La nouvelle école du rap parisien S.Pri Noir

Issu du 20e arrondissement comme les pharaoniques X-Men (Ill et Cassidy), S.Pri Noir est un jeune rappeur talentueux. Il le montre dans ses freestyles, dans ses prestations radiophoniques, dans ses sons, dans ses attitudes et même dans la qualité de son habillement. Il aurait pu s’accomplir dans bien des domaines encore au vu de ce qu’il dégage.

Mais le rap a été plus fort que tout. On le voit notamment en se plongeant dans son EP “En Attendant Etat d’Esprit” sorti en 2012. L’introduction Comme un rat le montre bien : “Putain ça fait longtemps qu’on stagne, postés devant les blocs”. L’artiste parisien fait du hip-hop pour sortir de la Cité, de la drogue. Il le raconte dans Carrière Stoppée “On est la parc’qu’ils ont péta nos parts. Pourtant on se voyait pas là, y’a dix piges en arrière. On a appris avec le temps qu’la rue peut stopper des carrières, boy”. Sans détour, S.Pri Noir parle de sa condition d’homme noir en France dans Chakal “Papa m’a dit : En France, Noir est une maladie”. L’excellent featuring avec le jeune Still Fresh : Mort d’Homme dévoile toutes ses ambitions de conquête sur la scène rap française “Futurs bests, viens pas nous check si ton fut’ tu baisses. Est-ce que tu piges, nous on biz’, on suit les flux du pèze”.

Après différentes collaborations artistiques, en 2014, le parisien du 20e sort son 1er album “O.O.S : Licence to Kill. Un projet sombre aux sonorités éclectiques comme dans Celte d’inspiration celtique “Je suis qu’une goutte parmi tant d’eau. Mais bon, frère, chez nous clairement ça sent”. Il narre la triste vie des jeunes parisien-ne-s des quartiers populaires dans Paramètres “On peut pas travailler pour le SMIC. Nos crânes mon pote sont saccagés au shit. Vu qu’ils ont saccagé notre site”. Il devient un “James Bond” du rap avec Skyfall (featuring Black M). Dans le son Licence to Kill, il confirme son ambition : “Dans 5 piges je f’rai pendre vos têtes. Ici ça taffe dur, y’a d’la pure”. Car enfin, comme il l’explique dans Vivre et Laisser Mourir, il s’en est sorti par ses propres moyens “Approche. Et vois qu’chez moi l’huissier a trop sonné (trop sonné). Mais qu’il a eu d’la chance qu’y ait rien pour tronçonner”. Ce 1er opus de S.Pri Noir est une démonstration de l’étendue de son talent lyrique et de son rap technique et parfois revendicateur.

L’année suivante, second EP Le Monde Ne Suffit Pas” : dés le son freestyle 60G, il trace la ligne de son court projet : “Je te parle de tout, des galères et des frigos. Du clochard du coin de la rue ou du crochet de Luis Figo”. Puis, vient l’egotrip morceau Cocaïne Flow C’est Fougères dans la base, mec, nous défier qui ose ?”. Le son intimiste éponyme Le Monde Ne Suffit Pas avec Dadju et NejOn essaie de se construire un avenir propre mais dans le sale. Chez nous, une mère subsiste, se fait prendre la viande dans le sac. Donnés perdants mais on ne pourra s’y faire”. Le projet se termine sur la très bonne combinaison avec le génie Nekfeu CFALa rue dit que j’suis un artiste car j’évolue entre quinte et sol. Peut-être que je suis Black mais je ne laverai aucun de tes sols”.

S.Pri Noir continue sa route à poser dans différents projets artistiques en 2016 comme avec le très planant Millions produit par l’excellent duo Twinsmatic. C’est son meilleur clip cette année-là. 2017, l’artiste frappe fort avec La Liste posée en collaboration avec le prometteur rappeur-chanteur du 13e arrondissement de Paris Jok’Air. Enfin, ce mois d’avril le clip avant-gardiste Skywalker nous donne à voir un pur morceau sur une instrumentale qui là encore vient d’un autre univers. Les variations du flow du rappeur sont calibrées. Il découpe le morceau avec une telle aisance c’est déconcertant. “Tout pour l’clan, tout pour la famille, quand un des nôtres part on pleure. Tu réalises pas, mon ami, quand un de tes parents meurt. Moi je trahis pas, j’ai des valeurs”. Tout ceci annonce-t-il une bonne nouvelle musicale en cette année 2017 ? Nous en serons plus au prochain extrait de S.Pri Noir