L’avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti plaide ses vérités au théâtre de la Madeleine du 22 janvier au 23 février 2019. Ce personnage public ayant notamment défendu Jérôme Cahuzac, Karim Benzema et Bernard Tapie, confiait au Parisien ses inquiétudes face à un phénomène d’ « hypermoralisation ». A l’occasion de ce premier spectacle théâtral, il se fait ainsi le tireur d’alarme d’une société de la transparence foucaldienne.

Mis en scène par Philippe Lellouche au détour d’un décor minimaliste et de jeux de lumière maladroits, l’avocat démontre une maîtrise certaine de l’art oratoire au gré d’une dialectique parfois – souvent – décousue. Le texte coécrit avec Hadrien Raccah paraît en effet avoir été rédigé à destination d’un public précis et déjà conquis, mais également tâtonner autour de l’ego du maître. Ce dernier commence par raconter l’échec d’une affaire perdue à Strasbourg et entame ainsi une rhétorique aux prises d’un pathos pesant.

Devenu avocat « pour plaire aux filles » alors que rien ne l’y prédestinait – à devenir avocat ! –, Dupond-Moretti nous conte ses premières indignations, ses premières plaidoiries, ses errances de jeunesse, ses « trucs » de plaideur… et nous cède finalement un examen manichéen de notre société ; qu’il considère par ailleurs trop manichéenne. S’en suit alors une diatribe contre une société sclérosée par les réseaux sociaux qui atteint son acmé avec une tirade de banalités autour du mouvement #BalanceTonPorc qu’il définit, en outre, comme une « entreprise mondiale de la dénonciation des comportements inadéquats. »

 

La première partie du spectacle est la plus réussie. Dupond-Moretti disserte sur son métier, son rôle et ses impératifs. Surtout, il rappelle avec conviction et passion qu’ « il faut mieux cent coupables en liberté qu’un seul innocent en prison ». En sommes, c’est en employant les « tiroirs » de Voltaire qu’il est le plus convaincant.