Avant les mods, les rockeurs et les punks, il y avait les Teddy Boys. Aussi appelés « Teds », ce sont les premiers à initier une subculture adolescente au Royaume-Uni, dans les années 1950. Ce sont également les premiers agitateurs que le Royaume-Uni a connus après la Seconde Guerre mondiale. On vous propose un zoom sur ces jeunes, à la fois victimes et bourreaux de l’après-guerre. 

La naissance des Teddy Boys

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Les adolescents de l’époque ont connu la guerre et les bombardements. Ils ont côtoyé la mort et vivent dans un pays portant encore les stigmates de la Seconde Guerre Mondiale, faisant de ces jeunes les victimes et les témoins de l’une des pages les plus sombres de notre histoire. Les Teds sont issus de la classe ouvrière et se retrouvent alors traumatisés, en colère et sans réelle perspective d’avenir. Beaucoup d’entre eux décident de se déscolariser et de travailler à l’usine, en signe de mépris pour les institutions traditionnelles telles que l’école. Ils dépensent leurs salaires dans les Coffee Bar, les cinémas, les concerts de rock’n’roll et les vêtements.

Ces adolescents adoptent la coiffure « banane » en vogue à l’époque, investissent dans des cravates western, des vestes édouardiennes – d’où ils tirent leur appellation -, des chemises extravagantes et des creepers, alors reliées à la culture gay. Tout comme les Sapeurs, que nous avons évoqués précédemment, les Teds investissent le langage en inventant leur propre argot, jouent avec les codes et investissent l’espace public – leur quartier de prédilection étant Elephant and Castle, à Londres –. Or contrairement aux sapeurs, les Teddy Boys n’exercent aucune fonction de divertissement et sont plus connus pour être violents, racistes, xénophobes et misogynes.

Violence et contestation

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Les Teddy Boys occupent une fonction de contestation – des institutions, de leur condition et de la société d’après-guerre en général – et de répression des « minorités ». Si des groupes de Teddy Girls existent, elles intègrent rarement les bandes masculines souvent misogynes, qui constituent la majeure partie du mouvement, et demeurent de ce fait en marge du mouvement. Ces derniers n’hésitent pas à brutaliser la population afro-caribéenne, récemment arrivée sur le territoire anglais sous l’impulsion du gouvernement qui souhaite reconstruire le pays au plus vite. Cette haine de l’autre mènera à des émeutes raciales de Nothing Hill en août 1958, qui mèneront à la création du Carnaval de Nothing Hill créé en réponse à ces événements. Les rues anglaises deviennent ainsi le théâtre de viols, de violences racistes et de bagarres armées.

Tout, dans leur look et leur attitude provocatrice leur confère une image de « bad boys » aux yeux de la société, qu’ils cultivent en créant la peur autour d’eux.
Vous l’aurez compris, être un Teddy Boy, c’est cultiver un style, une attitude et un mode de vie. Ils se reconnaissent et se regroupent grâce à leur look travaillé, et se rejoignent sur leurs idées, sur leur colère face au monde et à la société que la guerre leur a laissés. On peut assimiler les Teds aux « bandes de jeunes » d’aujourd’hui, qui se reconnaissent par le langage, le style, la façon de penser et d’exister en groupe. Ils jouent sur la controverse et la violence en l’intégrant à leur quotidien, dans un monde qu’ils n’acceptent pas. Malgré son aspect controversé, les Teddy Boys connaissent un regain de popularité dans les années 1970 et ont inspiré plusieurs générations d’adolescents après eux.

Vous souhaitez en savoir plus sur les Teddy Boys ? Consultez les sources suivantes :
Opnminded – « Lames de rasoir et Teddy Boys, la Subculture des 50’s »
Le Bonbon – « Tendances d’antan #2 : Teddy Boys à Londres en 1950 »