Journal de bord d’un parent d’élève

De l’idéal à la désillusion ?

Depuis le mois de juin 2020 à février 2021, je fais comme un de nos parents élus, le bilan de mes actions, qui me rappelle que les choses ont changé depuis notre première rencontre. Alors je me jette à l’eau et à mon tour, je balance mon hashtag #metooinceste sur les réseaux : “ t’as des putains de couilles quand même” me lance Nella avec fierté les yeux embués. Je l’ai invité à intervenir et faire un retour d’expérience sur les questions de la violence et du harcèlement à l’école dont elle a été victime, il y a 25 ans au collège Roger Martin du Gard où nous étions amies. Lors de cette réunion entre parents, dans la salle d’une structure de la ville que j’ai réservée, nous avons créé le lien entre les habitants ; des nouveaux comme des anciens ; la Source, Orgemont, Super M (que les institutions nomment “centre-ville”), Blumenthal, Écondeaux.

Réunir les parents de ces différents quartiers et démontrer qu’ils ne nourrissent pas les inimitiés inter-quartiers de leurs propres enfants au sein de leur propre ville. Bien au contraire, ils les dénoncent et les condamnent fermement et avec une telle ferveur que leurs expériences malheureuses et leurs nouveaux projets qu’ils initient créent une émulation telle, qu’elle fortifie mon engagement : celui d’œuvrer pour les enfants en accompagnant les parents dans cette tâche fastidieuse et complexe qu’est la parentalité mais aussi malheureusement, de dénoncer l’inaction, pire, la complicité des institutions qui se revendiquent responsables, selon leur bon vouloir, de la co-éducation de nos chers enfants.

Le #metooinceste a réveillé mes rages et mes peines les plus profondes : “L’état a failli”. Voici les excuses qui m’ont été présentées en 2016 à la cour d’assises de Bobigny. Procès dans lequel j’ai été indemnisée de la somme dérisoire de 33 000 euros avant la ponction de 20% de mon avocate. Versés l’année suivante, en compensation du viol dont j’ai été victime commis par mon beau-père pendant 3 ans. 

De la primaire Romain Rolland au Collège Roger Martin du Gard en passant par le lycée Jacques Feyder, tous les établissements par lesquels je suis passée étaient mis systématiquement au parfum. C’était dans “mon dossier”. Mais aucune de ces institutions n’a respecté la procédure pour me venir en aide en faisant ne serait-ce qu’un seul signalement qui aurait pu éviter que nous soyons si nombreux sur le banc de la partie civile. 28 000 euros en compensation d’une vie volée et cette phrase qui résonne en moi comme la lettre de novembre des parents d’élèves de Romain Rolland d’Épinay sur seine

Ce communiqué a pour but également de vous mettre face à vos responsabilités et au lien que vous entretenez avec nous, parents d’élèves…l’État a failli… 

Cette phrase a résonné une nouvelle fois en moi avec révolte mais résilience. J’en tirerai ma force et je compris alors d’où me venait ma ténacité. J’ai découvert l’existence de parents qui œuvrent sincèrement non pas uniquement pour leurs propres enfants mais bel et bien pour TOUS les enfants. C’est une noblesse de cœur et d’esprit, ce sont des valeurs qui sont les miennes et celles que partage Rodrigo Arenas, président de la FCPE.

J’ai alors appris à rédiger des mails, des formalisations, des vœux, à créer des schémas et des tableaux et des supports de communication avec l’aide de mon collectif : LES FÉDÉRATEURS que nous avons créé l’été 2020. Réunir en une fédération et créer le lien entre les forces vives locales de ma ville, citoyens, politiques ou acteurs associatifs, autour d’une action collective. 

Éveiller les consciences endormies par un système qui tait et annihile l’intelligence collective et la coopération. Accompagner aussi des projets individuels par le soutien moral, le réseau et le mécénat de compétences et libérer “la voix des sans-voix” en devenant la rédactrice en chef de la Spinassienne 2.0, un média 100 % spinassien. 

https://newvoradio.fr/category/la-spinassienne-2-0/

Ce fut une fierté pour tous les acteurs qui se sont impliqués lorsque le vœu du décret interdisant la vente de protoxyde d’azote aux mineurs fut voté à l’unanimité au conseil municipal d’octobre. Je ne veux pas que nos enfants banalisent cette nouvelle drogue comme on banalise d’autres formes d’addictions. Le mouvement collectif a fait ses preuves. 

Récupération politique, tension et pluie de critiques intempestives venues des propres membres du parti politique à laquelle je venais d’adhérer. Un parti qui se veut lui aussi fédérateur. J’avais bien vu les partitions qui se jouent en coulisses mais est ce que les batailles d’égo de quelques éléments perturbateurs mal intentionnés peuvent mettre à mal toute l’organisation d’une grosse machine ? Je pense que oui, surtout si ces derniers ont le pouvoir de décision donc de manigances. 

