépendants. Je n’ai aucun intérêt à dire ce que je dis si ce n’est vouloir faire avancer la société sur un nouveau combat féministe : celui d’une contraception qui n’implique aucune souffrance ni pollution et qui soit pourquoi pas partagée entre hommes et femmes. La question n’est pas « faut-il arrêter la pilule ? » comme je l’ai souvent entendu mais, « alors que les femmes arrêtent de plus en plus la pilule, que fait notre société pour répondre à cette demande féminine qui s’exprime » ? Or le constat est assez pitoyable. Endormis sur nos lauriers contraceptifs, croyant que la pilule était un miracle, nous n’avons pas fait grand-chose et aujourd’hui cette génération no pilule doit se débrouiller avec les moyens du bord… Pourtant les femmes signalaient depuis le début les nombreux effets secondaires des hormones. Ainsi, soixante ans après, c’est le retour du boomerang. Cette parole féminine que nous avons peu entendue depuis le début nous revient en plein dans la figure et s’y ajoutent les nouvelles découvertes sur l’impact néfaste des hormones synthétiques sur la faune. Bien que le contexte contemporain soit propice à la propagation d’idées rétrogrades, tout cela n’a rien à voir avec un quelconque retour en arrière mais bien avec une progression des droits des femmes. Elles ne veulent plus avoir à prendre des médicaments impliquant des effets secondaires, elles ne veulent plus souffrir pour assumer la charge contraceptive et elles ne veulent pas non plus polluer l’environnement pour cela. Qui oserait leur dire que tout cela est rétrograde ou anti-féministe ?

Enfin, qu’en est-il de la pilule pour les hommes ?

C’est une information très méconnue, et pour cause, mais une « pilule » pour homme sous forme d’injections de testostérone est disponible et prescrite en France mais par un seul médecin (Jean-Claude Soufir, à Paris). Malheureusement ce traitement ne peut excéder les 18 mois car il faudrait plus de tests pour en assurer l’innocuité sur le long cours. La contraception masculine sous forme de pilule n’existe pas encore mais certains travaux récents semblent prometteurs (par exemple, pilule unisexe aux extraits de plantes). De manière générale les labos freinent des quatre fers et refusent de financer des recherches sur les contraceptions masculines, estimant qu’il n’y a pas de marché car les mentalités ne sont pas prêtes. Les chercheurs développent pourtant des procédés ingénieux et prometteurs comme le Vasalgel (un gel que l’on injecte dans les canaux spermatiques de manière assez simple pour empêcher les spermatozoïdes de passer qui permet de conserver une éjaculation et des fonctions érectiles normales et qui se retire quand l’homme veut procréer) mais l’industrie semble encore très peu favorable à ces procédés. Les mentalités sont donc encore en 2017 très lentes au changement !

Propos recueillis par Margaux Chikaoui