Par Slimane TIRERA, Directeur général de NewVo Radio et Mehdi Thomas ALLAL, Maître de conférences à Sciences Po et responsable du pôle « vivre ensemble » du think tank Le Jour d’Après (JDA)

Zyed Benna, Bouna Traoré, Moushin Sehhouli, Laramy Samoura, Amine Bentounsi, Lamine Dieng, Rémi Fraisse, Ali Ziri, Babacar Gueye, Amadou Koumé, Adama Traoré, Liu Shaoyao : la liste est longue

Ainsi, des pseudos intellectuels, journalistes et politiques nous racontent que les Maghrébins et les Subsahariens ont une prédisposition à la violence, à la récidive, aux délits et comparaissent, ainsi, souvent, devant les tribunaux.

Même décédés, Justice n’est pas rendue, car morts ou vifs, ils sont condamnés à être identifiés par leurs lieux de résidence, leur nationalité et leur couleur de peau … et par conséquent, ils continuent à être victimes, sans qu’ils s’en aperçoivent, des discriminations dans le traitement judiciaire qui leur est fait, ainsi que lors des interventions policières. Ces victimes se fichent des avis du Défenseur des droits, du CNRS, de la Cour de Cassation, de la CEDH … La presse et les médias n’invitent pas les premiers concernés par ces violences !

Les juges et les policiers considèrent ces groupes sociaux et « ethniques » simplement comme des données ou des variables d’ajustement. Au lieu de se poser la question de la remise en cause de leurs métiers et de leurs formations, alors que ces « corporations » ne représentent pas et ne connaissent que très peu les populations qu’ils jugent et fichent. 

Combien de procès remportés et reportés ? Combien de familles endeuillées ? Combien d’anonymes humilié-e-s, brisé-e-s, traumatisé-e-s … ? Tout ça pour quoi ?  Pour finalement alimenter les processus de marginalisation dont se servent la radicalisation, le crime, l’isolement, le fascisme et les addictions. Pour celles et ceux qui ont peur de la police et de la gendarmerie de la République, l’État français se délégitime en ne faisant rien de concret, même symboliquement. Est-ce la dernière sommation avant la révolte populaire ?

Quelles sont nos propositions pour améliorer l’état des relations entre jeunes des cités & forces de l’ordre ? La solution la plus médiatisée, et la plus prisée par les « activistes », consiste en la délivrance d’un récépissé lors des contrôles d’identité. En effet, les études menées par les chercheurs, notamment du CNRS, sur ce thème, à Paris notamment, semblent témoigner que les personnes perçues comme « arabes » ou « noires » ont huit fois plus de chances d’être contrôlés que les « Blancs ». Cette solution a été malheureusement rejetée par Manuel Valls, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur sous le gouvernement de François Hollande, malgré les engagements de campagne de ce dernier … Plus largement, la mise en place de jeux de rôle avec des policiers & gendarmes et des jeunes de cité constitue une piste également à explorer ; elle a été mise en œuvre par plusieurs collectivités territoriales européennes et semble donner des résultats…

Pourquoi ne pas imaginer également que les collégiens des quartiers sensibles puissent s’inscrire à des stages de découverte d’une semaine, comme c’est le cas en entreprise pour les 3èmes, dans des commissariats. Ils seraient ainsi en mesure de découvrir le quotidien du travail des forces de l’ordre, et parfois la précarité de leur situation…

Il n’existe néanmoins pas de solution miracle pour briser les tensions qui existent aujourd’hui. Mais le président Emmanuel Macron n’a-t-il pas déclaré hier qu’il serait intraitable avec le racisme & les discriminations, y compris parmi les forces de police et de gendarmerie ? Prenons le au mot et espérons que ce fléau sera enfin pris en compte à sa juste mesure par les pouvoirs publics.