Newvoradio : Première question, pourquoi Narcis Prince ?

Narcis PrinCe : En 1987, le jeu de boxe « Punch Out » est sorti sur la console NES. J’avais été dégouté de devoir copiner avec un élève de mon collège qui l’avait pour pouvoir y jouer, et quand le deuxième est sorti sur Super Nintendo, je me suis jeté dessus. Narcis Prince était le premier personnage à affronter. C’est un roi de l’esquive qui ne supporte pas qu’on touche à son « magnifique-magnifique visage ». 15 ans plus tard, alors que je cherchais un nom, il est réapparu par magie et s’est imposé. Ma copine de l’époque s’était bien foutue de ma gueule d’ailleurs.

Depuis combien de temps fais-tu du rap ?

N.P : Comme tout le monde, j’ai « entendu » du rap pendant les années 90 et 2000, mais ça n’a jamais trop été mon truc. Je viens d’une famille de rockeurs, j’ai commencé la musique au collège par la guitare. Puis je suis passé au métal avant de bifurquer vers la scène gothique électronique. J’avais déjà sorti plusieurs albums et fait près d’une centaine de concerts en Europe quand j’ai commencé à écrire en français. Mais ça doit faire maintenant une dizaine d’années que je gratte des rimes.

Je trouve ton rap diffèrent de ceux qu’on peut entendre d’habitude, comment le définirais-tu?

N.P : Effectivement, je pense que mon rap se classe dans une catégorie particulière, ce qui est de plus en plus visible alors que le temps passe. Je privilégie les patterns multy-sillabiques, les allitérations et les références littéraires, mon rap est davantage écrit que parlé. Je me considère plutôt comme un auteur que comme un MC, je ne suis pas très expansif et prendre le micro en public pour amuser la foule ne m’a jamais attiré. Cependant, il m’arrive aussi de péter un plomb créatif et de partir dans des délires étranges, mais il ne faut pas oublier que c’est avant tout un goth qui fait du rap.

Est-ce que c’est ton activité principale ? Ou juste un hobbie ?

N.P : C’est vraiment un hobbie, il peut se passer des mois sans que je note la moindre phrase mais j’accumule des idées pendant ce temps que je réemploierai le moment venu. Mon prof de français en 1ere L m’avait dit : « Vous n’arriverez à rien comme cela M. Prince, vous êtes un dilettante ». Il n’avait pas totalement tort mais je ne m’en sors pas si mal. En tous cas, mes vidéos ont plus de vues que les siennes.

Qu’est-ce que tu fais d’autres dans la vie ?

N.P : En dehors du taf, je fais principalement de la musique. Je viens de sortir un clip électro-trap-goth en même temps que je bosse avec quelques têtes fraiches sur les prochaines vidéos de rap tout en finissant avec mon frère un album de death-metal dans lequel je suis également à la voix. Sinon, je pose des chromes et je skate la mini quand il fait beau. Et je joue à SF5, mon Birdie est gold, je suis fier.

Combien d’albums as-tu et quel est le dernier ?

N.P : Pour le moment, j’ai sorti 6 albums. C’était assez facile il y a quelques années en arrière, les pressages se vendaient encore, notamment parce que les gothiques sont fétichistes. Et le fait d’être signé ou d’être distribué par des labels étrangers ouvrait des perspectives. J’ai principalement œuvré dans cette scène mais le dernier album que j’ai sorti est « L’empire des passions tristes » de NarCis PrinCe.

De quoi parle ton dernier album ?

N. P : De télé-réalité, de littérature, de batailles d’ego et d’ennui profond. C’est un EP composé et mixé par Amir Kcarter, un des membres fondateurs de Turntabl’East, une association historique du hip hop dans l’est de la France. On s’est rencontré par hasard, le courant est bien passé, j’ai aimé son taf, il a aimé ma plume et après six mois de travail intense on avait quelques titres bien denses. Il est en écoute sur Bandcamp.

As-tu déjà fait des concerts ?

N. P : Comme je te l’ai dit, j’ai fait une centaine de concerts en Europe lorsque j’étais étudiant. J’ai joué à Berlin, à Prague, à Paris, Bruxelles, Londres, Genève. On tournait énormément à l’époque mais les situations changeant, je me suis montré de moins en moins intéressé.  En revanche, je n’ai jamais fait de concert de NarCis PrinCe. Pas la peine de venir plomber l’ambiance, laissons les gens s’amuser, ca ne m’intéresse pas.

As-tu deja beaucoup de fans?

N. P : Difficile à dire mais c’est plus facile de racoler de nos jours. Va sur snap si tu veux des vues. En tous cas, les artistes qui tapinent se flag’ à cent mille. Vouloir d’être une star , ça n’a jamais été ce que je cherche.

Ça t’est déjà arrivé de te faire reconnaitre par un de tes fans dans la rue ?

N. P : Oui effectivement, vu que je bosse avec des jeunes et qu’ils passent leur vie sur YouTube, je me suis fait souvent démasquer plus vite que je le pensais. Et dans des endroits parfois surprenants. Mais le plus drôle en général, c’est lorsque les rumeurs qui circulent sur toi te reviennent aux oreilles. C’est comme ça que j’ai appris que j’étais le frère de Grems ou qu’avant j’avais apparemment été un célèbre youtubeur spécialiste d’air soft. Je me demande qui a pu sortir ces conneries.

Quel est ton dernier clip et de quoi il parle ?

N. P : C’est un morceau sur l’attente de reconnaissance et le désir qu’ont les gens de vouloir être connus et reconnus pour ce qu’ils font. Ok, ils savent qu’ils sont exceptionnels et admirables, mais parfois ils arrivent à en douter et finissent par avoir besoin de se rassurer en cherchant une confirmation dans le regard des autres. C’est l’avènement des psychopathes. Et comme je le disais, avec les réseaux sociaux, rien n’est plus facile que de s’afficher et de mendier l’attention, donc en plus si t’as du fric, tu peux te payer la promo, les clips, les collaborations qui te donnent une légitimité… c’est gagné. C’est moche pour les gamins qui gobent ça…

En général, le public s’en bat complétement mais en étant actif dans plusieurs scènes musicales, j’ai constaté que c’était assez généralisé, tant chez les goths que dans le métal ou le rap.

Ça s’appelle « Le roi des gothiques » et ça explique comment un pauvre type, à force de sucer, pense avoir inventé le chewing-gum.

Quel est le commentaire d’un de tes clips dont tu te rappelles le plus ?

N. P : Il y en a plusieurs mais l’un des plus marquants m’expliquait que j’étais un sale petit gauchiste qui allait bientôt payer parce que l’heure du jugement approchait. Ça doit dater de 2005, j’attends toujours….

Sinon, je n’ai jamais pris le temps de répondre à son commentaire alors « oui Hajar, c’était bien mon chien dans la vidéo. »

As-tu déjà une idée quel sera ton prochain clip ?

N. P : Tout est possible, je bosse sur plusieurs projets actuellement, donc ça dépendra du planning, de la météo, de la disponibilité des gens. J’aime bien tout faire moi-même donc je me permets de suivre mes envies sans aucune obligation. C’est pour ça que tu peux être certain que quand je fais quelque chose, je le fais avec le cœur.

Merci à toi Narcis PrinCe pour l’interview et bonne continuation.