Parce que les tutus, les pointes et les ballets ne cessent de nous émerveiller , j’ai choisi cette semaine de partir à la rencontre de Loïck, jeune danseur à l’Opéra de Rome.

 

Qu’est ce qui t’a donné envie de faire la danse ? 

J’ai tout simplement assisté au gala de danse de fin d’année d’une amie, L’envie de danser est venu dès les saluts finaux. Mes parents étaient assez réticents à l’idée de m’inscrire à « la danse » car c’était peu courant pour les

garçons . Mais au vu de mon insistance ils ont accepté de me faire faire un cours d’essai. Ensuite, tout s’est enchainé …

 

 

 

 

 

 

A ton avis est-ce possible de mêler études et danse à un niveau professionnel ? 

Sincèrement, je ne pense pas. Ou du moins il faut de sacrés bagages physiques et mentaux. Si l’on parle d’une scolarité normale, il est tout à fait possible de s’en sortir, si l’on parle d’études supérieures, c’est plutôt compliqué, à moins d’avoir une stabilité du côté artistique car les emplois du temps peuvent plus ou moins varier et éventuellement laisser place à d’autres projets. Certains ont privilégié par exemple Sciences Po, une fois  leur grade de demi-soliste atteint, afin de s’assurer un « après danse » après leur retraite prévue vers leur quarante ans. Mais il y a toujours un décalage… il faut choisir. De plus la carrière artistique des danseurs est si courte qu’elle mérite une attention particulière entre 16 et 28 ans, c’est à cet âge-là que le corps est malléable, qu’il se construit, qu’il se fortifie et que l’on devient le danseur qu’on choisit d’être. Cependant c’est en fin de carrière vers 38 ans que la plupart des danseurs font des formations en vue de leurs reconversions, leurs rôles dans la compagnie sont moins importants et donc leurs emplois du temps aménagés.

Quel a été ton parcours avant d’arriver à l’Opéra de Roma? 

J’ai démarré à l’âge de 6 ans dans une petite école de province en Champagne Ardennes, puis j’ai intégré le conservatoire de région à 10 ans. Plus tard  au vu de mes qualités physiques et techniques pour la danse je me suis présenté au concours d’entrée à l’école de danse de l’Opéra national de Paris où j’ai été reçu à l’âge de 12 ans. J’y ai fait toutes mes classes jusqu’en dernière année ou j’ai passé un concours d’entrée pour intégrer le ballet de l’Opéra de Paris où j’ai été reçu en CDD. J’y ai passé quatre ans mais un jour j’ai voulu changer d’air. J’ai donc pris la décision de passer une audition au ballet de l’Opéra de Rome sous la direction d’Eleonora Abbagnato qui est elle-même Danseuse Étoile à Paris. Elle m’a proposé un contrat pour la saison qui suivait…  J’ai donc quitté le ballet de l’Opéra de Paris pour me lancer dans cette nouvelle aventure.

On connait le milieu de la danse comme un milieu très difficile aussi bien physiquement que mentalement, d’où vient ta motivation ? 

Je dirai tout simplement que tout est une question de passion et que la passion n’a pas de prix. Les douleurs physiques ont toujours été acceptées et le sont toujours car elles sont oubliées dès que je mets un pied sur scène. Ça n’a jamais été un soucis de forcer sur mon corps, de le modeler comme je le voulais sans tomber dans le clichés du danseur qui s’inflige d’atroces souffrances, je parle d’un travail du corps profond, long et continu. Les douleurs mentales ont été plutôt difficiles à gérer à l’école de danse mais en faisant une introspection, je pense que ça a forger mon caractère, ma détermination et ça n’a que renforcer davantage mon envie de devenir danseur.

Pour toi c’est quoi être danseur ? 

Pour moi être danseur c’est être artiste…c’est indissociable. Je pense que le danseur, professionnel, à un devoir qui est de rendre une certaine image de la société, de la bousculer de la questionner. Et je pense que l’art à cette fonction, de nous rappeler le vivre ensemble. Et même si j’ai conscience que je ne suis qu’interprète pour l’instant, j’espère, un jour, pouvoir  collaborer avec des artistes qui revendiquent cette visions des choses.

La journée typique du danseur c’est ? 

La journée démarre toujours par une classe à 10h, aucun choix pour l’horaire. Une classe comporte des exercices à la barre d’environ une trentaine de minutes puis des exercices sans la barre appelés « le centre » qui durent une heure. Après quoi nous avons dix minutes de pauses pour se changer, s’hydrater, puis nous démarrons les répétitions des ballets que nous remontons, travaillons, créons etc … Ces répétitions se composent de deux services, tous deux de 2h30 avec une pause de 30 minutes entre les deux services. Quand nous avons spectacle le soir, nous ne faisons qu’un service de répétition, pour pouvoir nous reposer et avoir du temps pour le maquillage, la coiffure et toute la préparation … Quand il y a spectacle, il nous arrive de finir à minuit donc il faut avoir une hygiène de vie plutôt saine pour pouvoir tenir toute une série de spectacle qui est d’environ une quinzaine de représentations pour chaque production.

Dois-tu suivre un régime en particulier ? Le(s)quel(s) ? 

Je ne m’impose rien. D’une part car je suis un garçon et que je sais que c’est beaucoup plus facile pour nous de gérer ce genre de chose et d’autre part car je pense que si l’on commence à s’obséder avec la nourriture c’est la porte ouverte aux troubles alimentaires. J’essaie simplement de boire beaucoup d’eau pour m’hydrater au maximum, de manger le plus sainement possible en semaine et pendant les périodes difficiles et intense afin de bien récupérer et pour que mes muscles se régénèrent rapidement. Sinon je me laisse vivre je ne calcul< pas, je suis toujours partant pour de la charcuterie, du fromage ou un verre d’alcool (avec modération toujours…).

Pour toi la danse en 3 mots c’est quoi ? 

Passion, Travail et Liberté

Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ? 

Être sur scène. C’est là que je me sens bien.  Sur scène,  j’oublie tout et j’arrive à être quelqu’un d’autre tout en étant moi, comme un état second, une sorte de semi-folie. La danse est pour moi le mode d’expression qui me correspond le mieux, peut-être parce que je suis quelqu’un de timide et que j’ai parfois du mal à m’ouvrir aux gens. Je n’ai pas besoin de parler donc mon corps parle pour moi. J’aime l’idée que le lundi je peux être un prince, que le mardi je sois un bandit et ainsi de suite en fonction des rôles que je danse. Je pense que c’est très névrotique de vouloir être quelqu’un d’autre mais ça me permet aussi de pouvoir jouer et exprimer de sentiments et vivre des histoires que je n’ai pas encore vécue. C’est ça pour moi la liberté du danseur.

As-tu un rituel particulier avant de monter sur scène ? 

Je n’ai pas vraiment de petit rite particulier, j’aime bien que mes proches soient au courant de mes rôles, de mes dates, mais je n’ai pas de grigris ou des tocs que je fais systématiquement. La seule chose que je fais c’est que je descends toujours sur le plateau très tôt avant le spectacle comme ça je peux entendre les musiciens qui s’accordent, comme une sorte de préparation, de communion entre nous.