L’engouement pour l’humanitaire n’est aujourd’hui plus restreint aux ONG ou aux associations caritatives. L’humanitaire, victime de son « succès », laisse apparaître un nouveau phénomène qui touche de plus en plus de particuliers, souhaitant donner de leur temps pour la bonne cause. En effet, les personnes intéressées par les voyages souhaitent également en profiter pour jouer les mères Theresa dans les contrés éloignées du Tiers Monde. Voici comment le tourisme humanitaire est né. On distingue aujourd’hui différentes manières de partir en voyage humanitaire.

L’envie d’engagement ne fléchit pas et les acteurs touristiques en profitent pour surfer sur cette nouvelle tendance.

Plusieurs formules sont possibles, des groupes d’amis partant distribuer du matériel collecté ou donner un coup de main à une association locale, à l’initiative individuelle, en passant par les « séjours humanitaires », tout est posible.

Les tour-opérateurs proposent ainsi des « circuits humanitaires », qui promettent de l’atypique, de l’authentique et de l’alternatif. Des étapes « solidarité » et hors des sentiers battus.

 

L’exemple du honeyteering

 

Partir se prélasser aux Bahamas pour votre voyage de noces ? Complètement dépassé. La dernière tendance la voici, il s’agit du “honeyteering” (mélange de honeymoon : lune de miel et volunteering : bénévolat) ou autrement dit la lune de miel humanitaire.

Tout ceux qui se sont lancés peuvent témoigner du caractère exceptionnel de cette experience. Une manière de se rapprocher des populations dans le besoin et de soulager sa conscience.

 

La confusion entre voyage et humanitaire

 

Un nombre important de personnes, travaillant dans le milieu de l’humanitaire, critiquent ce nouveau phénomène, qui donne une dimension superficielle au milieu de l’humanitaire.

Faire de l’humanitaire, c’est faire quelque chose de bien pour l’autre, c’est une attitude sociale légitime qui coexiste en parallèle d’un processus continu de professionnalisation.

Pourquoi vouloir fixer au voyage un autre but que la découverte de personnes, de paysages, de saveurs ou encore de la culture du pays ? Faire du tourisme en se sentant investi d’une mission, pour être gentil, pour “jouer au père Noël” disqualifie le voyage en lui-même.

L’intention est louable. La critique s’avère dès lors délicate. Le dilemme est de taille, d’une part il ne faut pas discréditer le milieu de l’humanitaire, sans pour autant briser cet élan et ce désir d’engagement. Les ONG elles même ont cependant lancé des campagnes de dissuasion du volontouriste : «Tout le monde ne peut pas aider sur le terrain», disent les spots.

Une série de faux entretiens d’embauche croustillants, avec notamment une hippie (cliquer sur le lien pour  voir l’interview)qui a fait “grave du baby-sitting”, sait ce que c’est que de vivre sans douche à force de faire des festivals, “ kiffe l’Afrique “ et se dit prête à partir secourir les enfants qui meurent de faim.

Ces faux sentiments agissent plus comme une manière de redorer son blazon, pour certains de se racheter une conscience ou encore d’avoir un bon kharma, qu’un réel engagement au sein d’une communauté défavorisée. Faire des selfies avec des enfants, rendre l’humanitaire “cool et branché”, courir après les likes sur les réseaux sociaux…

Et le partage avec l’enfant, le réel partage où est il ? L’échange intercultural est complètement evincé.

 

Le scandale des orphelinats

 

Le Cambodge compte plus d’orphelinats aujourd’hui qu’en 1979, à la fin de la guerre. Rien que ces huit dernières années, leur nombre a triplé.

Six cents structures ont été dénombrées et le recensement n’est pas terminé…

En trente ans, le nombre d’orphelins est passé de 7000 à 47000.

En fait, selon l’Unicef, 74 % d’entre eux ont des parents. «Les volontaires étrangers veulent tous ouvrir des orphelinats. Seulement, il faut les remplir ! Alors, croyant bien faire, ils retirent les enfants aux familles cambodgiennes pauvres, expliquant que c’est mieux, qu’ils ne savent pas s’en occuper. C’est raciste et colonialiste. Et si on retirait aux Français leurs enfants au seul motif qu’ils sont trop pauvres ?» interroge Sébastien Marot.

Le mot « orphelin » déclenche l’arrivée massive de l’aide étrangère et des volontaires. Le phénomène a gagné le Laos, la Thaïlande et la Birmanie.

 

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