Marie Garnier : danseuse professionnelle

Originaire d’Auvergne, Marie quitte le nid familial à l’âge de quatorze ans pour rejoindre la capitale. A Paris, elle participe à des concours de danse nationaux et signe son premier contrat en 2015. Cette première expérience professionnelle l’emmène jusqu’en Arménie. Après un second contrat avec le « Teatrul de balet SIBIU » en Roumanie, elle décide de marquer une pause dans sa carrière artistique et enchaîne des contrats dans la restauration qui l’emmèneront jusqu’à Dubaï. Aujourd’hui, Marie a vingt-deux ans et décide de troquer son uniforme de barwoman pour ses chaussons de ballerine et signe son troisième contrat avec la compagnie chinoise « Kunming Philharmonic Ballet ». Alors qu’elle prépare son départ pour le Yunnan, elle accepte de discuter avec nous de son parcours et des aléas de la vie des jeunes danseurs classique en France.

« C’est par le biais des interprètes que la Culture s’épanouit »

 

Marie, tu as quitté ta région natale alors que tu n’étais pas encore majeure. Ce départ précipité était-il nécessaire à ta carrière ?

D’après-moi, monter sur Paris était totalement nécessaire étant donné qu’il s’agit d’une capitale culturelle. Je me suis beaucoup épanouie dans l’école de danse de mon village mais comme beaucoup d’établissements de province, elle s’adressait à un public plus amateur que professionnel.

 

Entre l’Arménie, la Roumanie et la Chine, ton cœur balance. La danse est-elle aussi pour toi un moyen de voyager ? Dirais-tu que ces départs sont liés à manque d’opportunité en France ?

Bien sûr, la danse fait beaucoup voyager. Lorsque l’on intègre une compagnie, on est souvent amené à tourner en France et à l’étranger. A côté de ça, je pense que dans le cas de la danse classique en France, en dehors de l’Opéra de Paris, il y a peu d’ouverture sur le monde professionnel. C’est pour cette raison que j’ai tenté ma chance ailleurs.

D’après-toi, la politique culturelle française favorise-t-elle des carrières comme la tienne ? Existe-t-il des subventions permettant aux jeunes interprètes de se lancer à leur compte ?

La danse classique est une discipline accessible à une classe sociale plutôt privilégiée. Il faut avoir les moyens et être préparé.e à faire beaucoup de sacrifices. En plus de ça, le financement des institutions qui ont autorité dans le domaine de la danse classique est plutôt faible. Quant à la question de l’émancipation artistique… En tant qu’interprète je ne recherche pas à m’émanciper comme pourrait le faire un.e jeune chorégraphe. Je suis salariée et l’intermittence est plutôt rare dans le monde de la danse classique, ce qui est une chance.

Pour finir, qu’est-ce que le métier d’interprète symbolise pour toi, et quelle fonction sociale lui accordes-tu ?

Le rôle des interprètes dans la société c’est d’abord de faire rêver les gens, les petits comme les grands. Mais c’est aussi de faire vivre l’art scénique. Sans un danseur, un.e maître de ballet, un.e chorégraphe et même le.a plus riche des mécènes ne seraient rien. C’est par le biais des interprètes que la Culture s’épanouit.