Souvent réduite à sa fonction de divertissement, la sapologie et ses motivations demeurent méconnues et sont parfois noyées sous un sensationnalisme et des préjugés réducteurs qui en occultent l’aspect contestataire. On vous propose aujourd’hui un bref retour sur la SAPE en tant que contestation, loin des préjugés et du désormais célèbre « Sapé Comme jamais », c’est promis.

D’où vient la SAPE?

Concrètement, les origines de la SAPE –  Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes – sont difficiles à déterminer. Son histoire repose essentiellement sur une mythologie créée par les Sapeurs eux-mêmes. Cependant, on sait que la Sapologie est née dans les années 1960 au Congo, en pleine période d’instabilité politique. Elle a été popularisée par trois chanteurs: King Kester Emeneya (1956-2014), Papa Wemba (1949-2016) et Koffi Olomidé (1956-).

Dans les années 1960, l’accumulation de vêtements de luxe importés d’Europe est une réponse directe à la politique de Mobutu Sese Seko. En effet, le dictateur impose le col Mao gris à ses concitoyens, qu’il soumet à une uniformité forcée dans une politique « retour aux sources ». Les sapeurs, par leur apparence, contestent cette uniformité ainsi que la politique de Mobutu dans son ensemble.

Lorsque la dictature prend fin, les institutions culturelles se font rares et la jeunesse se retrouve sans perspective d’avenir. Les sapeurs commencent alors à occuper une fonction de divertissement, au détriment de leur fonction contestataire. En France, la sapologie s’implante dans les années 1960 – 1970, avec l’arrivée d’immigrés et travailleurs Congolais.

La SAPE en France

La sapologie française se développe en partie en réponse à la situation d’immigré « standard », imposée non seulement par la société Française mais aussi par la société congolaise. D’un côté, nous avons la société française qui attend des immigrés qu’ils soient « discrets », qu’ils passent inaperçus et se contentent du strict minimum. De l’autre, nous avons la société Congolaise outrée par la SAPE, qui attend des personnes en immigration qu’elles apportent une aide financière à leur famille et investissent leur argent dans la construction d’un avenir au Congo. Les Sapeurs rejettent ces attentes liées aux immigrés africains dans les deux sociétés : le vêtement de luxe incarne le refus de la pauvreté, du travail manuel, d’un avenir autre que celui lié à leur existence dans l’espace public.

En bref, les sapeurs revendiquent le droit d’exister en tant qu’individu à part entière dans l’espace public. Ainsi, ils paradent en vêtements de luxe, cultivent une calvitie et parfois même un ventre, jouent avec les codes de la réussite sociale en prennent l’apparence stéréotypée de « l’homme riche ». S’ils occultent le travail fourni pour se payer leurs vêtements de luxe, il faut savoir que les sapeurs cultivent une véritable «culture de la débrouille » afin de pouvoir financer leur train de vie, car il est important pour eux de dépenser leur propre argent dans leurs vêtements.

Boutique Connivences, quartier de la Goutte-d’Or, Paris

Comme nous l’avons précisé plus haut, les Sapeurs reprennent les codes de la réussite sociale en Europe. De ce fait, les problématiques liées à l’appropriation culturelle et à la récupération commerciale n’ont pas lieu d’être pour les sapeurs qui les jugent valorisantes et légitimes.

Vous l’aurez compris, la sapologie ne se résume pas simplement au port de vêtements de luxe et à une exubérance assumé: c’est aussi une idéologie et un art de vivre.

Envie d’approfondir le sujet? On vous invite à consulter les sources suivantes: