New York, Londres, Milan, Paris : comme chaque année, la rentrée est marquée par les défilés de mode des plus grandes maisons de couture, annonçant les tendances des saisons à venir.

Ashley Graham pour Addition Elle

Fashion Week de New York : une nouvelle prise de conscience

Du 7 au 14 septembre, New York ouvrait le bal des plus grandes Fashion Week pour la saison printemps/été 2017. Lors de la présentation de la collection de la marque de lingerie Addition Elle, Ashley Graham a défilé dans les pièces pour lesquelles elle a collaboré. Ce n’est pas la première association entre la marque et la mannequin qui ont, ensemble, déjà proposé plusieurs lignes de sous-vêtements, aussi bien pour les plus petites que pour les plus grandes tailles. Dite « plus-size », la créatrice et modèle a ouvert fièrement le show mais avoue être fatiguée d’être qualifiée ainsi et aimerait que les catégorisations cessent, qu’il n’y ait plus de frontières entre les mannequins.

Quant à Jude Hass, il est le premier jeune homme atteint du syndrome de Down à défiler et ce, lors de la présentation de la collection de FTL Moda. Organisé en collaboration avec l’association « Global Disability Inclusion », le défilé est un véritable manifeste pour une mode ouverte à tous, mettant en avant des personnes atteintes de maladies, de handicap, comme Chelsea Werner, gymnaste paralympique médaillée d’or, ou la top modèle amputée de l’avant-bras, Shaholly Ayers.Jude Hass avec Shaholly Ayers et Chelsea WernerMais l’une des plus agréables surprises de cette Fashion Week fut le défilé de Christian Siriano, vainqueur de l’émission américaine  Project Runway. Sa collection printemps/été 2017 a séduit par ses lignes fluides et ses vêtements colorés mais surtout par ses mannequins, toutes différentes. Le couturier a toujours évoqué son désir d’habiller toutes les femmes et le fait de ne pas le divulguer avant son défilé a grandement touché le public. Aucun communiqué de presse ne l’avait annoncé, contrairement aux habitudes qu’ont les grandes maisons de profiter de la notoriété ou de la particularité de certains mannequins pour attirer le public. Christian Siriano propose ainsi une nouvelle norme en faisant défiler naturellement des femmes de différentes morphologies et pas seulement le type de la  « brindille », répandu dans le milieu. 

Christian Siriano printemps/été 2017

Ce début est prometteur mais la route est longue car ces initiatives sont encore trop marginales. Un plus grand nombre permettrait d’arrêter d’encenser un modèle unique de beauté et montrerait qu’au contraire la beauté existe sous de multiples formes. Cela permettrait également d’avoir une mode plus universaliste et non juste réservée à une certaine catégorie de personnes.

Le désastre Kanye West

Kanye West x Yeezy season 4

L’un des défilés les plus attendus de la Fashion Week de New York était celui de Kanye West avec la « season 4 » de Yeezy, toujours pour Adidas Originals. Organisé le 7 septembre, l’événement a eu lieu à la pointe de la Roosevelt Island, entre Manhattan et le Queens. Le lieu étant assez en retrait, les invités ont été acheminés en bus. Une fois sur place, le défilé a débuté avec plusieurs heures de retard, un hôpital désaffecté en guise de décor. La collection se décline en pièces aux formes simples, minimalistes et aux teintes nudes (blanc, beige et noir). Rien de surprenant ou d’extraordinaire si ce ne sont les chaussures aux hauteurs vertigineuses. Certaines des mannequins ont dû se déchausser au beau milieu de leur passage pour éviter la chute. Un journaliste s’est même levé pour en aider une qui était incapable de continuer seule. Le drame ne s’arrête pas là : après le passage sur le catwalk, les mannequins devaient se tenir debout plusieurs heures, sous un soleil de plomb. Épuisées, certaines se sont assises à même le sol, ne pouvant plus tenir debout. Ce sont des personnes du public et non des membres du staff qui ont distribué des bouteilles d’eau. La journaliste mode du New York Times, Stella Bugbee, a posté de nombreux commentaires sur Tweeter pendant le défilé, reflétant bien le désarroi de chacun. Elle a même appelé à boycotter la collection. En réponse, Kanye West s’est justifié en disant que l’organisation avait prévu à boire et à manger pour les mannequins dans les loges, sans plus. Pour le reste, dans une interview à W Magazine donnée en juin, le musicien affirme être seul contre tous, que « personne n’est de son côté » et que « c’est un incompris ». Malgré cette bavure, il espère tout de même un jour avoir sa propre marque et ne plus dépendre de qui que ce soit en tant que créateur.

« Du défilé au panier »

Après New York, c’était au tour de Londres de devenir du 16 au 20 septembre la capitale de la mode. Dès février, Burberry avait annoncé que la collection serait mise en vente juste après sa présentation, tendance inaugurée par Tom Ford et Tommy Hilfiger à New York. Elle est confirmée par Topshop à Londres avec sa collection UNIQUE, déjà disponible sur le site de la marque. Il s’agit du « see now, buy now » ou mode instantanée. Avec Internet et les réseaux sociaux, la mode a acquis un nouveau type de clientèle à la demande plus exigeante et plus pressée, insensible à la notion de saison. Habituellement, les collections sont disponibles à la vente plusieurs mois après leur présentation. Or, avec les défilés diffusés en livestream, les créations sont accessibles à un plus grand nombre et sont plus désirées. Ainsi, cette mode instantanée est pour une partie des couturiers une décision cohérente et une évolution naturelle.

D’autres créateurs et petites maisons considèrent que cette évolution n’est pas envisageable. Pour François Henri-Pinault, PDG du groupe de luxe Kering, il s’agit « d’une négation du rêve, du désir ». Comme le souligne la créatrice Alice Temperley de la marque Temperley London, « nous ne vendons pas des choses faciles à fabriquer ». Une main d’oeuvre qualifiée est nécessaire, et surtout du temps. De plus, certaines marques ne possèdent pas de boutique et fabriquent à la commande De ce fait, elles n’ont pas de stock. Le see now, buy now touche directement le système économique actuel de la mode. Si cette tendance persiste, il devra se remettre en cause et aura pour conséquence une accélération globale du processus de création et de présentation, avec une révision du calendrier des Fashion Week.

Depuis hier, Milan a pris le relais de Londres en tant que capitale de la mode et s’apprête à accueillir plus de 70 défilés jusqu’au 26 septembre. Rendez-vous la semaine prochaine pour un autre compte-rendu des temps forts de la mode !