Ma réponse fut ferme et catégorique :

“Vous ne ferez aucune récupération politique sur des actions citoyennes d’intérêt général”, puis j’ai quitté le groupe WhatsApp de la ville mais pas le parti.

Je suis active dans toutes les associations dans lesquelles je me suis engagée. Experte en communication, je mets mes compétences au profit de l’intérêt général. Expertise qui se monnaye très cher dans le cadre de mon travail. Les parents d’élèves est un vivier d’experts. Professionnels de la santé, AESH, AVS, éducateurs spécialisés, enseignants, ingénieurs politiques, logisticiens, techniciens en tous genres et dans tous les domaines.

J’ai alors été élu représentante des parents d’élèves FCPE de la maternelle Romain Rolland et lors de mon premier conseil d’école, en présence d’un élu de la ville en charge de notre quartier, de la directrice et de deux autres parents élus, je vois encore rouge par ce que je venais d’entendre :

“Pour le projet d’école, on a choisi le VOCABULAIRE, car on ne va pas se voiler la face, ici il n’y a que des noirs et des arabes. C’est pour ça qu’il y a un déficit en vocabulaire.” 

Ces personnes ne devraient pas être à la place où elles sont. Elles managent leurs écoles et les enfants comme on manage les postulants d’une grande école de commerce. 

Depuis ce jour je suis appelée “le rouleau compresseur”. Je ne demande plus rien, à présent j’exige ! Je donnerai du respect lorsqu’on donnera du respect aux parents d’élèves dont je fais partie. Il ne serait même pas étonnant qu’un signalement me soit adressé un de ses quatre pour une chose sans fondement à l’encontre de mon fils. Je ne m’en fais pas car je sais qu’une équipe solide est derrière moi, nouveaux habitants comme anciens de la cité ou de la ville. Une solidarité extraordinaire entre les parents du groupe scolaire Romain Rolland, qui nous font confiance et nous sollicite régulièrement. Le débat est toujours ouvert sur les inquiétudes de chacun. Une permanence des parents a même été ouverte pour créer du lien à l’école primaire où on partage le café toutes les semaines.

  • Encore vous Madame Vesaphong ?? On vous a assez vu non ?
  • Ce n’est que le début, Monsieur le directeur, et vous allez me voir encore pendant très longtemps.

Ce type de propos, sous couvert d’humour, n’est jamais anodin. Je dérange…

Conseils d’école, réunion sur les travaux des écoles, manifestations, appels à la grève, soutien aux professeurs, témoignages, soutien aux parents, soutien aux enfants, droit à la dignité, autorité parentale, médecine scolaire, soutien scolaire, préventions, addictions, débats, recherche de financements, investigations, conseils municipaux, comptes-rendus, rédaction de tribunes, de mails, visite ministérielle, fracture numérique, protocole sanitaire, continuité pédagogique, création de logos, sondages, pétitions, banderoles, flyers, pancartes, photos, fils et groupes WhatsApp FCPE tous niveaux, inspection académique, recteur, réunions zoom soporifiques et interminables sur différents établissements, politique de la ville, conseil municipal des enfants, lectures interminables, intervenants académiques, dessins, rédactions de projets, opérations coup de poing, échanges et conférences avec des maires, des politiques, des associatifs de la Seine Saint Denis, demandes d’informations juridiques et ressources utiles, liens avec les médias…

Pour les parents d’élèves, c’est l’incident de trop. Jeudi 21 janvier, ils avaient justement organisé une opération « lycée désert » pour dénoncer les conditions d’accueil de leurs enfants dans cet établissement qui fait l’objet d’une rénovation. « Les travaux causent de grosses nuisances depuis plus de deux ans, pointe Manela Vesaphong, vice-présidente de l’union locale de l’association de parents d’élèves FCPE. Les entrées et sorties des engins de chantier ne sont pas sécurisées. En décembre, deux enseignantes ont failli se faire écraser. Ce lycée n’est pas du tout le sanctuaire qu’il devrait être pour les élèves : à savoir un lieu propice à l’éducation. »

https://www.leparisien.fr/amp/seine-saint-denis-93/lycee-en-chantier-a-epinay-colere-des-parents-apres-la-chute-d-une-vitre-sur-une-eleve-04-02-2021-8423193.php?__twitter_impression=true&s=08

C’est à ce moment-là, que ce dernier article dans le Parisien, au sujet du lycée Feyder, fait tache d’huile et fait couler de l’encre sur mes supposées motivations dans le groupe WhatsApp du bureau de l’union locale FCPE de la ville d’Épinay-sur-Seine. Accusations de tirer la couverture sur moi en se présentant comme porte-parole des parents d’élèves de toute la ville :

