Une game jam est un événement qui rassemble des férus de jeux-vidéo, qui doivent constituer une équipe et développer un jeu-vidéo en deux jours. Pour mieux comprendre ce genre d’événements, nous avons assisté à la Global Game Jam de l’école parisienne ISART Digital, du 26 au 28 janvier. À la clé, pas de prix ni de classement : juste l’expérience et la satisfaction d’avoir mené un projet à bien. 

(c) Global Game Jam – ISART Digital

Etape 1 : Choisir son équipe

Le premier soir de la Global Game Jam, tous les participants se réunissent dans une salle de réunion. Une vidéo d’introduction de l’événement dévoile le thème du week-end : transmission. Le but, c’est de prendre cinq minutes pour préparer une idée à présenter, puis  de recruter pour former son équipe.

Le participant que nous suivons s’appelle Théo. Cet étudiant en game design n’en est pas à sa première jam et voit déjà les erreurs que font les débutants. Chaque leader monte sur la scène pour présenter son projet. Les idées fusent et plusieurs concepts autour de la transmission se forment : transmission de l’oxygène, de maladies, d’informations entre joueurs, d’ondes…

Une fois que tous sont présentés, les participants vont chercher leurs recrues autour de pizzas fournies par l’école. Quant à Théo, il ne trouve qu’un seul coéquipier pour son projet, mais ne se débine pas et décide de le faire en binôme avec un développeur, Arthur. Il ne leur manque plus qu’un sound designer, et ils se passeront de graphistes.

Les erreurs à ne pas faire :

– Avoir plus de game designers que de développeurs !

– Constituer un groupe avec plus de 7 personnes.

(c) Global Game Jam – ISART Digital

Etape 2 : Imaginer le jeu-vidéo

Une fois que les panses sont remplies et les équipes formées, chacun va s’installer dans les salles de cours, préparées pour l’occasion. D’ailleurs, deux étages entiers sont réaménagés pour le confort des élèves : deux grandes salles pullulent de matelas prêts à être utilisés, il y a un vestiaire et un espace de repos avec fruits et boissons en accès libre.

Après avoir donné un embryon d’idée, l’équipe doit déterminer les contours de leur projet : quel genre de jeu faire ? 2D, 3D ? Combien de niveaux, quel type de gameplay ? C’est là que les ambitions s’adaptent (normalement) aux capacités de chacun. Certains groupes ont presque dix participants et l’organisation s’annonce compliquée. À côté, notre binôme marque un certain décalage. Certains sont partis pour une soirée de travail, d’autres pour une longue nuit.

De leur côté, Théo et Arthur ont déjà déterminé leur planning sur la soirée : ils commencent à travailler sur le prototype de leur jeu et s’en iront de l’école à 23 heures alors que d’autres entameront une nuit blanche, plus motivés que jamais.

Les erreurs à ne pas faire :

– Prévoir un projet trop ambitieux

– Oublier de s’imposer des deadlines

(c) Global Game Jam – ISART Digital

Etape 3 : Produire !

Quand nous arrivons à ISART le samedi matin, les visages sont bien plus variés que la veille. Nous approchons un groupe qui semble fatigué. Lucas nous avoue : « Nous avons passé la nuit à programmer, on a un peu de mal à tenir. » D’autres craquent et vont dormir.

De notre côté, Théo et Arthur reviennent frais de leur nuit et reprennent la programmation de leur jeu. Leur prototype est à deux heures d’être terminé, à quelques bugs près. « On devrait avoir fini à midi », nous explique Arthur. Il ajoute, en montrant les groupes autour d’eux : « On voit les gens qui font les erreurs de débutants : ils ont pas dormi et ils n’arrivent plus à être efficaces. On a fait les mêmes erreurs la première fois ! ».

La journée du samedi est donc très longue pour certains. Les participants sont concentrés et l’activité est à son apogée dans la salle de repos. Les cafés et les siestes s’enchaînent. Théo et Arthur terminent leur prototype l’après-midi et vont chercher leurs camarades pour faire quelques playtests. Malgré la compétition, l’entraide est très présente entre les différents groupes.

Quand la nuit arrive, cette fois, tout le monde (ou presque) va dormir. « Ceux qui font l’erreur de ne pas dormir la première nuit ne peuvent pas tenir le samedi », affirme Arthur. « Mais ceux qui ratent leur nuit du samedi s’en sortent mieux, en général ». Leur propotype terminé, ils partiront aussi tôt que la veille, après une journée ultra-productive.

Les erreurs à ne pas faire :

– Ne pas dormir !

– Faire les choses trop vite et se retrouver avec plein de bugs.

(c) Global Game Jam – ISART Digital

Etape 4 : Terminer le jeu et le faire tester

Au dernier jour de production, le dimanche 28 janvier, la tension monte dans les locaux de l’ISART. La soumission des jeux-vidéo doit se faire à 15 heures, pas plus, sur le site officiel de la Global Game Jam. Nous voyons des groupes qui se sont déjà dissous, même si certains participants irréductibles continuent seuls sur un projet en déroute.

Du côté de Théo et Arthur, le stress paraît inexistant. Le groupe est fin prêt pour l’intégration son, avec le sound designer qui gravite autour de plusieurs projets. « La Jam se passe trop bien pour être normale ! Notre concept est simple et on l’a déjà fini », s’enthousiasme Théo. Comme quoi, l’expérience paye en Jam. Ils ne sont pas les seuls à être des habitués : nous rencontrons un groupe qui s’était déjà formé avant la Jam, les participants ayant entre 3 et 10 ans d’expérience déjà. Leur jeu est étonnamment propre et avancé. « Nous sommes des anciens collègues, pour certains. Nous aimons nous retrouver en Jam, car ça nous permet de terminer un projet, alors que dans la vie, nous travaillons sur notre jeu pendant plus d’un an… » nous expliquent-ils. Pour ces développeurs indépendants, la Jam est une bouffée d’air frais.

Le dimanche après midi, est le moment le plus convivial de la game jam. Une fois que tous les projets sont soumis, chaque groupe garde un ordinateur d’allumé avec le jeu-vidéo nouvellement créé prêt à être testé. Chaque jeu est indiqué par un ballon accroché à la table. D’un autre côté, les groupes qui n’ont pas réussi leur projet remballent leurs affaires et s’en vont avec un goût amer. Les autres restent pour tester les projets des autres, malgré la fatigue après un week-end productif. Les jeux sont incroyablement variés : il y en a même un qui a été développé à l’aide de pâte à modeler, et un autre qui illustre la transmission d’une façon… étonnante.

Les erreurs à ne pas faire :

– Ne pas oser montrer son jeu

– Partir avant de tester les projets : c’est l’un des meilleurs moments !

En conclusion, réussir une Game Jam, c’est quelque chose qui s’apprend : les erreurs de débutant se retrouvent dans plusieurs groupes. A contrario, tout passionné de jeux-vidéo peut trouver sa place dans une équipe ; il n’y a pas besoin d’être expérimenté pour y participer, mais il faut beaucoup de volonté et de créativité !