« Twee : artificially attractive or too perfect »

Twee, c’est quoi?

L’esthétique Twee voit le jour dans les années 1970-1980, dans les milieux artistiques indépendants. Au départ, le terme désigne des productions musicales proches de l’indie-pop, teintées de naïveté et d’une certaine nostalgie, loin de la mode Punk qui envahit alors l’Europe. Le mouvement artistique peine à conquérir les milieux artistiques indépendants dont il est issu, renforçant la définition péjorative du terme Twee, par lequel il est désigné. Le Twee connaît ensuite un regain de popularité dans les années 2000-2010 et s’étend à la mode jusqu’à en devenir un mode de vie, selon certains journalistes et experts. L’une des premières choses à savoir, c’est qu’au départ, les Twee ne se qualifient pas comme tel, chacun est donc libre de se revendiquer comme étant Twee ou non, qu’il soit homme ou femme. Les Twee mettent en avant une esthétique rétro, enfantine et aseptisée. Ils prônent la gentillesse, l’expressivité et la légèreté teintée de nostalgie. Le Twee est facilement assimilable au Kawaii, qui est une tendance bien installée au Japon.

Un Culte du faux?

Le stéréotype du Twee aime la pop 70’s édulcorée, les cupcakes, les petits animaux mignons, les vêtements régressifs et les décors pittoresques. Si le monde idéal des Twee, habilement relayé sur les réseaux sociaux s’apparente à un monde tranquille aux airs de films de Wes Anderson, il faut se rappeler que cet univers est intégralement construit et se donne volontairement des allures d’authenticité, constituant ainsi une alternative au monde que nous connaissons. Certains reprochent d’ailleurs aux Twee de s’enfermer dans un monde de bisounours, d’être immatures, inconscients de la dure réalité qui les entoure et hypocrites dans leur promotion de la bienveillance. Si les Twee assument le fait de vouloir recréer un univers édulcoré, teinté de nostalgie et de l’émerveillement caractéristique de l’enfance, sont-ils réellement inconscients du monde qui les entoure? Il est en effet plus plausible de penser que les Twee, en se construisant ce style et cet univers, contestent la violence du monde qu’ils connaissent de façon ultra-pacifiste et excessivement colorée.

Quant à leur gentillesse extrême, il est difficile de croire que les Twee soient gentils continuellement, toutefois, le fait de tenter d’insuffler davantage de bienveillance dans notre société ne peut être qualifié de simple « hypocrisie ». De même,le mouvement peut paraître aux antipodes du féminisme pour certaines militantes, puisque le style est genré et que les modèles Twee sont des Manic Pixie Dream Girls, c’est-à-dire une héroïne cinématographique légère, mutine et quelque peu étrange, dont le seul rôle est d’aider le héros torturé à retrouver sa joie de vivre. Toutefois, la tendance Twee propose un idéal masculin alternatif, se rapprochant davantage du « nerd » que du stéréotype de l’idéal masculin, permettant ainsi à certains hommes de s’identifier à des modèles de façon positive. Enfin, si la plupart des journalistes et des experts assimilent la tendance Twee à un phénomène purement générationnel, il est essentiel se rappeler que celui-ci est né dans les années 1980 et reprend des codes qui existaient bel et bien avant les années 2010. Ainsi, le « twee parfait » serait adepte des pantalons chinos, de chemises rétro voire « ringardes » sous un pull, avec ou sans manches et particulièrement sensible aux passe-temps atypiques: en bref, c’est un nerd. La « twee parfaite », quant à elle, serait friande de robes à frous-frous, de couleurs pastels  et de formes rétro assurément 60’s et champêtres.

To be Twee or not to be…

Si la tendance Twee a été éphémère et que peu de gens savent aujourd’hui ce que le mot signifie, la mode actuelle a gardé des traces de cette tendance.  En effet, les tendances liées au DIY et à l’artisanat, ainsi que les vêtements vintages, si elles n’ont pas été développées mais adoptées par les Twee, sont tout à fait ancrées dans nos habitudes. En soi, que ce soit dans l’attitude, les habitudes ou les vêtements, il n’est pas difficile de se reconnaître dans cette tendance car nous partageons un désir commun: celui de mieux vivre, de façon plus paisible. Evidemment, on ne peut-être intégralement Twee, mais cela ne vous empêche pas d’aimer les cupcakes, les pulls de grand-mère/grand-père, la nourriture artisanale, l’indie-pop et les petits animaux. Cela ne vous empêche pas non plus, à certains moments, de vouloir répondre aux violences symboliques ou réelles, auxquelles nous sommes tous confrontés au quotidien.

En soi, le terme « Twee » en tant que tendance et mode de vie est assez indéfinissable, car tout le monde est Twee sans l’être. Vous pouvez porter des pantalons chinos, des robes désuètes et être « nerd » sans pour autant aimer l’artisanat et être bienveillant, voire enfantin. On peut penser que c’est la raison pour laquelle le mouvement Twee a été aussi éphémère, car c’est une micro-tendance qui ne correspondait à aucun événement clé, s’inscrivant simplement dans son temps, qui permet aux gens de s’identifier à une partie de la tendance sans y adhérer complètement. Si certains ont le courage de rentrer dans la peau du « twee parfait », celles-ci peuvent être assimilées – à tort – aux styles « Kawaii » ou « Preppy », qui bénéficient de plus de représentations et font pleinement partie de la culture populaire, tandis que le twee conserve cette aspect de microcosme minoritaire.

Cette tendance, si elle constitue une réponse pacifiste et intéressante au monde dans lequel nous évoluons, nous laisse un sentiment d’inachevé et d’inexplicable qui, additionné aux facteurs énoncés plus haut, a mené à son essoufflement: pour preuve, plus personne n’utilise le mot « twee » en France et peu de gens savent à quoi il réfère.