“ Donc on peut dire de la merde auprès des médias et se présenter comme vice-présidente de l’union locale de la ville ?? ”

Un pavé jeté dans la marre comme jetée en pâture dans la fosse aux lions par un parent que j’avais dû reprendre une première fois pendant une réunion zoom avec les membres du conseil local FCPE du Lycée Jacques Feyder, à laquelle j’ai pu participer en qualité de citoyenne engagée :

“Je vous rappelle, monsieur, que l’exclusion des parents non FCPE sur les discussions concernant le lycée va à l’encontre des valeurs de la FCPE, association des parents d’élèves à laquelle vous avez adhéré… » 

A ce moment précis, c’était la vice-présidente de l’union locale FCPE de la ville qui s’exprimait. 

Le président du conseil local de Feyder a soutenu mon propos avec bienveillance. Un parent très engagé et investi qui prône lui aussi le collectif et l’intérêt général et qui comme tous les parents FCPE du monde entier font du bénévolat et jongle entre vie privée, vie professionnelle et l’engagement prenant qu’il a pris au sein de l’établissement où vont ses enfants. Le soutien, les conseils et la plume mutuels ont fortement contribué à mon épanouissement. 

En décembre 2020, tout comme lui, je me suis présentée en tant que Vice-présidente. Mais au bureau de l’union locale FCPE de la ville d’Épinay-sur-Seine. Mes intentions verbalisées étaient celles de participer à toutes les discussions entre les représentants FCPE de la ville et toutes les institutions municipales, académiques, départementales, régionales, nationales et internationales. Fortement encouragée par les parents de mon groupe scolaire Romain Rolland ainsi que par mon collectif. 

Une raison très particulière les animait. Nous étions remontés. Dénigrement, censure, clientélisme, discrimination, prise à partie, récupération, menaces et gamineries ; le débat n’était pas ouvert, pire il y a eu départ et exclusion de parents et on a stigmatisé les parents élus du groupe scolaire Romain Rolland comme les fauteurs de trouble d’un ordre établi qui entretiennent des polémiques stériles. Nous dérangeons…

Un nouveau bureau de l’union locale s’est donc constitué après un vote quelque peu douteux avec une procédure particulière. Puis s’en est suivi un tour de table de présentation. Il a été décidé que serait établie une charte, lors de la prochaine assemblée, mais exclusivement à mon encontre qui mettrait une limite entre mes actions et mon engagement politique. Car c’est lors de ma candidature à la vice-présidence de la FCPE d’Épinay que j’annonçais publiquement et en toute transparence que je serais candidate aux prochaines élections départementales afin d’être à disposition des concitoyens et de pouvoir soutenir les acteurs éducatif, culturel ou social de mon 93, cher à mon histoire. 

Aberrant une nouvelle fois. Mais accepter, était le seul moyen de faire partie du game dont les règles étaient déjà établies. Je prends également en charge la communication et les outils numériques afin de permettre à tous les parents d’être au même niveau d’information.

La personne qui m’a invité à adhérer à la FCPE cet été est aussi adhérente et militante associative. Elle m’avait pourtant encouragé quelques mois auparavant, à m’affirmer politiquement en rentrant dans un parti afin d’être identifiée. Elle voyait en nous des militants écolos actifs qui pouvaient servir la cause des enfants mais surtout la cause des parents. Sachant que nous n’allions jamais refuser, elle a dirigé les deux seuls parents du collectif des FÉDÉRATEURS vers la présidente de la FCPE d’Épinay. Un personnage qui s’est trahi doucement en se réjouissant des embrouilles entre adultes. Je l’ai appris à mes dépends lorsque je me suis faite attaquer par une habitante de ma cité sur mes positions concernant le logement et l’urbanisation lors de la première réunion FCPE à L’Ilo autour d’un café. Cette dernière est revenue vers moi lors d’une permanence de parents et devant tout l’auditoire, elle demanda l’attention :

“Nous sommes parties sur de mauvaises bases et je tenais à m’excuser pour mes propos, car j’ai pu constater que tu fais énormément de choses engagées sur la ville pour l’intérêt général, qu’on ne peut que saluer.”

Avez-vous réussi à entacher mes combats ? Ma réponse à vos attaques est NON ! Bien au contraire, vous nourrissez et enrichissez ma motivation. Mes chaleureux remerciements dans cette grande aventure vont vers Sadia, Khaddouj, Sabrina, Bastien, Slimane, Mariama, Aziz, Elham, Nadia, Rodrigo et tous les parents d’élèves FCPE du groupe scolaire Romain Rolland. 

On est ensemble.

Manela Vesaphong, élue FCPE de l’école maternelle Romain Rolland et vice-présidente de l’Union FCPE d’Épinay-sur-Seine

*Photo by L-Picture