Amateurs et amatrices de danse, cet automne vous gâte avec un film et une exposition! Le film s’appelle « La Danseuse » et montre la création de la danse serpentine à la Belle Epoque par la fée électricité, Loïe Fuller. L’exposition quant à elle se tient à la Petite Galerie du musée du Louvre jusqu’au 3 juillet 2017 et s’intitule « Corps en mouvement, la danse au musée ».

Le film La Danseuse est le premier réalisé par Stephanie Di Giusto. Sorti le 28 septembre 2016, il met à l’honneur Loïe Fuller (1862 – 1928). De son vrai nom Mary Louise Fuller, cette jeune américaine née dans l’Illinois a conquis Paris à la fin du XXe siècle, à la Belle Epoque. Elle débute en tant que comédienne mais c’est en tant que danseuse qu’elle révolutionne le paysage artistique de l’époque avec notamment sa danse serpentine. Elle danse dans une immense robe blanche sur laquelle sont projetées des lumières colorées, les bras prolongés par des baguettes de bois. Elle présente son numéro aux Folies Bergères et même à l’exposition universelle de 1900. Pour le concevoir, elle élabore elle-même ses accessoires comme les sels phosphorescents, les gélatines colorées. Avant-gardiste, elle utilise l’électricité alors  même que tous les établissements de la capitale ne l’ont pas installé et que beaucoup sont sceptiques face à cette nouvelle invention. Copiée, usurpée (certaines n’hésitent pas à reprendre son nom pour remplir les salles), elle dépose une dizaine de brevets et de copyright pour protéger et légitimer son oeuvre.

Loïe Fuller

Loïe Fuller

Dans le film, Loïe Fuller est interprétée par Soko, comédienne et chanteuse. Elle incarne avec brio la passion animant la danseuse, son acharnement, sa foi en son travail mais aussi ses doutes face à sa rivale Isadora Duncan. Incarnée par Lilly Rose Depp qui a eu le rôle probablement grâce à son nom, elle s’en sort bien malgré un rôle la mettant peu en valeur. Gaspard Ulliel incarne quant à lui un rôle créé de toutes pièces par la réalisatrice et sujet à controverse mais  comment lui en vouloir, il le fait tellement bien. De plus, son personnage torturé apporte un équilibre au film, faisant le pendant de la passionnée Loïe. Alors oui, le film ne s’attarde pas à retracer exactement la vie de cette artiste et il y a des débats sur le fait d’avoir passé son homosexualité sous silence mais il aide à découvrir et comprendre son travail. Dans ce cas, le film  fait parfaitement son travail de réhabilitation de Loïe Fuller, artiste trop longtemps oubliée.

la danseuse - film

Les scènes de danse sont majestueuses, intensifiées par les musiques et les plans rapides. A la fin, le public est aussi essoufflé que l’actrice, estomaqué par tant de beauté. Rien que pour ça, le film vaut le coup. Il met à l’honneur le travail de la danseuse, le corps en mouvement et montre comment Loïe Fuller puis Isadora Duncan ont changé le visage de la danse en le modernisant. Faisant fi des codes stricts de la danse classique, elles dansent pieds nus, s’inspirent des mouvements de la nature et d’autres cultures. A leur tour, elles ont inspiré d’autres artistes ce que montre brièvement le film avec l’inauguration d’une statue à l’effigie de Loïe Fuller.

Dans la vraie vie, ces danseuses ont inspiré bien plus que des statues. Les artistes les ont peintes, dessinées, ont écrit des poèmes en pensant à elles, essayant de figer dans un instant précis cet art vivant. C’est ce qu’essaie de faire l’exposition actuellement présentée dans la Petite Galerie du musée du Louvre jusqu’au 3 juillet 2017.

affiche- louvre

La Petite Galerie a pour ligne directrice de proposer des thématiques larges et accessibles à tous, notamment aux enfants et leurs accompagnateurs. L’exposition est ainsi très pédagogique avec des vidéos, une présentation aérée des œuvres et des explications claires (bien que parfois un peu trop courtes). A travers une variété de techniques, elle essaie de montrer comment les artistes ont représenté le mouvement, par les drapés, l’étude du corps ou par d’autres conventions propres à chaque culture.

louvre - exposition

louvre - exposition

Assez courte, l’exposition arrive à se perdre dans ses idées, un peu fouillis. Puis on cherche la danse, on cherche Benjamin Millepied, commissaire de l’exposition  avec Jean-Luc Martinez. La communication a beaucoup joué sur sa personnalité hors il n’y a aucun message de sa part à l’entrée ou à la fin de l’exposition (seulement dans la préface du catalogue). Oui, il y a des barres et des miroirs qui nous rappellent la salle de danse mais la thématique mérite un plus grand développement, une exposition plus dense et approfondie. Ce qui tout de même est appréciable est à la fin, la proposition d’aller voir d’autres œuvres du musée en rapport avec l’exposition. Pour vraiment approfondir il y a également le catalogue réalisé pour l’occasion. Il est vraiment intéressant, traitant d’œuvres et de sujets qui ne sont pas présentés dans l’exposition. Il en devient frustrant car on se dit « dommage que ça n’y était pas ». Néanmoins, l’exposition nous offre une belle sélection d’œuvres et soulève les différents débats artistiques entre représentation réaliste ou purement scientifique. Elle permet aussi de mieux comprendre certains codes de représentation comme l’attitude de la marche égyptienne ou le contrapposto grec. (Je laisse le mystère planer, je dois quand même vous donner l’envie d’y aller!). L’exposition a le mérite d’être ouverte à tous, ne faisant pas l’objet d’un supplément. Alors si vous avez moins de  26 ans, foncez, c’est gratuit!

La danse est à la croisée des arts et est le reflet des mœurs de son époque. Quelle qu’en soit sa forme, c’est un langage universel: on danse quand on est heureux, quand on fait la fête. C’est l’expression la plus pure qui nous touche tous. Alors comme dit Pina Bausch, « dansez, sinon nous sommes perdus! ».