Les nouvelles technologies s’immiscent progressivement dans le monde de la mode. Une révolution se met doucement en marche avec l’impression 3D qui, bien qu’encore en tâtonnement, annonce la possibilité d’un nouveau système et de profonds changements.

Notre quotidien est inondé de technologies censées nous aider dans nos tâches et le monde de la mode n’y échappe pas. Les nouvelles technologies s’introduisent de différentes façons et à différents niveaux, encore de façon marginale, mais elles sont la promesse d’un immense champs de possibilités.

Une nouvelle conception du vêtement: une mode futuriste

Les nouvelles technologies proposent une alternative dès la fabrication et la conception même du vêtement. L’une des premières pièces conçues en impression 3D est une robe, pensée pour et présentée par l’artiste burlesque Dita von Teese, en 2013. Elle est faite de plusieurs morceaux assemblés peints en noir et recouverts de cristaux swarovski. Très médiatisée, elle ouvre le bal des innovations.

Robe 3D

L’imprimante 3D est créée dans les années 1980 mais ce n’est que récemment que son utilisation se popularise. La fabrication consiste en la superposition de fines couches jusqu’à l’obtention d’une forme tridimensionnelle déterminée au préalable via ordinateur. L’impression se fait en une fois et en un bloc. Elle permet de créer des volumes complexes, des objets sans structure interne, permettant une plus grande liberté dans la création.

Certains couturiers utilisent cette technique dans leurs collections Haute-Couture et prêt-à-porter comme Iris van Herpen, couturière néerlandaise très avant-gardiste.  De formation d’architecte, elle travaille énormément avec les nouvelles technologies  et ce dès 2010. Chacun de ses défilés est le fruit d’une réflexion, la création de tout un univers. Alliant tradition et nouveauté, elle s’intéresse aux nouveaux matériaux, emploie la 3D sans négliger la technicité du travail manuel. Elle a même créé des costumes imprimés en 3D pour le ballet de Benjamin Millepied « Clear, loud, Bright, Forward« , présenté à l’opéra Garnier. L’impression 3D s’immisce partout.

Iris Van Herpen

Iris van Herpen - Millepied

Par la liberté de création, les couturiers explorent et osent plus. Il y a ainsi le développement d’une esthétique parfois très futuriste. De nouvelles silhouettes sont proposées, de nouveaux champs explorés.  C’est le cas de Jim Chen Hsiang Hu, originaire de Taiwan et formé à Londres. Il propose une collection basée sur une même couleur, le rouge, « un basique de la mode » selon lui. Il préfère travailler sur la matière, la texture et propose ainsi une collection certes différente de celle d’Iris van Herpen mais dans la même idée, c’est-à-dire qu’elle associe nouveauté et tradition en travaillant de nouvelles matières, avec l’impression 3D de manière traditionnelle, jouant sur la coupe et la silhouette.

Jim Chen Hsiang Hu

jim chen hsiang hu

Une autre créatrice s’est essayée à l’exercice : Danit Peleg. Elle créé en 2015 une collection de prêt-à-porter entièrement en 3D, de la veste aux chaussures, imprimable à la maison et ce, dans l’idée d’une mode accessible à tous. Les pièces sont colorées, innovantes mais je ne sais pas pour vous mais je préfère ma veste sans trou et que ma jupe ne montre pas ma culotte. Le « prêt-à-porter » n’est ici pas vraiment prêt à être porté. De plus, l’impression prend beaucoup de temps: 20 heures pour l’équivalent d’une feuille A4 de textile en moyenne. Néanmoins, l’idée de pouvoir imprimer sa tenue à la maison est très tentante et pratique, ou encore de voyager sans bagages et d’imprimer ses vêtements qu’une fois à destination et selon ses besoins, comme le mentionne la créatrice dans la vidéo de présentation:

Le possible retour du sur-mesure

Dans le domaine du sport, les marques reines se penchent sur la question depuis quelques années déjà. Le dernier coup de force vient d’Adidas qui à l’occasion des Jeux Olympiques de Rio a offert des baskets entièrement réalisées en impression 3D aux athlètes sous contrats avec eux.

L’idée a été proposée d’un service en magasin permettant d’avoir des baskets sur-mesure mais encore qu’à l’état de projet. Le client entre dans la boutique, scanne ses pieds et sort avec une paire adaptée à la forme de son pied et à sa démarche, dans les couleurs de son choix. Cette technique est ainsi l’occasion du retour du sur-mesure, applicable également au vêtement: il suffit d’imprimer un même modèle, adapté aux mensurations de chacun. Les tailles actuelles sont standardisées et forcément, ne sont pas adaptées à toutes les morphologies. Exemple: qui n’a jamais eu ce souci de pantalon trop large à la taille mais serré aux cuisses?

basket Adidas 3D

Bien que prometteuse, l’impression 3D montre encore bien des limites: impressions longues, coûteuses, pas adaptées à tout le monde… Dans l’état actuel des choses, elle est envisageable pour l’impression de moules pour les accessoires comme les lunettes, les fermoirs de sac, des bijoux ou pour les accessoires mêmes, tant que les proportions sont plutôt petites.

Dans le cadre du vêtement, il est difficile d’envisager sérieusement les critiques de ceux accusant l’imprimante de supplanter l’homme. Sa place est primordiale, nécessaire car ce qui est imprimé en 3D a plus un rôle de parure, d’une structure qui s’élabore sur une base textile, comme une carapace. Et quand bien même, un textile est imprimé via la 3D, l’intervention d’un ou une couturier – ère est nécessaire pour la coupe et l’assemblage. C’est dans cet équilibre que s’inscrit Iris van Herpen déjà mentionnée. Comme le montre la robe ci-dessous, la robe se pare d’une structure telle une côte de maille qui complète la tenue.

Iris-van-herpen

La possibilité d’une mode durable

Un avantage non négligeable de l’impression 3D est la possibilité d’inscrire la mode dans un cycle durable. Actuellement, l’industrie de la mode pollue énormément, de la culture du coton impliquant de nombreux produits chimiques au traitement en usine, sans compter les transports d’un continent à l’autre et les délocalisations.

Dans le rejet des matières animales, les chercheurs développent progressivement des alternatives avec des matières imitant le cuir. Cela éviterait la pollution dû à l’élevage intensif mais aussi et surtout d’éviter de tuer des animaux innocents pour le plaisir d’avoir de belles chaussures ou un élégant portefeuille. L’impression 3D permettrait donc d’éviter ou du moins réduire l’impact de l’industrie sur l’environnement et l’Homme.

vaches

Une petite pensée à Marguerite et Marcel la prochaine fois que vous achetez une veste en cuir <3

L’impression 3D a ouvert un champs de possibles qui touche aussi bien la science, que l’art et le design. C’est un outil, un complément au service de la mode et non le remplaçant de l’Homme. Elle peut être un moyen de faire évoluer la mode dans sa forme mais aussi dans son fond, changer le système lui-même pour l’inscrire dans le développement durable. Mais pour cela, il reste encore de nombreux défis à relever…