Le mercredi 30 novembre a eu lieu à Paris le très attendu défilé de la marque de lingerie Victoria’s Secret. Chaque année, les « anges » offrent un spectacle qui fait rêver des millions de personnes, accompagnées des chanteurs et chanteuses phares du moment. Si ce défilé a lieu chaque année, c’est grâce à la créatrice française Chantal Thomass qui a ouvert la voie dans les années 1970.

defile-2016-victorias-secretLes anges lors du final du défilé de Victoria’s Secret

Victoria’s Secret est une marque de lingerie américaine fondée en 1977. Le premier défilé date de 1995 et a lieu à New York. Ses ambassadrices sont appelées « anges » suite à une publicité de 1997 dans laquelle plusieurs mannequins figurent ainsi. Le succès est tel que la marque décide de garder le concept et de le développer avec des mannequins exclusives: Helena Christensen, Karen Mulder, Daniel Pestova, Stephany Seymour et Tyra Banks.

 

Depuis, les mannequins les plus cotées défilent pour la marque avec cette année 2016 Kendall Jenner, les soeurs Gigi et Belle Hadid ou encore Adriana Lima. Côté artistes, il y a eu l’icône pop Lady Gaga, le sulfureux  The Weeknd et le showman  Bruno Mars (un super article sur son album ici).

Le défilé a eu lieu au Grand Palais, à Paris. Habituellement réservé par les plus grandes maisons comme Chanel lors des Fashion Week, la marque se hisse ainsi à leur niveau. La capitale française est aussi une nouveauté pour Victoria’s Secret, montrant le désir d’expansion de la marque. De fait, pendant très longtemps elle s’est limitée au territoire américain et ne s’ouvre au marché européen que depuis peu. La première boutique européenne est celle de Londres, inaugurée en 2011.

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Mais remontons un peu en arrière pour parler de l’instigatrice de ce phénomène, Chantal Thomass.

En 1967, à seulement 18 ans, elle crée la marque de prêt-à-porter Ter et Bantine. Le nom est lié au fait que son fiancé, alors étudiant aux Beaux-Arts, a peint à la main les premières robes  en utilisant la térébenthine. Etant deux à la tête des créations, le mot a été scindé pour refléter cette collaboration.

Cette une période où le féminisme s’éveille, la femme obtient plusieurs droits:

  • 1965 : la loi autorise désormais les femmes mariées à travailler sans l’autorisation de leur époux.
  • 1967 : la loi Neuwirth autorise la vente de produits contraceptifs.

Cela se reflète progressivement dans le vêtement avec le port, du pantalon, la minijupe mais également dans le sous-vêtement. Les dessous contraignants sont abandonnés au profit de ceux plus pratiques voire sont totalement abandonnés comme le soutien-gorge. La femme prend ainsi de nouveau possession de son corps et donc de sa liberté.

Chantal Thomass découvre néanmoins les dessous des années 1930 à travers les vieux films et vieux magazines: porte-jarretelles, guêpières, bas… Ces dessous affriolants vont l’inspirer et l’inciter à créer une ligne le temps d’un défilé. Pour cela, elle raconte:

« J’ai trouvé un artisan à Lyon qui fabriquait des vêtements et des accessoires pour les prostituées, car les seules guêpières qu’on pouvait trouver sur le marché à cette époque-là c’était dans les quartiers chauds comme Pigalle à Paris. »

01_chantal-thomassPhoto prise lors du premier défilé Chantal Thomass

Elle crée sa propre société, à son nom en 1975 et organise ce fameux défilé la même année. Plutôt bien accueilli, il correspond à l’état d’esprit du moment, libre et féministe. Loin des dessous basiques et pratiques, il est le reflet d’une autre forme d’émancipation de la femme, par l’affirmation de sa sensualité et de sa sexualité.

Elle a inspiré un des plus grands couturiers français, Jean-Paul Gaultier. Tout comme elle, il s’amuse à exacerber les atouts féminins, les exagérer pour mieux les mettre en valeur. Le créateur conçoit les vêtements à partir de sous-vêtements comme par exemple la robe-corset (portée ci-dessous par l’artiste burlesque, Dita von Teese).

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La griffe continue de proposer des collections dans le même esprit de ses origines: sensuelles, raffinées, toujours inspirées de cet univers cabaret/rétro pour mettre en valeur la femme. A l’esthétique forte, on devine de suite la patte Chantal Thomass grâce au contraste rose et noir et à la silhouette de la créatrice, reconnaissable à sa coupe au carré et à sa frange.

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Aujourd’hui, les sous-vêtements féminins sont variés et tous les styles coexistent. Il y autant de styles que de marques, aussi bien des maisons de couture que des grandes enseignes avec un rayon lingerie (H&M, Zara et compagnie…).

 De la culotte en coton pour être à l’aise à l’ensemble en dentelle pour se faire plaisir, libre à chacune de choisir ce qui lui convient.

 

« J’ai joué des dessous comme des dessus en dévoilant et en voilant avec des dentelles et des transparences sensuelles »

 Chantal Thomass

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