C’est l’indignation dans les quartiers populaires d’Épinay-sur-Seine

C’est l’indignation dans les quartiers populaires d’Épinay-sur-Seine

À la base c’est une ville calme où il y a un peu de trafic, un peu de deal comme partout mais les tensions répétées à cause de nouvelles attaques contre des habitants à Épinay-sur-Seine qui dénoncent une nouvelle nuit de violences policières font couler de l’encre et de la manière la plus aberrante possible. On se dit qu’on voudrait déposer plainte mais, aucune personnalité politique, ni le ministre de l’Intérieur, ni les maires, ni les députés ne condamnent ces actes. D’aucun ne qualifie de répréhensibles ces menaces clairement établies. Pire, ils soutiennent totalement et publiquement les policiers que nous accusons de violences et dont les visages et les noms ont été affichés. Ils profitent parce qu’ il n’y a plus de caméras, pour frapper et humilier les habitants des quartiers populaires gratuitement. Ils justifient la destruction de nos barres d’immeubles en nous rendant coupable du manque de sécurité publique alors que la planification a déjà été décidée des années en arrière avec le plan de rénovation urbaine. Sécurité pour qui ? Nous y vivons nous-même ! 

Les pouvoirs publics et les médias  complices décident à notre place de ce que le monde extérieur doit avoir comme jugement ou appréciation de notre propre condition de vie ! Nous nous faisons impunément victimiser ; et rien avoir avec la “ victimisation ” que les bien penseurs aiment tant nous balancer en pleine face.

Ce ne sont pas des scènes inédites, la Seine Saint Denis est le département le plus criminogène de France concernant les violences policières. Il nous faut bien du courage pour supporter ça au quotidien. C’est une impasse, un coupe gorge. Une guerre de territoire. Les forces de l’ordre estiment que ce sont leur territoire et qu’ils y ont toute puissance et tous les droits. Où sont donc les gros coups de filets de tonnes de drogues que la police a réussi à démanteler ainsi que leurs têtes de réseaux ? Il y fantasment des points de deal importants, des trafics de cannabis importants, mais ils nous voient juste d’un mauvais œil, ils nous stigmatisent. Ces forces de police qui viennent avec acharnement nous provoquer. Ces criminels n’hésitent pas à tirer sur les habitants pour les blesser grièvement ou pour les tuer ! On nous assaille constamment :  lampes torches, matraques, LBD, tirés au flashball à hauteur d’homme, menaces, insultes, violentés, braqués, tirés en dehors de nos domiciles, tapés contre les murs et blessés à sang. Ils tabassent des mères au domicile familial pendant qu’ils étranglent leur fils. On entend juste crier on n’a le temps de rien faire. 

Ces comportements mettant en danger nos proches est une honte. Nous devons être protégés car nous sommes aussi les enfants de la République. Ils nous protègent de quoi exactement ? Les vols de portables sont classés sans suite au même titre que les violences conjugales et les menaces entre voisins. Et les outrages et les insultes et menaces des policiers en direction de la population, n’en parlons même pas !

Il y en a eu des blessés et des morts parmi nous et à cause d’eux. Et nous, sommes-nous des tueurs de policiers ? “C’est un miracle qu’il n’y ait pas plus de morts à déplorer” commente une habitante de la ville. On est toujours une bonne dizaine à se faire contrôler dans chaque quartier populaire de la ville ; ils reviennent presque tous les jours. Ils ont appelé ça “opération de sécurisation”. Nos noms et prénoms sont marqués sur des clichés volés sur snapchat, facebook et d’autres réseaux. Ils nous les balancent à la figure en signe d’actes d’intimidation à partir de leur portable. “Je t’ai à l’œil, je te connais, j’ai ta photo, ton nom de famille” avec un sourire narquois et provocateur. 

Nous n’accepterons plus jamais que l’on nous jette en pâture et que l’on nous menace par ceux qui sont censés nous protéger.

On a fait une enquête afin d’identifier les individus les plus violents et on a fini par trouver . Alors une nuit, des photos de policiers provenant de Facebook et mentionnant leurs noms et prénoms ont été découvertes, imprimées sur des feuilles A4 et placardées sur les murs dans un hall d’immeuble par les policiers eux-mêmes. Il y a 2 policiers qui ont été personnellement visés comme le montre les photos. Ce n’est pas des représailles c’est pour montrer que eux connaissent nos adresses et nous aussi on connaît leur vie pour qu’ils arrêtent leurs provocations. 

Mardi, on a mis en place un guet-apens avec un feu de poubelles. On savait que les pompiers allaient intervenir accompagnés d’une patrouille de police. les pompiers ne sont jamais notre cible c’est l’appât pour attirer la police. Ils font partie des dommages collatéraux dès l’instant ou ils décident de rester ils savent à quoi ils s’exposent. Ils laissent les poubelles brûler les jours de l’an, ça ne leur pose pas de problème. D’ailleurs ils se sont fait eux-mêmes tabasser par la police comme lors de leur dernière manifestation. On est toujours là pour leur rappeler. Comme les soignants, les gilets jaunes, les migrants et les étudiants. 

Vendredi, on a visé une patrouille de police avec des tirs de mortiers d’artifice et des projectiles du haut des toits d’immeubles, des bouteilles de verre et trois cocktails Molotov, rapporte un habitant exaspéré. On a réussi à s’enfuir et les forces de l’ordre avaient retrouvé dans les parties communes des mortiers d’artifice et des morceaux de parpaings qu’on a dû laisser sur place.

Trois habitants, âgés de 16, 17 et 19 ans ont été placés en garde à vue pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, rébellion et participation à un attroupement armé. C’est leur violence qui a appelé la nôtre , la détermination s’est mélangée au désespoir. Pour l’instant, les habitants tiennent, mais jusqu’à quand ? On n’est pas d’accord avec tout ça. Il y en a marre, tout le monde est révolté ! Mais comment nous faire entendre quand personne ne nous écoute ? 

On est totalement solidaires avec les quartiers populaires. C’est révoltant pour l’intégrité psychologique des habitants. Et ce que disent tous les habitants des quartiers populaires c’est qu’il n’y a jamais de fumée sans feu alors samedi, tout s’est embrasé. 

Témoignages recueillis par Manela Vesaphong

*Photo de #ShootbyAlma