Cela ressemble à un supermarché ordinaire, mais ça n’en a que la couleur et les saveurs. Le Gafib fondu dans le décor au rez-de-chaussée d’un immeuble HLM en banlieue parisienne est une épicerie solidaire, c’est-à-dire une échoppe où les produits sont à moindres frais pour des personnes en difficulté sociale ou économique. On en compte des dizaines rien qu’en Ile-de-France. Mais attention, cette aide bienvenue est temporelle, allant de 1 à 5-6 mois grand maximum. Cette dernière permet à la personne de subsister le temps de se remettre sur les rails.

Présentation par une bénévole

Nous sommes une quarantaine de bénévoles pour faire fonctionner l’ensemble de la structure, de la livraison à la caisse. L’emplacement avantageux du Gafib est rendu possible grâce à l’organisme d’habitations à loyer modéré (OPHLM) qui s’est chargé de nous mettre ce local à disposition. Nous ne payons que les charges, le loyer est quant à lui intégralement pris en charge par la mairie. Au départ, l’initiative découle des idées politiques de la ville qui milite pour ce genre d’associations. L’épicerie est ouverte dix mois sur douze, toute la journée du mercredi et le jeudi après-midi. Les « clients » qui nous sont envoyés par le biais d’une assistante sociale vont venir pour un temps déterminé, cela est vu en coordination avec l’assistante et nos services. Ensuite, ils viennent deux à quatre fois par mois et prennent ce qu’ils veulent. Ils doivent tout de même respecter un quota en fonction du nombre d’individus dans la famille (voir photo tableau). Par exemple, une personne qui a un panier équivalent à cent euros à la fin de ses courses, alors qu’il n’a le droit qu’à trente euros, ne pourra pas repartir. C’est tout simplement une question d’égalité entre les bénéficiaires. Par contre, si les achats dépassent de quelques euros seulement, la personne devra payer le surplus de sa poche (et là, ce sera sans aucune remise). A noter que certains aliments comme le Nutella sont rationnés (1 pot par famille).

Ce sont les bénévoles qui servent les familles, car ils doivent inscrire sur une feuille ce qui est pris. Toujours avec cette même logique de veiller à ce que la dose quotidienne ne soit pas dépassée : « Comme on discute avec les gens, ils nous arrivent d’oublier de marquer un produit ». Alors, pour éviter trop de « laxisme », les « caissiers » ont cette même fiche qui va leur permettre d’effectuer une double vérification. Au sujet des denrées justement, elles proviennent du marché de Rungis ou des supermarchés tels que Picard et G20. Nous avons également du pain, gracieusement offert par une boulangerie voisine.

Plus qu’une simple supérette

L’objectif de ce magasin 2.0 est aussi de faire sortir les gens de leur isolement en favorisant le contact. C’est pourquoi le concept de départ est largement outrepassé avec la mise en place d’ateliers pendant les heures d’ouverture. On a des cours de cuisine pour apprendre à manger plus sainement, mais aussi des temps de détente comme de l’art plastique ou encore de la couture. Enfin, il arrive (et c’était le cas lors de notre venue) qu’un masseur professionnel du visage et des mains viennent faire profiter les personnes de son savoir-faire. A l’entrée de l’établissement, on a une grande salle avec des jeux pour les enfants et de quoi prendre un café et un croissant pour les parents. Cet endroit spécifique doit permettre aux personnes d’échanger, notamment sur leurs situations même si les sujets plus généraux sont tout autant appréciés.

Lorsque l’on s’intéresse aux histoires de chacun, on découvre que les raisons de leur dépendance à ce système sont très diverses. Perte d’emplois, crédits sur le dos ou encore un handicap qui s‘avère être un réel fardeau dans l’accession au travail… Tous savent que l’aide n’est que ponctuelle, mais beaucoup ont la volonté de s’en sortir. La bénévole avec qui nous avons discuté, nous a raconté qu’une bénéficiaire lui avait déclaré : « le Gafib m’a sauvé la vie, mais je suis très heureuse de ne plus y avoir affaire ». Pour les autres, si les problèmes ne sont pas résolus à la fin du délai imparti, ils pourront toujours retourner voir l’assistante sociale qui décidera de la nécessité ou non de continuer. En effet, une personne que nous avons rencontrée a passé deux ans au Gafib. Donc, des exceptions et des solutions peuvent être envisagées pour les cas les plus épineux.

Force est de constater qu’il existe des commerces solidaires consacrés uniquement à une tranche de la population. Ainsi, dans cet article, on nous parle de la vie étudiante qui n’est pas toujours évidente et des solutions pour améliorer son quotidien.