Le Gwoka est un mélange de danse, de musique et de chant en créole guadeloupéen. Cette pratique est originaire de Guadeloupe. La musique suit le rythme de deux tambours : le Bula, au son grave et le Makè au son aigu. Il existe 7 rythmes différents qui sont parfois festifs (le mennde, le kaladja qui varie entre joie et souffrance en fonction de la rapidité, et le tumblak), ou d’autres fois traduisent la souffrance des esclaves (le kaladja, ou le graj) et enfin traduisent parfois le combat mené par les esclaves (le lewoz, le padjanbel et le woule).

Le Gwoka a été inscrit en 2014 dans le patrimoine immatériel de l’humanité. Il est profondément ancré dans l’histoire guadeloupéenne, et est en encore présent dans la vie quotidienne des habitants de l’île caribéenne.

Nous avons décidé de nous pencher sur cette pratique, non pas parce qu’il commence à faire beau et que ça nous donne envie de préparer un été festif, mais parce que du 17 au 30 mars le 100 ECS, un espace culturel dans le 12e accueille l’exposition Moun A Gwoka. L’exposition de Marie-Charlotte Loreille est constituée d’une série de photo mais aussi d’un reportage avec des portraits et témoignages sonores.

À cette occasion nous sommes partis à la rencontre de l’organisatrice et de la photographe Marie-Charlotte Loreille. C’est une photographe de 34 ans diplômée de EFET, elle travaille dans le traitement d’images et dans l’événementiel. Toutefois, elle se passionne pour les cultures traditionnelles, elle participe au projet le Craic in Clare sur la culture irlandaise. Il y a 4 ans, après l’entrée au patrimoine immatériel français du Gwoka elle lance son projet autour de cette tradition Guadeloupéenne qu’elle connait et pratique depuis dix ans déjà.  Newvo est parti à la rencontre de cette artiste talentueuse et très chaleureuse.

Pourquoi s’être intéressé à cette pratique ?  Tu connaissais déjà des personnes dans le milieu ou tu es partie directement à leur rencontre ?

Je connaissais déjà quelques personnes et le reste s’est fait par le bouche à oreille.

C’était la première exposition que tu faisais seule sans autres artistes, on imagine que c’était difficile de mettre en place l’exposition ?

C’est beaucoup de travail. Il ne faut pas sous-estimer le travail derrière l’exposition. Ça fait depuis janvier que j’y suis de manière pas intensive mais presque un mois que j’y suis jours et nuits (rire). J’ai fait les tirages moi-même, j’ai lancé une campagne de financement participatif sur kisskissbankbank. Il faut trouver des partenariats. Une fois qu’on est lancé on ne se rend pas vraiment compte.

Vendredi on était au vernissage, qu’on a beaucoup apprécié. C’était une soirée lewoz, il y en a eu d’autres ?

Vendredi soir, la compagnie DNK soirée coup de tambour est venue mettre le feu en présentant le gwoka en live. L’idée c’était de montrer ce qu’il y avait sur les images en vrai. J’ai toujours eu la volonté de faire découvrir la culture gwoka, mais aussi de partager les actualités autour en travaillant avec des associations et d’autres artistes. Au vernissage le bar était à la couleur créole, il y avait des stands de créateurs.

 

 Il y a eu d’autres évènements organisés avant le vernissage ?

Dans le cadre du projet Moun A gwoka j’ai aussi fait deux petites expos collectives. Lors de la journée internationale des Créoles en octobre, organisée par Souria Adele à la MPAA Broussais au côté de Willy Vainqueur (photographe), de Jean-Claude Cabo (sculpteur) et de Chantal Picault (photographe) quelques-unes des photos ont été exposées. L’expo était sur la créolité. Or, le créole et le gwoka sont indissociable puisque les chants Gwoka sont en créole. J’ai aussi exposé en extérieur avec l’association Art en ballade sur le Viaduc des Arts, l’expo était totalement ouvert au public.

A travers tes clichés on voit bien que tu as eu le souci de montrer le mouvement, la musique et toute l’activité des soirées lewoz. Comment capturer des pratiques aussi vivantes comme la danse et la musique sur des clichés immobiles ?

Je ne travaille pas au flash mais en lumière ambiante ce qui fait qu’il y a du flou, il y a du mouvement. J’ai gardé ça volontairement pour donner une sensation de mouvement et d’authenticité pour les soirées lewoz. Les photos sont en noir et blanc ce qui fait qu’on perd un peu la notion de temporalité et de lieu, et qu’on a une certaine uniformité entre les différentes soirées lewoz. Je voulais montrer la tradition et son côté intemporel.

Tu as aussi utilisé d’autres supports…

Il y a un reportage, et 24 portraits d’artistes et défenseurs du gwoka qui œuvrent en Île-de-France. En tous cas une partie parce qu’ils sont très nombreux (rires). Ils y représentent tous un Gwoka, celui d’ici. Ils ont raconté leurs histoires à travers une série de plusieurs questions que je leur ai posés sur plusieurs thématiques.

 

Ces dernières années on a vu se développer à travers le monde une affirmation de la culture noire (au sens large : afro-américaine, caribéenne, africaine) qui est de plus en plus présente dans le milieu de la culture, du cinéma et de la mode. L’exposition s’appelle d’ailleurs Moun a Gwoka ce qui veut dire les défenseurs du Gwoka.

Est-ce que tu te retrouves dans cette volonté d’affirmer ou de mettre en avant cette culture avec ton exposition ?

Il faut. Le message va au-delà. Ces cultures ont une force, elles sont ultra-marines. Les cultures afro-caribéennes font parties du patrimoine français et on n’en entend pas parler.

 Je pense qu’il y a un travail à faire sur la valorisation de la tradition parce quand on pense tradition on pense à quelque chose d’ultra fermé et has been alors que pas du tout ! C’est porteur de plein de messages d’oralité, de cultures, de langues. C’est représentatif d’un aspect communautaire mais aussi collectif. C’est important de mettre en avant ces valeurs-là via la culture et l’art, d’autant plus qu’on est dans un monde de plus en plus tendu avec l’intolérance et l’individualité. Donc plus que jamais, je veux faire des projets qui reprennent ces valeurs-là.

Les projets que tu aimerais réaliser après Moun A Gwoka?

J’aimerais faire le même travail sur la terre natale du Gwoka, en Guadeloupe dans le courant 2018. Il y a également un projet de métissage entre les cultures traditionnelles irlandaise et guadeloupéenne, qui serait sous le format d’un spectacle vivant.

Est-ce que vous auriez quelques mots pour définir votre exposition ?

Le Gwoka c’est une communauté, c’est des actions collectives, c’est un partage, c’est de la transmission, ça fait partie du patrimoine français aussi. Il n’est pas assez représenté et j’espère que maintenant qu’il est inscrit au patrimoine français il va prendre plus de place comme d’autres cultures aussi méritantes.